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CHAPITRE CINQUANTE-DEUXIEME, 2?w roi Je France Louis XI

E gouvernement féodal périt bientôt en France , quand Charles VIL eut commencé à établir fa puiffance, par l'expulfion des Anglais , par là jouiflàhce de tant de provinces réunies à la couronne , & enfin par des fubfides rendus perpétuels. ■

L'ordre féodal s'afFermifFrit en Allemagne , par une raifon contraire , fous dss empereurs électifs , qui en qualité d'empereurs n'avaient ni province , ni fubfide. L'Italie était toujours partagée en républiques & en principautés indépendantes. Le pouvoir abiblu n'était connu, ni enEfpagne, ni dans le Nord;& l'Angleterre jetait au milieu de fes divifions les femences de ce gouvernement fingulier , dont les racines toujours coupées £c toujours fanglantes , ont enfin produit après des ûècîes , à l'étonnement des nations, le mélange égal de la liberté, & de la royauté.

Il n'y avait plus en France que deux grands fiefs , la Bourgogne & la Bretagne ; mais leur pouvoir les rendit indépendantes ; & malgré les loix féodales, elles n'étaient pas regardées en Europe comme faifant partie du royaume. Le duc )de Bourgogne Philippe le Bon avait même flipulé qu'il ne rendrait point hommage à Charles VIL quand il lui pardonna le meurtre du duc Jean fon père.

Les princes du fang avaient en France des apanages en pairies , mais reffortifTans au parlement fédentaire. Les feigneurs puiffans dans leurs terres, ne l'étaient pas, comme autrefois, dans Pétat : il n'y avait plus guère au-delà de la Loire que le comté de foix 3[. qui s'intitulât prince par la grâce de Dieu , & qui fît *3 EJjai fur les mœurs. Tom, ïf. A a ■

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battre monnaie ; mais les fei'grieurs des fiefs , & les communautés des grandes villes , avaient d'itomenfes privilèges.

Louis XL fils de Charles Vil. devint le premier roi abfolu en Europe depuis la décadence de la maifon de Charlemagnc. Il ne parvint enfin à ce pouvoir tranquille que par des fécoùffes violentes. Sa vie eft un grand contrafte. Faut- il pour humilier & pour confondre la vertu , qu'il ait mérité d'être regardé comme un grand roi, lui, qu'on peint comme un fils dénaturé, un frère barbare , un mauvais père , & un voifin perfide ? Il remplit d'amertume les dernières années de fon père ; il caufa fa mort. Le malheureux Charles VIL mourut , comme on fait par la crainte que fon fils ne le fît mourir : il choifit la faim pour éviter- le poifon qu'il redoutait. Cette feule crainte dans un père , d'être empoifonné par fon fils, prouve trop que le fils parfait pour être capable de ce crime. ££

Après avoir bien pefé toute la conduite de Louis XL ne peut-on pas fe le représenter comme un homme qui voulut effacer fouvent fes violences imprudentes par des artifices , & fou;enir des fourberies par des cruautés ? D'où vient que dans les commencemens de fon règne , tant de feigneurs attachés à fon père , & fur-tout ce fameux comte de Dunois y dont l'épée avait foutenu !a couronne , entrèrent contre lui dans la ligue du bien public ? Ils ne profitaient pas de la faibleife du trône comme il eft arrivé tant de fois. Mais Louis XL avait abufé de fa force. N'effc-il pas évident que le père inftruit par fes fautes & par fes malheurs , avait très-bien gouverné , & que le fils trop enflé de fa puiffance commença par gouverner mal.

Cette ligue le mit au hafard de perdre fa couronne & fa vie. La bataille donnée à Monthléri , ne décida rien ; mais il eft certain qu'il la perdit , puifque fes ennemis eurent le champ de bataille, &: qu'il fut obligé

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de leur accorder tour ce qu'ils demandèrent. Il ne fe releva du traité honteux de Confions qu'en le violant dans tous tes points. Jamais il n'accomplit un ferment , à moins qu'il ne jurât par un morceau de bois qu'on appelait la vraie croix de St. Lo. ïl croyait avec le peuple que le parjure fur ce morceau de bois faifait mourir infailliblement dans l'année,

Le barbare après le traité fit jeter dans la rivière plufieurs bourgeois de Paris foupçonnés d'être partifans de fon ennemi. On les iiait deux à deux dans un fac. C'eft la chronique de St. Denis qui rend ce témoignage. Il ne défunit enfin les confédérés qu'en donnant a chacun d'eux ce qu'il demandait. Ainfi jufques dans Ion habileté il y eut encor de la faibleiïe.

