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CHAPITRE CINQUANTE-HUITIEME

Des duels.

JLi'Edu catïon de la noblefle étendit beaucoup l'ufage des duels , qui fe perpétua fi îong-tems & qui commença avec les monarchies modernes. Cette coutume de juger des procès par un combat juridique , ne fut connue que des chrétiens Occidentaux. On ne voit point de Jfc L3 C c 4 p

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ces duels dans l'églife d'Orient ; les anciennes nations n'eurent point cette barbarie. Céfar rapporte dans Tes commentaires , que deux de fes centurions , toujours jaloux & toujours ennemis l'un de l'autre , vuidèrent leur quereïie par un défi ; mais ce défi était de montrer qui des deux ferait les plus belles actions dans la bataille. L'un , après avoir renverfé un grand nombre d'ennemis , étant bleffé & terraifé à fon tour , fut fecouru par fon rival. C'étaient-là les duels des Romains.

Le plus ancien monument des duels ordonnés par les arrêts de>; rois , eit la loi de Gondsbaut le Bourguignon, d'une race Germanique, qui avait ufurpéla Bourgogne. La même jurifprudénce était établie dans tout notre Occident. L'ancienne loi catalane citée par le favant du Cange, les bix ,AlIeraandes-Bavaroifes fpéciftentplufieurs cas auxquels on devait ordonner le dueî.

Dans les afîïfes tenues par les croifés à Jérufalem , on ^ s'e>:prnrse ainfi : Le garant que Von tieve , fi corne es par vu , doit répondre à qui II Ueve. Tu ments , & te rendrai mort g re'crcah , & veïïî mon gage.

L'ancien coutumicr de Normandie dit : Plainte de meurtre doit être faite ; & fi V accufé. nie , il en offre gage &' bataille H doit être ottroyée par jujiice.

i! eu évident par ces loix , qu'un homme accufé d'homicide était en droit d'en commettre deux. On décidait fouvent d'une affaire civile par cette procédure fanguinaire. Un héritage était-ii contef;é? Celui qui fe battait le mieux avait raifon, & les différends des citoyens fe jugeaient comme ceux des nations , par la force.

Cette jurifprudence eut fes variations comme toutes lesinfritutioiiS ou fages ou folles des hommes. St. Louis ordonna qu'un écuyer accufé par un villain , pourr.it combattre à cheval , & que le villain accufé par l'écuyer , pourrait combattre a pied. Il exempte de la loi du duel les jeunes gens au deÂcus de vingt-un an, & les vieillards audefîbs de foixante.

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Les femmes & les prêtres nommaient des champions pour s'égorger en leur nom; la fortune, l'honneur dépendaient d'un choix heureux. Il arriva même quelquefois que les gens d'églife offrirent & acceptèrent le duel'. On les vit combattre en champ clos; &il paraît par les conftitutions de Guillaume le Conquérant , que les clercs & les abbés ne pouvaient combattre fans la permilTion de leur évêque : Si clericus duellum Jine epifcopi licaitia fufcepcrit , &c.

Parles établiffemens de St. Louis, & d'autres monumens rapportés dans du Cange , il paraît que les vaincus étaient quelquefois pendus , quelquefois décapités ou mutilés ; c'étaient Iesloix de l'honneur , & ces loix étaient munies du fceau d'un Sr. roi qui parFe pour avoir voulu abolir cet ufage digne des fauvages.

On avait perfectionné la juilice du tems de Louis le q Jeune, au point qu'il ftatua en Ti68 , qu'on n'ordonne- ^; rair le duei que dans des caufes où il s'agirait au moins de cinq écus , quinque folidos.

Philippe le Bel publia un grand code des duels. Si le demandeur voulait fe battre par procureur , nommer un champion pour défendre fa eaufe, il devait dire ; « Notre » fouverain feigneur, je prctefle & retiens, que par » loyale eflbine de mon corps, ( c'eft-à-dire , pour fai- » blerïe ou maladie, ) je puiffe avoir un gentilhomme » mon avoué , qui en ma préfence , fi je puis , eu en » monabfence, à l'aide de Dieu, de Notre-Dame & » de monfeigneur St. George , fera fon loyal devoir à » mes coûts & dépens, &c. »

Les deux parties adverfes ou bien leurs champions , comparaifTiient au jour affigné dans une lice de quatreving-spasde long tk. de quarante de large, gardée p~r des fergens d'armes. Ils arrivaient à cheval , vijière bahffée , écu au cou , glaive au poing, épées & dagues ceintes. il leur était enjoint de porter un crucifix eu l'image de là vierge , ou celle d'un faint dans leurs bannières. Les hé-

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rauts d'armes faifaient ranger les fpectateurs tous à pied autour des lices. Il était défendu d'être à cheval au fpectacle , fous peine pour un noble de perdre fa monture , & pour un bourgeois de perdre une oreille.

Le maréchal du camp , aidé d'un prêtre, faifait jurer les deux combattans fur un crucifix, que leur droit était bon , & qu'ils n'avaient point d'armes enchantées ; ils en prenaient à témoin monfieur St. George , & renonçaient au paradis, s'ils étaient menteurs. Ces biafphêmes étant prononcés , le maréchal criait , Laiffez-les aller ; il jetait un gant ; les combattans partaient, & les armes du vaincu appartenaient au maréchal.

