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Chapitre LXIII. 437 ^J

c'efr que les chefs de la religion tramèrent cette confpi-

ration fanguinaire.

* On peut par cet événement , fe former une idée tres-

jufte de l'efprit & des mœurs de ces tems-là. .La Bovire , Sixte Hr. était fouverain pontife. Je n'examinerai pas ici avec Machiavel , fi les Riario qu'il faifait paffer pour fes neveux , étaient en effet iec enfans , ni avec Alichel Brutiis , s'il les avait fait naître brfqu'il était cordelier. Il furBt, pour l'intelligence des faits , de faveir qu'il facrificûr tout oour l'agrandiiTemenc de . Jérô me Riario , l'un de ces prétendus neveux. M ous avons déjà obfervé que le domaine du St. Siège n'était pas à beaucoup près auiîî étendu" qu'aujourd'hui. Sixte IV. voulut dépouiller les feigneurs d'îmola & de Forli , pour enrichir Jérôme de leurs états. Les deux, frères Médias Secoururent de leur argent ces petits princes , & les foutinrent. Le pape M crut que pour dominer dans l'Italie , il fallait qu'il exter- |I minât les Médias. Un banquier Florentin établi à Rome, nommé Pa;n , ennemi des deux frères , propofa au pape de les alTaffiner. Le cardinal Raphaël liiario , frère de Jérôme , .fut envoyé à Florence pour diriger la confpiration ; & Salviati , archevêque de Florence , en drefTa tout le plan. Le prêtre Stcfano , attaché à cet archevêque, fe chargea d'être un des aflaîTins. On«choifit la folemnité d'une grande fête dans l'égiife de Santa Repai -a ta., pour égorger les Médias & leurs amis , comme les aifaffms du duc Galéas Sfor^c , avaient choili la cathédrale de Milan & le jour de St. Etienne, pour maffacrer ce prince au pied de l'autel. Le moment de l'élévation de l'hofUe fut celui qu'on prit pour le meurtre, afin que le peuple attentif & proiterné, ne pût empêcher l'exécution. En effet , dans cet inftant même , Julien de Médias fut tué par un frère de Pa?jJ, & par d'autres conjurés. Le prêtre Stefano bleîla Laurent, qui eut affez de force pour fe retirer dans la facrifrïe. f

§l Qu?nd on voit un pape , un archevêque , un prêtre , £} Ee 3 (i

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miditer un tel crime & choifir pour l'exécution , le mo- Il ment où leur Dieu fe montre dans le temple , on ne peut douter de l'athéifme qui régnait alors. Certainement s'ils avaient cru que leur créateur leur apparaiffait fous le pain fdCré , ils n'auraient ofé lui infulter à ce point. Le peuple adorait ce myftère ; les grands & les hommes d'état s'en moquaient ; toute i'hiiïoire de ces rems-là le démontre. Ils penlaien comme on penfait à Rome du tems da ti/ir; leurs parlions concluaient qu'il n'y a aucune religion, ils faifaient tous ce déteflable raifonnement. Les hommes m'ont enfeigné des menfonges, donc il n'y a point de Dieu. Ainfi la religion naturelle fut éteinte d:.ns prefque tous ceux qui gouvernaient alors ; & jamais fièele ne fut plus fécond en afTaffînats , en empoifonnemens, en trahifons , en débauches monfirueufes.

Les Florentins qui aimaient les Médias , les vengèrent par le fupplice de tous les. coupables qu'ils rencontrèrent. L'archevêque de Florence fut pendu aux fenêtres du palais public. Laurent eut la généroiité ou la prudence de îauver la vie au cardinal neveu qu'on voulait égorger au pied de l'autel qu'il avait fouillé & où il fe réfugia.

Une des ilngularités de cette confpiration fut que Bernard Bandini , l'uni des meurtriers retiré depuis chez les Turcs , fut livré à Laurent de Médias , & que le fultan IJajaietfervh a punir le crime que le pape Sixte avait fait commettre. Ce qui fut moins extraordinaire, c'eft que le pape excommunia les Florentins , pour avoir puni la confpiration ; il leur fit même une guerre que Médicis termina par fa prudence. Vous voyez à quoi l'on emloyait la religion & lesanathêmes. Je déne l'imagination la plus atroce de rien inventer qui approche de ces détefabies horreurs. l

Laurent, vengé par fes concitoyens, s'en fit aimer le refte de fa vie. On le furnomma le père des mufes , titre \ qui ne vaut pas celui de père de la patrie } mais qui an- gjz

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