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Chapitre LX

du jeune prince , à qui les conjurés avaient donné le royaume , ne mit pas fin à ces troubles. L'archevêque & fou parti déclarèrent le roi impuilîant dans le tems qu'il était entouré de maîtrelFes ; & par une procédure inouïe dans tous les états , ils prononcèrent que fa fille Jeanne était bâtarde , née d'adultère , incapable de régner. Onavait auparavant reconnu roi, le bâtard Tranftamare , rebelle envers fon roi légitime : c'efl à préfent un roi légitime qu'on détrône , & dont on déclare la fille bâtarde & fuppofée , quoique née publiquement de la reine , quoiqu'avouée par fon père.

Plufieurs grands prétendaient à la royauté; mais les rebelles fe réfolurent à reconnaître If ab elle , fœur du roi, âgée de dix-fept ans , plutôt que de fe foumettre à un de leurs égaux ; aimant mieux déchirer l'état au nom d'une jeune princelfe encor fans crédit, que de fe donner un maître.

L'archevêque ayant donc fait la guerre à fon roi au nom de l'infant , la continua au nom de l'infante; L & le roi ne put enfin fortir de tant de troubles, & demeurer fur le trône que par un des plus honteux traités que jamais fouverain ait fignés. Il reconnut fa fœur Jfa belle pour fa feule héritière légitime, au mépris des droits de fa propre fille Jeanne ■ & les révoltés lui laifsèrent le nom de roi à ce nrix. Ainn le malheureux Charles VI. en France avait figné l'exhérédation de fon propre fils.

Il fallait , pour confommer ce fcandaleux ouvrage, donner à la jeune Ifahelle un mari qui fût en état de foutenir fon parti. Ils jettèrent les yeux fur Ferdinand hèritiet d'Arragon , prince à-peu>près de l'âge à? Ifahelle. L'Archevêque les maria en fecret ; & ce mariage fait fous des aufpices fi funeftes , fut pourtant la fource de la grandeur de l'Efpagne. Il renouvella d'abord les diflentions , les guerres civiles, les traités frauduleux , les fauifes réunions qui augmentent les

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haines. Henri, après un de ces raccommodemens, fut attaque d'un mal violent dans un repas que lui donnaient quelques-uns de ces ennemis réconciliés , & mourut bientôt après.

En vain il laiffa fon royaume en mourant à Jeanne fa fille ; en vain il jura qu'elle était légitime ; ni fes fermens au lit de mort , ni ceux de la femme . ne purent prévaloir contre le parti & IfaBelle & de Ferdinand, furncmmé depuis le Catholique , roi d'Arragon &c de Sicile, ils vivaient enfemble , non comme deux époux dont les biens font communs fous les ordres du m>~ri , mais comme deux monarques étroitement alliés. Ils ne s'aimaient , ni ne fe haïflaient , fe voyant rarement, ayant chacun leur confeil , fouvent jaloux l'un de i 'autre dans l'adminifiration ; la reine, encor plus

tjaloufe des infidélités de fon mari , qui remplirait de fes bâtards tous les grands poftes , mais unis tous deux Sji inséparablement pour leurs communs intérêts , agifTant fur les mêmes principes , ayant toujours les mots de religion & de piéié à la bouche , & uniquement occupés de leur ambition. La véritable héritière de Caftille Jeanne ne put réfuter à leurs forces réunies. Le roi de Portugal Dqn Âlphonfey fon oncle, qui voulait l'époufer , arma en fa faveur. Mais la conclufion de tant d'efforts & de tant de troubles , fut que la malheureufe princerTe paffa dans un cloître une vie deftinée au trône.

Jamais injuffice ne fut. ni mieux colorée , ni plus heureufe , ni plus judinée par une conduite hardie & prudente. Jfahelle & Ferdinand formèrent une puiffance telle que l'Efpagne n'en avait point encor vue depuis ie rétabiinement des chrétiens. Les mahométans Arabes-Maures n'avaient plus que le royaume de Grenade , & ils touchaient à leur ruine dans cette partie de l'Eurrpe, tandis que les mahométans Turcs femhlaient prêts de fubjuguer l'autre. Les chrétiens avaient au

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