Les mêmes formules s'obfervaient à-peu-près en Angleterre. Elles étaient très-différentes en Allemagne; on lit dans le théâtre d'honneur & dans plufieurs anciennes chroniques, que d'ordinaire le bourg de Hall en Souabe était le champ de ces combats. Les deux ennemis venaient demander permilîîon aux notables de Scuabe aflemblés , d'entrer en lice. On donnait à chaque combattant un parrain &un confefTeur ; le peuple chantait un libéra , & on plaçait au bout de la lice une bière entourée de torches pour le vaincu. Les mêmes cérémonies s'obfervaient à Visbourg.

Il y eut beaucoup de combats en champ cios dans toute l'Europe, jufqu'au treizième fiècle. C'efr des loix de ces combats que viennent les proverbes , Les morts ont tort , les battus paient V amende.

Les parlemens de France ordonnèrent quelquefois ces combats , comme ils ordonnent aujourd'hui une preuve par écrit ou par témoins. Sous Philippe de Valois , en 1343, le parlement jugea qu'il y avait gage de bataille &: nécefftté de fe tuer entre le chevalier Dubois Se le chevalier de Vervins , parce que Vervins avait voulu perfuader à Philippe de Valois que Dubois avait enforcelé fon altejje le roi de France.

|! Le duel de Legris & de Carrouge, ordonné par le par-

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Iiement fous Charles Vf. eft encor fameux aujourd'hui. Il s'agifTait de favoir fi Legris avait couché ou non avec ia femme de Carrouge malgré elle.

le parlement , îong-tems après , en 1441, dans une caufe folemnelle entre le chevalier Patarin & l'écuyer Tachon, déclara que le cas dont il s'agiflkit , ne requérait pas gage de bataille, & qu'il fallait une accufation grave & dénuée de témoins , pour que le duel fût, légitimement ordonné.

Ce cas grave arriva en 1454. Un chevalier nommé Jean Ficard , accufé d'avoir abufé de fa propre iiile , fut reçu par arrêt à fe battre contre fon gendre qui était là partie. Le théâtre d'honneur & de chevalerie ne dit pas 11 quel fut l'événement ; mais quel qu'il fut, le parlement | ordonna un parricide pour avérer un inçefïe. j|

Les évêques , les abbés , à l'imitation des parlemcns & || du confei! étroit des rois , ordonnèrent aulTi le combat m, en champ clos dans leurs territoires. Yves de Chartres i| reproche à l'archevêque de Sens & à l'évêque d'Orléans , d'avoir autoriféainfi trop de duels pour des affaires civiles. Géofroi du Maine , évêque d'Angers , obligea l'an 1100, les moines de Si. Serge , de prouver par le combat que certaines dixmes leur étaient dues , & le champion dis moines , homme robufle , gagna leur caufe à coups de bâton.

Sous la dernière race des ducs de Bourgogne, les bourgeois des villes de Flandre jouifîaient du droit de prouver leurs prétentions avecle bouclier & la mai:Fuedemefpîier ; ils oignaient de fuif leur pourpoint, parce qu'ils avaient entendu dire qu'autrefois les athlètes fe frottaient d'huile ; enfuite ils plongeaient les mains dans un baquet plein de cendres, & mettaient du miel ou du fucre dans leurs bouches ; après quoi ils combattaient jufqu'à la mort, & le vaincu était pendu. il

La lifte de ces combats en champ clos, commandes ainu jg par les fouverains , ferait treo longue. Le roi François I. j£

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en ordonna deux folemnellement , & fori fils Henri IL en ordonna aulTideux. Le premier de ceux qu'ordonna Henri> fut celui de Jarnac & de la C liâtai gneray e , en 1547. Celui-ci fourenait que Jarnac couchait avec fa belle-mère, celui-là le niait ; était-ce là une raifon pour un monarque de commander, de l'avis de fon confeil, qu'ils fe cou,paffent la gorge en fa préfence ? Mais telles étaient les mœurs. Les deux champions jurèrent chacun fur les évangiles, qu'il combattait pour la vérité, & qu'il n'avait fur lui ni paroles y ni charmes, ni incantations. La Châtaigneraye étant mort de fes blefîures , Henri II. fit ferment qu'il n'ordonnerait plus les duels; & deux ans après, il donna dans fon confeil privé des lettres-patentes, par lefquelles il était enjoint à deux jeunes gentilshommes d'aller fe battre en champ clos à Sedan , fous les yeux du maréchal de la Mark , prince fouverain de Sedan. Henri croyait ne point violer fon ferment , en ordonnant aux parties d'aller fe tuer ailleurs qu'en fon royaume. La cour de Lorraine s'oppofa formellement à cet honneur que recevait le maréchal de la Mark. Elle envoya protefler dans Sedan , que tous les duels entre le Rhin & la Meufe, devaient par les loix de l'empire , fe faire par Tordre & en préfence des fouverains de Lorraine, Le camp n'en fut pas moins afîigné à Sedan. Le motif de cet arrêt du roi Henri IL rendu en fon confeil privé, était que l'un de ces deux gentilshommes nommé Dagueres , avait mis la main dans les chauffes d'un jeune homme nommé Fendilles. Ce Fendilles bleffédans le combat , ayant avoué qu'il avait tort , fut jeté hors du camp par les hérauts d'armes , & fes armes furent brifées : c'était une des punitions du vaincu. On ne peut concevoir aujourd'hui comment une caufe fi ridicule pouvait être vuidée par un combat juridique.

Il ne faut pas confondre avec tous ces duels , regardés comme l'ancien jugement de Dieu , les combats finguliers entre les chefs de deux armées , entre les chevaliers des

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