Il fe fit un irréconciliable ennemi de Charles fils de Philippe le Bon , maître de la Bourgogne , de la Franche-Comté , de la Flandre, de l'Artois , des places fur la H Somme , & de la Hollande. Il excite les Liégeois à faire une perfidie à ce duc de Bourgogne , & à prendre les armes contre lui. Il fe remet en même tems entre fes mains à Péronne, croyant le mieux tromper. Quelle plus mauvaife politique ! Mais auffi étant découvert , il fe vit prifonnier dans le château de Péronne , & forcé de marcher à la fuite de fon vaiTal contre ces Liégeois même qu'il avait armés. Quelle plus grande humiliation !

Non-feulement il fut toujours perfide, mais iï força îe duc Charles de Bourgogne à l'être : car ce prince était né emporté, violent, téméraire; mais éloigné de la fraude. Louis XL en trompant tous fes voifins les invitait tous à le tromper. A ce commerce de fraudes fe joignirent les barbaries les plus fauvages. Ce fut fur-tout alors qu'on regarda comme un droit de la guerre de faire pendre, de noyer, ou d'égorger les prifonniers faits dans les batailles, & de tuer les vieillards, les enfans & les femmes dans les villes conquifes. Maximilien depuis empereur fit pendre par repréfaille après fa vidoire de & Aa a g!

5 3 7a Essai sur les m «uns.

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Guinegafte un capitaine Gafconqui avait défendu avec bravoure un château contre toute ion armée, & Louis XL par un autre repréfaille fit mourir par le gibet cinquante gentilshommes de l'armée de Maximiliai tombes entre fes mains. Charles de Bourgogne fe vengea de quelques autres cruautés du roi en tuant tout dans la ville de Dînant prife à difcrétion > & en la réduifant en cendres.

Louis XL craint fon frère le duc de Be.rri,, & ce prince eft empoifonné par un moine bénédictin nommé Favre Véfois , fon confefTeur. Ce n'eil pas ici un de ces empoifonnemens équivoques adoptés fans preuves par la maligne crédulité des hommes. Le duc deBerri foupait entre la dame de Montforau fa maîtreffe & fon confeffeur. Celui-ci leur fait apporter une pêche d'une groffeur finguiière. La dame expire immédiatement après en avoir mangé. Le prince après de cruelles convulfions meurt au bouc de quelque tems„ ^ Odet Daidk , brave feigneur , veut venger le mort ,

auquel il avait été toujours attaché, Il conduit loin de Louis en Bretagne le moine empoifonneur. On lui fait fon procès en liberté , & le jour qu'on doit prononcer la fentence à ce moine s on le trouve mort dans fon lit. Louis XL pour appaifer le cri public , fe fait apporter les pièces du procès s & nomme des commiffaires ; mais ils ne décident rien, & le roi les comble de bienfaits. On ne douta guère dans l'Europe que Louis n'eût commis ce crime , lui qui étant dauphin , avait fait craindre un parricide à Charles VIL fon père. L'hiftoire ne doit point l'en accufer fans preuves ; mais elle doit le plaindre d'avoir mérité qu'on l'en foupçonnâf. Elle doit fur-tout cbferver que tout prince coupable d'un attentat avéré , eft coupable auffi des jugemens téméraires qu'on porte fur toutes fes actions.

