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qu'on portait au même gibet le corps du premier miniftre j;s Montaigu ; que le grand-maître des templiers & tant de chevaliers expiraient dans les flammes , & que de vr telles cruautés étaient ordinaires dans les états monar- || chiques. On fe tromperait beaucoup fi on penfait que « ces barbaries fuilent la fuite du pouvoir abfolu. Aucun | prince chrétien n'était defpotique , & le grand-feigneur L ne ï'eïr pas davantage. Plusieurs fultans à la vérité ont | fait plier toutes les loix à leurs volontés , comme un g Mahomet II. un Selim , un Soliman. Les conquérans trouvent peu de contradictions dans leurs fujets ; mais tous nos hifrcriens nous ont bien trompés , quand ils ont regardé l'empire Ottoman comme un gouverne ment dont l'effenceeft le defpotifme.
Le comte de Marjigli puas inftruit qu'eux tous s'exprime ainfi, In tutu le nofire (îorie fentiamo efaltar la Jovranità che coji difpoticamente praticafi dal fultano : ma quanto ji fcojîano elle dalvero ! La malice des janiffaires , dit-il , qui refle à Conftantinople , & qu'on nomme capiculi , a par fes loix le pouvoir de mettre en prifonle fui tan , de le faire mourir , & de lui donner un fuccefieur. Il ajoute que le grand-feigneur eftfcuvent obligéde confulter Fétat politique & militaire pour faire îa guerre & la paix.
Les bâcha? ne font point abfolus dans leurs provinces, comme nous ie croyons ; ils dépendent de leur divan. Les principaux citoyens ont le droit de fe plaindre de leur conduite , & d'envoyer contre eux des mémoires au grand divan de Conftantinople. Enfin Marjigli conclut par donner au gouvernement Turc le nom de démocratie. C'en eft une en effet à-peu-près dans l'a forme de celle de Tunis & d'Alger. Ces fultans que le peuple n'ofe regarder , & qu'on n'aborde qu'avec des profternemens qui fembîent tenir de l'adoration , n'ont donc que le dehors du defpotifme ; ils ne font abfolus que quand ils favent déployer heureufement cette fureur
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de pouvoir arbitraire qui femble être née chez tous les hommes. Louis XL Henri ViLl. Sixte-Qiùnt , d'autres princes ont été aufli defpotiques qu'aucun fultan. Si on approfondirait ainfi lefecret des trônes de l'Afie , prefque toujours inconnu sux étrangers, on verrait qu'il y a bien moins de defpo'ifme fur la terre qu'on ne penfe. Notre Europe a vu des princes vaffaux d'un autre prince qui n'eft pas abfolu, prendre dans leurs états une autorité plus arbitraire que les empereurs delà Perfe & de l'inde. Ce ferait pourtant une grande erreur de penfer que les états de ces princes font par leur conflitution un gouvernement defpetique.
Toutes les hifloires des peuples modernes , excepté peut-être celles d'Angleterre & d'Allemagne, nous donnent prefque toujours de faunes notions , parce qu'on 4j a rarement distingué les tems & les perfonnes , les abus ^j! & les Icix , les événemens paffagers & les ufages. Ce On fe tromperait encor h on croyait que le gouverne-
4 ment Turc eft une adminillration uniforme , & que du fond du ferrail de Confhintinople il part tous les jours des courriers qui portent les mêmes ordres à toutes les provinces. Ce vafte empire , qui s'eft formé parla victoire en divers tems , & que nous verrons toujours s'accroître jufqu'au dix-huitième fiècle , . eft compofe de trente peuples diftérens , qui n'ont ni la même langue , ni la même religion , ni les mêmes mœurs. Ce font les Grecs de L'ancienne ïonie , des côtes de l'Afie- Mincure & de l'Achaïe , les habitans de l'ancienne Colchide , ceux de la Cherfonèfe Taurique : ce font les Gères devenus chrétiens, & connus fous le nom de Valaques & de Moldaves ; des Arabes , des Arméniens, des Bulgares, des Illyriens , des Juifs ; ce font enfin les Egyptiens, & les peuples de l'ancienne Carth3ge , que nous verrons bientôt engloutis par la puiffance Ottomane. La feule milice des Turcs a vaincu tous ces peuples & les
a contenus. Tous font différemment gouvernés : les uns
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reçoivent des princes nommés par la Porte , comme la Valachie, la Moldavie, & la Crimée. Les Grecs vivent fous l'administration municipale dépendante d'un bâcha. Le nombre des fubjugues efr immenfe p3r rapport au nombre des vainqueurs ; il n'y a que très-peu de Turcs naturels ; prefque aucun d'eux ne cultivera terre, trèspeu s'adonnent aux arts. On pourrait dire d'eux ce que Virgile dit des Romains , Leur art e[i de commander. La grande différence entre les conquérans Turcs & les anciens conquérans Romains y c'eft que Rome s'incorpora tous les peuples vaincus , & que les Turcs refient toujours féparés de ceux qu'ils ont fournis , & dont ils font entourés.
ïl eff refté , à la vérité , deux cent mille Grecs dans Conflanrinopîe ; mais ce font environ deux cent mille artifans ou marchands , qui travaillent peur leurs dominateurs. C'eft un peuple entier toujours conquis dans fa capitale , auquel il n'eu pas même permis de s'habiller comme les Turcs.
Ajoutons à cette remarque, qu'une feule puiffance a fubjugué tous ces pays , depuis l'Archipel jufqu'à i'Euphrate , & que vingt puiffances conjurées n'avaient pu par les croifades établir que des dominations paffagères dans ces mêmes contrées , avec vingt fois plus de foldats, & des travaux qui durèrent deux fiècles entiers.
Ricault, qui a demeuré long-tems en Turquie , attribue la puiffance permanente de l'empire Ottoman à quelque chofe de furnaturel.
Il ne peut comprendre comment ce gouvernement , qui dépend fi Couvent du caprice des janiffaires , peut fe foutenir centre fes propres foldats & contre fes ennemis. Mais l'empire Romain a duré cinq cents ans à Rome , & près de quatorze fiècîes dans le Levant , au milieu des féditions des armées; les poffeffeurs du trône furent renverfés , & le trône ne le fut pas. Les Turcs ont peur la race Ottomane une vénération qui leur tient lieu de
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loi fondamentale : l'empire eu fouvent arraché au fukan ; mais , comme nous l'avons remarqué , il ne pafle jamais dans une maifon étrangère. La conftitution intérieure n'a donc eu rien à craindre, quoique le monarque ce les vifirs aient eu fi feuvent à trembler.
Jufqu'à préfent cet empire n'a pas redouté d'invafions étrangères. Les Ferfans ont rarement entamé les frontières des Turcs. Vous verrez au contraire le fultan AmuratlV. prendre Bagdat d'aïiaut fur les Ferfans en 1638 , demeurer toujours le maître delà Méfopotamie , envoyer d'un coté des troupes au gran-mdogol contre la Perfe, & de l'autre menacer Venife. Les Allemans ne fe font jamais préfentés aux portes de Conftantinople comme les Turcs à celles de Vienne. Les Ruffes ne font devenus redoutables à la Turquie que depuis Pierre le Grand. Enfin la force & la rapine établirent l'empire ? Ottoman, & les divifions des chrétiens l'ont maintenu. Il n'efî rien là que de naturel. Nous verrons comment cet empire s'eft accru dans fa puiffance, & s'eft confervé long-tems dans fes ufages féroces , qui commencent enfin à s'adoucir.
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