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Chapitre LXIII

riffante, & qui, ayant foutenu neuf guerres contre Venife, flottait alors d'efclavage en efclavage. Elle s'était donnée aux Français f du tems de Charles VI. Elle s était révoltée; elle prit enfuite le joug de Charles VIL en 145 8 , & le fecoua encor. Elle voulut fe donner à Louis XL qui répondit qu'elle pouvait fe donner au diable, & que pour lui il n'en voulait point. Ce fut alors jj qu'elle fur contrainte en 1464, de fe livrer a ce duc de Milan François Sfor^e.

G aléas -fr\e , fils de ce bâtard , fut afTafîïné dans la cathédrale de M ilan , le jour de St. Etienne. Je rapporte cette circonftance qui ailleurs ferait frivole & qui eft ici très-importante. Car lesaffaflîns prièrent St. Etienne tk. St. Ambrai fe à haute voix , de leur donner afïez de courage pour aflàffiner leur fouverain. L'empoifonnemenr , l'aifaifinat , joints à la fuperftition , caraitérifaient alors les peuples de l'Italie. Ils lavaient fe venger & nefavaient guère le battre. On trouvait beaucoup d'empoifonneurs ;£* & peu de foîdats. Et tel était le deflin de ce beau pays fc depuis le tems des 0 thons. De l'efprit , de la fuperftition, de l'athéifme , des mafearades , des vers , des rrahifons , des dévotions , des poifons , des afTafîinats , quelques grands hommes, un nombre intîni de fcéiérats habiles & cependant malheureux : voiià ce que fut l'Italie. Le fils de ce malheureux G aléa s Marie , encor enfant, fuccédaau duché de Milan, fous la tutelle de fa mère Se du chancelier Simonetta. Mais fon oncle, que nous appelions Ludovic Sfor\e ou Louis le Maure , çhaffa la mère , fit mourir le chancelier, & bientôt après emppifonha fon neveu.

C'était ce Louis le Maure qui négociait avec Charles VIII. pour faire defeendre les Français en Italie.

LaTofcane, pays moins fertile, était au Milanais ce que l'Àttique avait été à la Béotie. Car depuis un fiècle Florence fe fignalàit , comme on a vu , par le commerce & par les beaux-arts. Les Médicis étaient à la tête de cette

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nation polie. Aucune maifon dans le monde n'a jamais acquis la puiiTance par des titres fi jufres. Elle l'obtint à force de bienfaits & de vertus. Cofme de Médicis , né en 1389, fimple citoyen de Florence, vécut fans rechercher du grands titres , mais il acquit par le commerce des richeiïes comparables à celles des plus grands rois de fbn tems. Il s'en fervit pour fecourir les pauvres, pour fe faire des amis parmi les riches , en leur prêtant fcn bien , pour orner fa patrie d'édifices , pour appellera Florence les favans Grecs chalfés de Conltantinopîe. Ses confeiîs furent pendant trente années les loix de fa république. Ses bienfaits furent fes principales intrigues , ëc ce font toujours les plus fures. On vit après fa mort, par fes papiers , qu'il avait prêté à fes compatriotes des fommes immenfes, dont il n'avait jamais exigé le moindre paiement. 11 mourut regretté' defes ennemis même. Florence, d'un commun confentement , orna fon tombeau du nom £| de père de la -patrie , titre qu'aucun des rois qui ont pafTé en revue, n'avait pu obtenir.

Sa réputation valut à fes defcendans la principale autorité dans la Tofcane. Son fis l'adminiftra fous le nom de gûhfalànier. Ses deux petits-fils , Laurent & Julien , maures de la république , furent affaffinés dans uneégiife par des conjurés , au moment où on élevait Phoftie. Julien en mourut , Laurent échappa. Le gouvernement des Florentins reffembîait à celui des Athéniens , comme leur génie. Il était tantôt ariftocratique , tantôt populaire, & on n'y craignait rien tant que la tyrannie.

Cofme de Médicis pouvait être comparé à Vifejtrate , qui , malgré foh pouvoir , fut mis au nombre des fages. Les fils de ce Cofme eurent le fort des enfans de Fijiftrate affaffmés par Barmodius et Arîjîogiton. Laurent échappa aux meurtriers comme un des enfans de Pifflrate, & vengea comme lui la mort de fcn frère. Mais ce qu'on n'avait point vu dans Athènes , & ce qu'on vit à Florence,

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