‹ EssaiChapitre 197 sur 200 · CHAPITRE SOI XANTE-C I N Q Ù I E M E · texte numérisé non relu

CHAPITRE SOI XANTE-C I N Q Ù I E M E

De la conquête de Naples par Charles VIII. roi de France & empereur. De Zizim frère de BajazET II. Du pape Alexandre VI, &c.

Hart.es VIII Aon cônfeil , fes jeunes courtifans, étaient u enivrés du projet de conquérir îe royaume de Naples, qu'on rendit à Maximilien la Franche- Comte & l'Artois , partie des dépouilles de ù femme , & qu'on remit la Cçrdagne & ie RouiTillon à Ferdinand le Catholique , auquel on fit ericbr une remife de trois cent mille écus qu'il devait , à condition qu'a ne troubleroit point la conquête. On ne faifait pas réflexion que douze villages qui joignent un état , valent mieux qu'un royaume à quatre cents lieues de chez foi. On faifait encor une autre faute ; on fe fiait au roi Catholique,

L'enivrement du projet chimérique de conquérir non-feulement une partie de l'Italie , mais de détrôner le fuîtan des Turcs , fut encor une des raifons qui força Charles VIII. à conclure avec Henri VU. roi d'Angleterre , un marché plus honteux encor que celui de Louis XL avec Edouard IV. Il fe fournit à lui payer fix cent vingt mille écus d'or , de peur que Henri ne lui fît la guerre ; fe rendant ainii le tributaire des Anglais belliqueux qu'il craignait , pour aller attaquer des Italiens amollis qu'il ne craignait pas. Il crut aller à la gloire par le chemin de l'opprobre, & commença par s'appauvrir en voulant s'enrichir par des conquêtes.

Enfin Charles VIII. defeend en Italie. Il n'avait pour | une telle entreprife que feize, cents hommes d'armes, qui, avec leurs archers, corapofaient un corps de ba- fe taille de cinq mille cavaliers pefammenr armés , deux M

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cents gentilshommes de fa garde, cinq cents cavaliers armés à la légère , fix mille fantafîïns Français , &z fix J mille Suides, avec fi peu d'argent, qu'il était obligé d'en emprunter fur les chemins, & de mettre en eaee les pierreries que lui prêta la duc'qèffe de Savoie. Sa marche cependant imprima par-tout l'épouvante & là foamiffion. Les Italiens étaient éecnnés de voir cette grofTe artillerie traînée par des chevaux, eux qui ne connaiïTaient que de petites coulevrines de cuivre traînées par des bœufs. La gendarmerie Italienne était compofée de fpadaÏÏih.s qui fe louaient fort cher pour un rems limité à ces condottieri, leiqueîs fe louaient encor plus cher aux princes qui achetaient leur dangereux fervice. Ces chefs prenaient des noms faits pour intimider la populace. L'un s'appellait Taïlle-cuijje ; l'autre, Fier -à- bras , ou Fracajje, ou Sacrlvend. Chacun d'eux çragnait de perdre fes hommes : ils pouffaient leurs ennemis dans les batailles, Se ne les frappaient pas. Ceux qui perdaient le champ , étaient les vaincus. U y avait beaucoup plus de fang répandu dans les vengeances particulières, dans les enceintes des villes, dans les confpirations que dans les combats. Machiavel rapporte que dans une bataille de ces tems-la , il n'y eut de mort qu'un cavalier étouffé dans la prefTe.

Une guerre férieufe les effraya tous T & aucun n'ofa paraître. Le p'^pe Alexandre VI, les Vénitiens ,. le duc de Milan Loues le Maure , qui avait appelle le roi en Italie, voulurent le traverfer dès qu'il y fut. Pierre de Médicis , contraint d'implorer ù protection, fut chaffé de la république pour l'avoir demandée, & fe retira dans Venife , d'où il n'ofa fortir m?dgré la bienveillance du roi , craignant plus les vengeances feeretes de fou pays , qu'affuré de l'appui des Français.

Le roi entre à Florence en maître. Il délivre la ville de Sienne du joug des Tofcans , qui bientôt après la remirent en fervi:ude. Il marche à Rome , où Alexan-

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dre VI. négociait en vain contre lui. Il y fait fon entrée en conquérant. Le pape réfugié dans Je château St. Ange, vit les canons de France' tournés contre ces faibles murailles. Il demanda grâce.

