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CHAPITRE CINQUANTE-CINQUIEME

De la chevalerie.

'Extinction de la maifon de Bourgogne , le gouvernement de Louis XL & fur-tout la nouvelle manière défaire la guerre, introduite dans toute l'Europe, contribuèrent à abolir peu-à-peu ce qu'on appeilait la chevalerie , efpèce de dignité & de confraternité , dont il ne reffca plus qu'une faible image.

Cette chevalerie était un établiffement guecrier qui s'était fait de lui-même parmi les feigneurs , comme les confrairies dévotes s'étaient établies parmi les bourgeois. L'anarchie & le brigandage qui défolaient l'Europe , dans le tems de la décadence de la maifon de Charlemagne , donnèrent naillance à cette institution. Ducs , comtes , vicomtes, vidâmes, châtelains , étant devenus fouverains dans leurs terres , tous fe firent la guerre • & au lieu de ces grandes armées de Charles-Martel de Pépin , & de Charlemagne , prefqne toute l'Europe fut partagée en petites troupes de fept à huit cents hommes , quelquefois de beaucoup moins. Deux ou trois bourgades compofaient un petit état combattant fans cefTë contre fon voifin. Plus de communication entre les provinces , plus de grands chemins , plus de fureté pour les marchands , dont pourtant on ne pouvait fe paner, chaque poflefTeur d'un ;dongeon les rançonnait fur la route; beaucoup de châteaux fur les bords des rivières & aux

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pafTages des montagnes ne furent que de vraies cavernes de voleurs. On enlevait ies femmes , ainfi qu'on pillait les marchands.

Pmfiëurs feigneurs s'afïbcièrent infenfiblement pour protéger la fureté publique , & pour défendre les dames1; lis en firent vœu ; & cette inftitution vertueufe devint un devoir plus étroit , en devenant un acte de religion. On s'affocia ainfi dans prefque toutes les provinces. Chaque feigneur de grand fief tint à honneur d'être chevalier & d'entrer dans l'ordre.

On établit vers le onzième fiècîe des cérémonies religieufes & profanes qui femblaient donner un nouveau caractère au récipiendaire : il jeûnait , fe confefTait, communiait, parTait une nuit tout armé : on le faifait dîner feul à une table féparée, pendant que fes parrains & les dames qui devaient l'armer chevalier, mangeaient à une autre : pour lui vêtu d'une tunique blanche , il était à fa petite table, où il lui était défendu de parler , de rire & W même de manger. Le lendemain , il entrait dans l'églife avec fon épée pendue au cou ; le prêtre le bénifTait ; enfuite il allait fe mettre à genoux devant le feigneur ou la dame qui devait l'armer chevalier. Les plus qualifiés qui affiliaient à la cérémonie, lui chauffaient des éperons, le revêtaient d'une cuirafTe, de braffards, de cuiiTards, de gantelets & d'une cotte de maille appellée haubert. Le pr.rram qui Finftallait, lui donnait trois coups de plat d'épee fur le cou, au nom de Dieu, de St. Michel &l de St. George. Depuis ce moment , toutes les fois qu'il entendait la melTe , il tirait fon épée à l'évangile & la tenait haute.

Cette inftalîation était fuivie de grandes fêtes & fcuvenr de tournois ; mais c'était le peuple qui les payait. Les feigneurs des grands fiefs impofaient une taxe fur leurs fujets peur le jour où ils armaient leurs ehfans chevaliers. C'était d'ordinaire à l'âge de vingt-un an que les jeunes gens recevaient ce titre. Ils étaient auparavant ^

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