CHAPITRE CINQUANTE-NEUVIEME
De Charles VIII. & de Vétat de V Europe y quand il entreprit la conquête de Naples.
JLjOvis XL biffa fon fils Charles VIII. enfant de quatorze ans , faible de corps ik fans aucune culture dans l'efprit , maître du plus beau & du plus puiflant royaume qui fût alors en Europe. Mais il lui laiiTaune guerre civile, compagne prefque infeparabîe des minorités. Le roi , à la ve'rité , n'était point mineur par la loi de Charles V. mais il l'était par celle de la nature. Sa fœur ainée Anne , femme du duc de Bcurbon-Beaujeu , eut le gouvernement par le teftament de fan père , & on prétend qu'elle en était digne. Louis , duc d'Orléans , premier lh
$± prince du fang, qui fut depuis ce même roi Louis XII. dont la mémoire eft û chère , commença par être le fiéiu de l'éîat, dont il devint depuis le père. D'un côté, fa qualité de premier prince du fang , Juin de lui donner aucun droit au gouvernement , ne lui eût pas même donné le pas fur les pairs pius anciens que lui. De l'autre, il femblaït toujours étrange qu'une femme, que la loi déclare incapable du trône, régnât pourtant fous un autre nom. Louis, duc d'Orléans, ambitieux , (car les plus vertueux le font , ) fit la guerre civile au roi fon maître pour être fon tuteur.
Le parlement de Paris vit alors quel crédit il pouvait un jour avoir dans les minorités. Le duc d'Orléans vint s'adreffer aux chambres affemblées , pour avoir un arrêt qui changeât le gouvernement. La Vaquerie , homme de loi , premier président , répondit que ni les finances, ni le gouvernement de l'état ne regardent le parlement ,
i mais bien les états-généraux, lefquels le parlement ne
k repréfente pas.
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On voit par cette réponfe que Paris alors était tran- 1 quille , & que le parlement était dans les intérêts de madame de Beaujeu. La guerre civile le fit dans les provinces & fur-tout en Bretagne, où le vieux duc François IL prit le parti du duc d'Orléans. On donna la bataille près de St. Aubin en Bretagne. Il faut remarquer que dans l'armée des Bretons & du duc d'Orléans, il y avait quatre à cinq cents Anglais , malgré les troubles qui épuifaient alors l'Angleterre. Quand il s'agit d'attaquer la France , rarement les Anglais ont été neutres. Louis de la Trimouille , grand général , battit l'armée des révoltés Se prit prifonnier le duc d'Orléans leur chef, qui depuis fut fon fouverain. On le peut compter pour le troifième des rois Capétiens pris en combattant, & ce ne fut pas le dernier. Le duc d'Orléans fut enfermé près de trois ans dans la tour de Bourges , jufqu'à ce que Charles VHL l'aîla délivrer lui-même. Les mœurs des Français étaient |I bien plus douces que celles des Anglais, qui dans le même
tems tourmentés chez eux par les guerres civiles, faifaient 1 1 périr d'ordinaire par la main des bourreaux leurs ennemis vaincus.
La paix & la grandeur de la France furent cimentées par le mariage de Charles VIII. qui força enfin le vieux duc de Bretagne à lui donner fa fille & fes états, La princelTe Anne de Bretagne , l'une des plus belles perfonnes de fon tems , aimait le duc d'Orléans jeune encor & plein de grâces. Ainfi , par cette guerre civile , il avait perdu fa liberté & fa màîcreffe.
Les mariages des princes font dans l'Europe le deflin des peuples. Le roi Charles VIIL qui avait pu du tems de fon père , époufer Marie , l'héritière de Bourgogne , pouvait encor époufer îa fille de cette Marie Se du roi des Romains Maximilien ; Se Maximilien de fon côté, veuf de Marie de Bourgogne , s'était flatté avec raifon d'obtenir Anne de Bretagne. Il l'avait même époufée par procureur, & le corme de Najfiu avait au nom du roi des 3 Ejfai fur les mœurs. Tom. If. D d £%
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418 Essai sur les mœurs.
Romains , mis une jambe dans le lit de h princelTe, félon l'ufage de ces tems. Mais le roi de France n'en conclut pas moins fon mariage. Il eut la princefîe, & pour dot la Bretagne, qui depuis a été réduire en province de France.
La France alors était au comble de la gloire. Il fallait autant de fautes qu'on en fit , pour qu'elle ne fût pas l'arbitre de l'Europe,
On fe fouvient comme le dernier comte de Provence donna par fon teftament cet état à Louis XI. Ce comte en qui finit la maifon & Anjou t prenait le titre de roi des deux Siciles , que fa maifon avait perdues toutes deux depuis long - tems. Il communique ce titre à Louis XL en lui donnant réellement la Provence. Charles VI IL voulut ne pas porter un vain titre , 6c tout fut bientôt préparé pour la conquête de NapJes, & pour dominer dans toute l'Italie. Il faut fe repréfenrer ici en quel érat était l'Europe au tems de ces événemens vers la fin du quinzième fiècle.