Chapitre LU
ainfi que du terns de Jean, roi de France, à' Edouard III. roi d'Angleterre, de l'empereur Charles IV. oncraitait les Juifs en France, en Angletarre, & dans plufieurs villes d'Allemagne , pour avoir leur argent. Le cé:ai! des tourmens inouïs que fourFrkent les princes de Nèmours- Armagnac ferait incroyable, s'il ©'était attefté par la requête que ces princes infortunés préfentèrent aux euts après la mort de Louis XL en 1483.
Jamais il n'y eut moins d'horreur que fous ce règne. Les juges ne rougirent point de partager les biens de celui qu'ils avaient condamné. Le traître Philippe de Comines qui avait trahi le duc de Bourgogne en lâche & qui fut plus lâchement l'un des commiffaires , eut les terres du duc dans le Tournefis.
Les terns précédens avaient infpiré des mœurs fières & barbares , dans lesquelles en vit éclater quelquefois de l'héroïfme. Le règne de Charles VII. avait vu des Dunois , des La Trimouïlle , des Ciijfon, des Richemont ,S des Saintratîfe, des La Hire, & desmagiftrats d'un grand mérite: mais fous Louis XI. pas un grand homme. Il avilit la nation. Il n'y eut nulle vertu : l'obéiffance tint lieu de tout , & le peuple fut enfin tranquille comme les forçats le font dans une galère.
Ce cœur artificieux & dur avait pourtant deux penchans qui auraient du mettre de l'humanité dans fes mœurs, c'était l'amour & la dévotion. Il eut des maîcreffes ; il eut trois bâtards ; il fit des neuvaines & des pèlerinages. Mais fon amour tenait de fon caractère , & fa dévotion n'était que la crainte fuperftitieufe d'une arne timide & égarée. Toujours couvert de reliques & portant à fon bonnet fa Nôtre-Dame de plomb, on prétend qu'il lui demandait pardon de fes aflaffinats avant de les commettre. Il donna par contrat le comté de Boulogne à la Sainte Vierge. La piété neconfifle pas à faire la Vierge comtefTe, mais à s'abftenir des aébions que la confeience reproche , que Dieu doit punir & que la Vierge ne protège point.
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Essai sur les miurs,
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II. introduMk la coutume italienne de fonner la cloche à midi ,. & de dire un Ave Maria. Il demanda au pape le droit de porter ie furplis & i'aumuffe, & de fe faire oindre une féconde fois de l'ampoule de Reims,
Enfin, fentant la mort approcher, renfermé au château du Plefïis-ies-Tcurs, inacceffibleà fes fujets , entouré devgarues, dévoré d'inquiétudes, il fait venir de Calabre un hertnite , nommé François Martoril/o., révéré depuis fous le nom «le St. François de Faute. Il fe jette à fes pieds; il ie fiipplie, en pleurant , d'intercéder auprès de Dieu, & de lui prolonger la vie, comme fi l'ordre éternel eût dû changer â là voix d'un Calabrois dans un village de France , pour laifTer dans nn corps ufé une ame faible & perverfe phis ldng-tëms que ne comportait la nature. Tai dis qu'il demande ainïï la vie à un hermite étranger , il :roit en ranimer les reftes , en s'abreuvant du fang qu'on tire à des enfans , dans la fauffe efpérance de corri-r £er râcr%té du fien. C'était un des excès de l'ignorante médecine de ces tems, médecine introduite par les Juifs , de faire boire du fang d'un enfant aux vieillards apoplectiques, aux lépreux, aux épiiepciques.
On ne peut éprouver un fort plus trifïe dans le fein des profoérités, n'ayant, d'autres fentimens que l'ennui , les remords, la crainte &1û douleur d'être dételle.
C'eit cependant lui qui , le premier des rois de France , prit toujours lé nom de Très-chrétien , à-peu-près dans le tems que Ferdinand d'Arragon , illulrre par des perfidies autant que par des conquêtes, prenait le nom de Catholique. Tant de vices n'ôtèrent pas à Louis XL les bennes qualités. Il avait du courage ; il favait donner en roi ; il connaiffait les hommes & les affaires ; il voulait que la juïlicefdt rendue, & qu'au moins lui feul pût être injufle.
Paris défoîé par une contagion , fut repeuplé par fes foins.' Il le fut à la vérité de beaucoup de brigands , mais qu'une police févère contraignit de devenir citoyens, De
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