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Chapitre L XV. 447 Q

bédiencc , affilié de Jean de Ganai , premier préiident du parlement de Paris , qui femblait devoir être ailleurs qu'à cette cérémonie. Le roi baifa les pieds de celui que deux jours auparavant il voulait faire condamner comme un criminel, &, pour achever la fcène , il fervit la méfie à! Alexandre VI. Guichardin , auteur contemporain très-acdrtdité , aiïure que dans l'églife le roi fe plaça au deflbus du doyen des cardinaux. 11 ne faut donc pas tant s'étonner que le cardinal de Bouillon , doyen du facré collège , ait de nos jours , en s'appuyant de ces anciens ufages , écrit à Louis XIV. Je vais prendre la première place du monde chrétien après la fuprême.

Lharlemagne s'écait fait déclarer dans Rome empereur d'Occident ; Charles VIII 'y fut déclaré empereur d'Orient, mais d'une manière bien différente. Un Pa- Uologue , neveu de celui qui avait perdu l'empire & ^ la vie , céda très-inutilement à Charles VIII. 8c à fes fucceiTeurs un empire qu'on ne pouvait plus recouvrer.

Après cette cérémonie, Charles s'avança au royaume de Naples. Alphcnfe IL nouveau roi de ce pays t haï de fes fujets comme fon père , & intimidé par l'approche des Français , donna au monde l'exemple d'une lâcheté nouvelle. 11 s'enfuit fecrétement à Meffine , & fe fit moine chez les olivétains. Son fils Fernando , devenu roi , ne put rétablir les affaires , que l'abdication de fon père faifait voir défefpérées. Abandonné bientôt des Napolitains , il leur remit leur ferment de fidélité ; après quoi il fe retira dans la petite ifle d'ifchia , fituée à quelques milles de Naples.

Charles , maître du royaume, & arbitre de l'Italie, entra dans Naples en vainqueur fans avoir prefque combattu. Il prit les titres prématurés à'Aùguflç. & d'empereur. Mais dans ce tems-!à même prefque toute l'Europe travaillait fourdement à lui fiire perdre la couronne de Naples. Le pape, les Vénitiens , !e âne de Milan, Louis h Maure ^ I'emoereur Maximilicn , Fer-

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dinand d Arragon , Jfabelle de Cùfiiïle-, fe liguaient enfemble. Il fallait avoir prévu cette ligue, & pouvoir la combattre. 11 repartit pour la France cinq mois après l'avoir quittée. Tel fut , ou Ion aveuglement , ou ion mépris pour les Napolitains, ou plutôt fon impui/iance, qu'il ne laiffa que quatre à cinq mille Français pour conferver ù conquête; il le trompa au point de croire que des feigneurs du pays comblés de fes bienfaits foutiendraient fon parti pendant fon abience.

Dans fon retour auprès de Plaifance , vers le village de Fornovo, que nous nommons Fornoue , rendu célèbre par cette journée, il trouve l'armée des confédérés forte d'environ trente mille hommes. Il n'en avait que huit mille. S'il était battu , il perdait la liberté ou la vie : |i s'il battait, il ne gagnait que l'avantage de la, retraite. On vit alors ce qu'il eût fait dans cette expédition , fi la prudence avait fécondé le courage. Les Italiens ne tin- || rent pas Iong-tems devant lui. Il ne pardit pas deux -3i- cents- hommes. Les alliés en perdirent quatre mille. Tel |i eft d'ordiniire l'avantage d'une troupe aguerrie, qui jj combat avec fon roi contre une multitude mercenaire. G uïccïardino dit que depuis quelques fiècles les Italiens .n'avaient jamais donné une bataille fi fanglante. Les il Vénitiens comptèrent pour une vidoire d'avoir dans ce combat pillé quelques bagages du roi. On porta fa tente en triomphe dans Venife. Charles VIII. ne vainquit que pour s'en retourner en France , iaiiTant encor la moitié de fa petite armée près de Novarre dans le Milanais, où le duc d'Orléans fut bientôt afïiégé.

Les- ligués pouvaient encor l'attaquer avec un grand avantage; mais ils n'osèrent. Nous ne pouvons renfler , difaïent-ils , alla fana Francefe. Les Français firent précifément en Italie ce que les Anglais avaient fait en France : ils vainquirent en petit nombre, & ils perdirent leurs conquêtes.

Quand le roi fut à Turin , on fut bien étonné de voir j$ "un Q

J Chapitre. LXV.

un camérier du pape Alexandre VI. qui ordonna au roi de France de retirer fes troupes du Milanais & de Naples , & de venir rendre compte de fa conduite au Saint père , fous peine d'excommunication. Cette bravade n'eût été qu'un fujet de plaifanterie , fi d'ailleurs la conduite du pape n'eût pas été un fujet de plainte trèsférieux.

Le roi revint en France, & fut aulïï négligent à conferver fes conquêtes , qu'il avait été prompt à les faire. Frédéric , oncle de Fernando , ce roi de Naples dérôné, devenu roi titulaire après la mort de Fernando , reprit en un mois tout fon royaume, affifté de Gonfalve de Cordoue , furnommé le Grand Capitaine , que Ferdinand d'Arragony furnommé le Catholiquex envoya pour lors à fon fecours.

Le duc d'Orléans , qui régna bientôt après , fut trop heureux qu'on le laifsât fortir de Navarre. Enfin de ce torrent qui avait inondé l'Italie , il ne refta nul vertige ; 6c Charles VIII. dont la gloire avait pafle fi vite , mourut fans enfans à l'âge de près de vingt-huit ans , laiffant à Louis XII. fon premier exemple à fuivre, & fes fautes à réparer.

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