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CHAPITRE SOIXANTIEME

Etat de l'Europe à la fin du quinzième fiecle. De l'Allemagne , principalement de VEfpagne. Du malheureux règne de Henri IV. furnommé l'Impuiffant. .D'Isabelle & de Ferdinand. Prife de Grenade. Ferfécution contre les Juifs & contre les Maures.

/Empereur Frédéric IL de la maifon ^Autriche, venait de mourir. Il avait lailfé l'empire à fon fils Maximilien élu de fon vivant roi des Romains. Mais ces rois des Romains n'avaient plus aucun pouvoir en Italie. Celui qu'on leur îaifTait dans l'Allemagne, n'était guère au deiïus de la puiffance du doge à Venife ; & la maifon

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& Autriche était encor bien loin d'être redoutable. En vain l'on montre à Vienne cette épitaphe : Ci gît Frédéric III. empereur pieux , augujle , fouverain de • la chrétienté , roi de Hongrie, de Dalmatie , </e Croatie , archiduc d'Autriche , &c. elle ne fert qu'à faire voir la vanité des infcriptions. Il n'eut jamais rien de la Hongrie que la couronne ornée de quelques pierreries, qu'il garda toujours dans fon cabinet , fans les renvoyer ni à fon pupille Ladijlas qui en érait roi , ni à ceux que les Hongrois élurent enfuite, Se qui combattirent contre les Turcs, Il polîédait à peine îa moitié de la province d'Autriche ; fes coufins avaient le relie ; & quant au titre de fouverain de la chrétienté , il eu aifé de voir s'il le méritait. Son fils Maximilien avait, outre les domaines de fon père , le gouvernement des états de Marie de Bourgogne fa femme, mais qu'il ne régiflait qu'au nom de Philippe le Beau fon hls. Au relief on fait qu'on l'appellait Mafimïliano pochi danari, furnom qui nedéfignait pas un puilTant prince.

L'Angleterre encor prefque fauvage, après avoir été long-tems déchirée par les guerres civiles de la rofe blanche & de la rofe rouge, ainfi que nous leverrons inceffamment , commençait à peine à refpirer fous fon roi Henri VIL qui , à l'exemple de Louis XL abaiilait les barons & favorifait le peuple.

En Efpagne les princes chrétiens avaient toujours été divifés. La race de Henri Tranfïamare , bâtard ufurpateur , ( puifqu'il faut appeîler les chofes par leur nom ) régnait toujours en Caflilie , & une uîurpation d'un genre plus lingulier fut la fource de la grandeur Efpagnole.

Henri IV. un des defeendants Tranjlamart , qui commença fon malheureux règne en 1454, était énervé par les voluptés. Il n'y a jamais eu de cour entièrement livrée à la débauche, fans qu'il y aie eu des révolutions, ou du moins des féditions. Sa femme Dcna Juana-, que l£

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j'appelle ainiï pour la diftinguer & de fa fille Jeanne & des autres princeiïes de ce nom , fille d'un roi de Portugal, ne couvrait fes galanteries d'aucun voile. Peu de femmes dans leurs amours eurent moins de refpecl pour les bienféanccs. Le roi Don Henri /{^ parfait fes jours avec les amans de fa femme , ceux-ci avec les maîtreïFes du roi. Tous enfemble donnaient aux Espagnols l'exemple de la plus grande moliefTe & de la plus effrénée débauche. Le gouvernement était fi faible, les méçontens , qui font toujours le plus grand nombre en tout tems &: en tout pays, devinrent très-forts en Caftille. Ce royaume était gouverné comme la France , l'Angleterre, l'Allemagne, & tous les états monarchiques de l'Europe l'avaient été fi long-tems. Les vafTaux partageaient l'autorité. Les évêques n'étaient point princes fouverains comme en Allemagne ; mais ils étaient feigncurs & grands vafTaux , ainfi qu'en France.

Un archevêque de Tolède, nommé Carillo , & plu- ;£ fieurs autres évêques , fe mirent à la tête de la faclion contre le roi. On vit renaître en Efpagne les mêmes défordres.qui affligèrent la France fous Louis h Débonnaire , qui , fous tant d'empereurs , troublèrent l'Allemagne que nous verrons reparaître encor en France fous Henri III, & défcler l'Angleterre fous Charles I.

Les rebelles devenus puiilans déposèrent leur roi en effigie-, Jamais on ne s'était avifé jufques-là d'une pareille cérémonie. On dreffa un vafle théâtre dans la plaine d'Avila. Une mauvaife ftatue de bois reprefentant Don Henri, couverte des habits & des ornemens royaux , fut élevée fur ce théâtre. La fentence de dépofuion fut prononcée à la ïratue. L'archevêque de Tolède lui ôta la couronne , un autre l'épée, un autre le feeptre, & un jeune frère de Henri nommé Alphonfe fut déclaré roi fur ce même échaffaut. Cette comédie fut accompagnée de toutes les horreurs tragiques des guerres civiles. La mort

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