Chapitre L I V. 387 S
entrèrent dans les Gaules partageaient les dépouilles avec Clovis. Le comte de Boulaiiii'illiers veut par cette raifon que les feigneurs de châteaux foient tous fouvemns en France. Mais quel homme peut dire dans fa terre , Je defcer.ds d'unconquérantdes Gaules ? & quand il ferait forti en droite ligne d'un de ces ufurpateurs , les villes & les communes n'auraient-elles pas plus de droit de reprendre leur liberté , que ce Franc ou ce Vifigoth n'en avait eu de la leur ravir ?
On ne peut pas dire qu'en Allemagne la puiffance féodale fe foit établie par droit de conquête , ainfi qu'en Lombardie & en France. Jamais toute l Allemagne n'a étéconquife par des éirangers; c efl cependant aujourd'hui de tous les pays de la terre le feu! où la loi des nefs fubfifte véritablement. Les boy.irds de Ruine ont leurs fujets , mais ils fon: fujets eux-mêmes , & ils ne compofent point un corps comme les princes Allemans. Les kans des Tartares, les princes de Valachie & de Moldavie font de véritables feigneurs féodaux qui relèvent du fukan Turc ; mais ils font dépotes par un ordre du divan , au lieu que les feigneurs Allemans ne peuvent l'être que par un jugement de toute la nariori. Les n /oies Polonais font plus égaux entr'eux , que les pofTefTeurs des terres en Allemagne, & ce n'efr pas là encor l'adminiftration des fiefs. Il n'y a point d'arrière-vaffaux en Pologne. Un noble n'y eff pas fujet d'un autre noble comme en Allemagne. Il efl quelquefois fon domeflique, mais non fon vaifal. La Pologne ell une république ariftocratique , où le peuple eft efcîave.
Laloi féodale fubfifïeen Italie d'une manière différente. Tout efi réputé fief de l'empire en Lombardie , & c'eft encor une fource d'incertitudes ; car les empereurs n'ont été dominateurs fuprêmes de ces fiefs qu'en qualité de rois d Italie, de fucceffeurs des rois Lombards. Or certainement une diète de Ratisbonne n'efl pas roi d'Italie. Mais au'eft-il arrivé? La liberté germanique ayant pré- ©^ Bb a Q
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Si
valu fur l'autorité impériale en Allemagne , l'empire étant devenu une choie différente de l'empereur, les fiefs Italiens fe font dits vallaux de l'empire & non de l'empereur. Ainfi une adminilrration féodale eft devenue dépendante d une autre adminiflration féodale. Le fief de Napl~s elt encor d'une efpèce toute différente. C'ell un hommage que le fort a rendu au faible ; c'efl une cérémonie que l'ufage a confervé.
Tout a été fief dans l'Europe , & les îoix de fief étaient par-tout différentes. Que la branche mâle de Bourgogne s'éteigne , le roi Louis XL fe croit en droit d'hériter de cet état. Que la branche de Saxe ou de Bavière eût manqué , l'empereur n'eût pas été en droit de s'emparer de ces provinces. Le pape pourrait encor moins prendre pour lui le royaume de Naples à l'extinclion d'une maiion régnante. La force , l'ufage , les conventions donnent de tels droits. La force les donna en effet à Louis XL car il reliait un prince de la maifon de Bourgogne , un comte de Nevers defcendant de l'inftitué; & ce prince n'ofa pas feulement réclamer fes droits. Il était encor fort douteux que Marie de Bourgogne ne dût pas fuccéder à fon père. La donation de la Bourgogne par le roi Jean portait que les héritiers fuccéder aient ; & une fille eiï héritière.
La queftion des fiefs mafculins & féminins , le droit d'hommage-lige, ou d'hommage fimpîe , l'embarras où fe trouvaient des feigneurs vaffaux de deux fuzerains à la fois pour des terres différentes , ou vafTaux de fuzerains qui fe difputaient le domaine fuprême , mille difficultés pareilles firent naître de ces procès que la guerre feule peut juger. Les fortunes des fimpies citoyens furent encor fouvent plus malheureufes.
Quel état pour un cuhivateur que de fe trouver fujet d'un feigneur , qui efr lui-même fujet d'un autre dépendant encor d'un troifième / Il faut qu'il plaide devant tous ces tribunaux , & il perd fon bien avant d'avoir pu ob- ' J