CHAPITRE SOIXANTE-QUATRIEME
De Vétat du pape , de Venife & de Naples , au quinzième (iècîe.
/'Etat du pape n'était pas ce qu'il elt aujourd'hui , encor mois ce qu'il aurait dû être , fi la cour de Rome avait pu profiter des donations qu'on croit que Çharlèmagne avait faites , & de celles que la comteiTe Mathilde fit réellement. La maifon de Goniague était en pofTefîion de Mantoue , dont elle faifait hommage à l'empire. Divers feigneurs jouifïaient en paix, fous les %Ù Ee 4 (p
O 44O' Essai sur les mœurs.
noms de vicaires de l'empire ou de l'églife , des belles terres qu'ont aujourd'hui les papes. Péroufe était à la maifon des Bailloni : les Bentivoglio avaient Bologne : les PoLsntini Ravenne ; les Manfredi Faënza : les Sforces Pezaro : les Rimario poffédaient Imola & Forli : la mailon à'EJîe régnait" depuis long-tems 3 Ferrare : les PiCs à la Mirandole : les barons Romains étaient encor très-puiifans dans Rome ; on les appellait les menottes des papes. Les Colonnes & les Urfins , les monti , les Savait , premiers barons , & polTeffeurs anciens des plus confidérables domaines , partageaient l'état Romain par leurs querelles continuelles , fembiables aux feigneurs qui s'étaient fait la guerre en France & en Allemagne dans les tems de faibîefTe. Le peuple Romain affidu aux procédions , & demandant à grands cris des indulgences plénières à fes papes , fe lbulevait fouvent à leur mort , pillait leur palais , était prêt de jeter leur corps dans le Tibre. C'eit ce qu'on vit fur-tout à la mort d'Innocent VIII.
Après lui fut élu l'Efpagnol Roderico Borgia , Alexandre VI. homme dont la mémoire a été rendue exé- . crable par les cris de l'Europe entière, & par la plume de tous les hiftoriens. Les proteftans qui , dans les fièdes fuivans s'élevèrent contre l'églife , chargèrent encor la mefure des iniquités de ce pontife. Nous verrons fi on lui a imputé trop de crimes. Son exaltation fait bien connaître les mœurs & i'efprit de fon fiècle , qui ne refTembie en rien au nôtre. Les cardinaux qui l'élurent , favaient qu'il élevait cinq enfans nés de fon commerce avec Vano^a. Ils devaient prévoir que tous les biens , les honneurs , l'autorité feraient entre les mains de cette famille. Cependant ils le choifirent pour maître. Les chefs des faeliens du conclave vendirent pour de modiques femmes leurs intérêts & ceux de l'Italie.
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