Il ne lui en coûta guère qu'un chapeau de cardinal pour fléchir le roi-?- Brijfonnet , de préhdent des comptes devenu archevêque , confeilla cet accommodement qui lui valut la pourpre. Un roi efl fouvent bien fervi pair fes fujets quand ils font cardinaux , mais rarement quand ils veulent l'être. Le confeffeur du roi entra encor dans l'intrigue. Charles , dont l'intérêt était de dépofer le pape, lui pardonna & s'en repentit. Jamais pape n'avait plus mérité l'indignation d'un roi chrétien. Lui & les Vénitiens s'étaient adreïTés à Baja[et II. fultan des Turcs , fils & fuccefTeur de Mahomet II. pour les aider à chaffer Charles VIII. d'Italie. Il fut avéré que le pape avait envoyé un nonce nommé Bofto à la Porte , & on en conclut que le .prix de l'union du fultan & du pontife, était un de ces meurtres atroces dont on commence à fentir quelque horreur aujourd'hui dans le ferrail même de Conftannnople.

Le pape , par un enchaînement d'événemens extraordinaires, avait entre fes mains Zi(i/n ou Gem , frère de Baja^et. Voici comment ce fils de Mahomet IL était tombé entre les mains du pape.

Zi^îm , chéri des Turcs , avait difpftté l'empire à Baja{et qui en était haï. Mais malgré les voeux des peuples il avait été vaincu. Dans fa difgrace il eut recours aux chevaliers de Rhodes , qui font aujourd'hui les chevaliers de Maîrhe, auxquels il avait envoyé un ambaiiadeur. On le reçut d'abord comme un- prince à qui on devait l'hofpitaliré , & qui pouvait être utile ;

!mais bientôt après on le traita en prifonnier. Baja?et payait quarante mille fequins par an aux chavaliers , 3 pour ne pas laiifer retourner Z'mm en Turquie. Les j^ chevaliers le menèrent en France dans une de leurs .{Je

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commande ries du Pcircu , appel] te Eourgnei/f. Charles Vill. reçut à la fois un ambaiTadeur de Bajaret & un nonce du pape Innocent VIII. prédéceffeur d'Alexandre, au fujet de ce précieux captif. Le fuîtan le redemandait; le pape voulait l'avoir comme un gage de la sûreté de l'Italie centre les Turcs. Charles envoya Z/{i/n au pape. Le pontife le reçut avec toute la fpîendeur que le maître de Rome pouvait arrecler avec le frère du maître de Conflantincple. On voulut l'obliger à baifer les pieds du pape ; mais Bqtzq , témoin oculaire , affûte que le Turc rejeta cet abaiffement avec indignation. Paul Jove dit qu' 'Alexandre VI. par un traité avec le fulran , marchanda la mort de Ziçim. Le roi de France, qui , dans des projets trop vaftes , affûté de la conquête de Naples , fe flattait d'être re- II doutable à Baiaret. voulut avoir ce frère malheureux. ^■;| Le pape, félon Paul Jove, le livra eTnpoifonné. Il relia C^ indécis fi le poifon avait été donné p3r un domeftique £f 1\ du pape, ou par un miniftre fecret du grand-feigneur. Mais on divulgua que Baja^et avait promis trois cent

Imiîie ducats au pape, pour" la tête de fon frère. Le piince Dtmetriv.s Canternir dit que , félon les annales turques, le barbier de Zizim lui coupa la gorge, & que ce barbier fut grand-viiïr pour recempenfe. Il n'efr pis probable qu'on ait fait miniftre & général un barbier. Si "Mrjm avait été ainfi anaffiné , le roi Charles VîU. qui renvoya fon corps à fon frère , aurait [! fu ce genre de mort , les contemporains en auraient ji parlé. Le prince Cantemïr & ceux qui aceufent Alc- || xandre VI. peuvent fe tromper également. La haine qu'on portait a ce p3ntife, lui imputa tous les crimes qu'il pouvait commettre.

Le pape ayant juré de ne plus inquiéter le roi d.-ns fa

conquête , fortit de ù prifon , & reparut en pencife

I fur le théâtre du Vatican. Là, dans un confïiloire pu-

M blic, le roi vint prêter ce qu'on appelle hommage d'o-

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