Telle eft la conduite de Louis XL avec fes vafTaux & fes proches. Voici celle qu'il tient avec fes voifins. Le roi d'Angleterre Edouard J F. débarque en France pour

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tenter de rentrer dans îes conquêtes de Tes pères. Louis peut le combattre f mais il aime mieux être fon tributaire. Il gagne les principaux officiera Anglais. Il fait des préfens de vins à toute l'armée. Il achète le retour de cette armée en Angleterre. N'eût-il pas été plus digne d'un roi de France , d'employer à fe mettre en état de refiler & de vaincre , l'argent qu'il mit à féduire un prince très-mal affermi , qu'il craignait , & qu'il ne devait pas craindre ?

Les grandes âmes choifîffent hardiment des favoris ilîufïres, & des miniftres approuvés. Louis XI. n'eut guère pour fes confidens & pour fes minifïres que des hommes nés dans la fange , & dont le cœur était au defïbus de leur état.

Il y a peu de tyrans qui aient fait mourir plus de citoyens par les mains des bourreaux , & par des fupplices plus recherchés. Les chroniques du tems comptent quatre mille fujets exécutés fous fon règne en public ou en fecret. Les cachots , les cages de fer , les chaînes dont on chargeait fes victimes , font les monumens qu'a laiffés ce monarque , & qu'on voit avec horreur.

Il eft étonnant que le père Daniel indique à peine le ftippiice de Jacques <£ Armagnac duc de Nemours , descendant reconnu de Clovis. Les circonfrances & l'appareil de fa mort, le partage de fes dépouilles, les cachots où fes jeunes enfans furent enfermés jufqu'à la mort de Louis XI. font de trilles & intéreffans objets de la curiofité. On ne fait point préciférnent quel était le crime de ce prince. Il fut jugé par des commiiTaires , ce qui peut faire préfumer qu'il n'était point coupable. Quelques hifcorièns lui imputent vaguement d'avoir voulu fe faifir de la perfonne du roi , & faire tuer le dauphin. Une telle accufation n'eft point croyable. Un petit prince ne pouvait guère , du pied des Pyréaées où il était réfugié, prendre prifonnier Louis XL en pleine paix, tout puiffant & abfoîu dans fon royaume. L'idée

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de tuer le dauphin encor enfant , & de conferver îe père , eft encor une de ces extravagances qui ne tombent point dans la tête d'un homme d'état. Tout ce qui efl bien avéré, c'eft que Louis XL avait en exécration la maiibn des Armagnacs , qu'il fit faiïir le duc de Nemours dans Cariât , en 1477 , qu'il le fit enfermer dans une cage de fer à îa baftille , qu'ayant dreffé luimême toute l'initruÉtion du procès , il lui envoya des juges,' parmi lefquels était Philippe de Comines? célèbre traître , qui , ayant long-tems vendu les fecrets de îa maifon de Bourgogne au roi , parTa enfin au fervice de la France . & dont on eftime les mémoires , quoiqu'écrits avec la retenue d'un courtifan qui craignait encor de dire la vérité même après la mort de Louis XL

Le roi voulut que le duc de Nemours fût interrogé dans fa cage de fer , qu'il y fubît la queffion , & qu'il y reçut fon arrêt. On le confefla enfuite dans une falle tendue de noir. La confefïïon commençait à devenir une grâce accordée aux condamnés. L'appareil noir était en ufage pour les princes. C'eft ainfi qu'on avait exécuté Conradin à Naples , & qu'on traita depuis Marie Smart en Angleterre. On était barbare en cérémonie chez les peuples chrétiens Occidentaux , & ce raffinement d'inhumanité n'a jamais été connu que d'eux. Toute le grâce que ce malheureux prince put obtenir , ce fut d'être enterré en habit de cordelier, grâce digne de la fuperftition de ces tems atroces qui égalait leurs barbarie.

Mais ce qui ne fut jamais en ufage , & ce que pratiqua Louis XL ce fut de faire mettre fous l'échafFaut dans les halles de Paris les jeunes enfans du due , pour recevoir fur eux le fang de leur père. Ils en fortirent tout couverts ; & en cet état on les conduifit à la Baftifîe dans des cachots faits en forme de hottes, où la gène que leurs corps éprouvaient était un continuel fupphce. On leur arrachait les dents à plufieurs intervalles. Ce genre de torture, aufïï petit qu'odieux 3 était en ufage. C'eft

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