CHAPITRE SOIXANTE-SIXIEME
.De Savonarole.
.Vant de voir comment Zoww XZ7. foutint fes droits fur l'Italie , ce que devint tout ce beau pays agité de tant de fa&ions , & difputé par tant de puifTances , & comment les papes formèrent l'état qu'ils pofsèdent aujourd'hui , on doit quelque attention à un fait extraordinaire qui exerçait alors la crédulité de l'Europe , & qui étalait ce que peut le fanatifme.
Il y avait à Florence un dominicain nommé Jérôme Savonarole. C'était un de ces prédicateurs à qui le talent de parler en chaire fait croire qu'il peut gouverner les peuples , & un de ces théologiens qui , ayant expliqué l'apocalypfe, penfent être devenus prophètes, il dirigeait , il prêchait , il confefîait , il écrivait ; & dans une ville libre , pleine nécefTairement de factions , il voulait être à la tête d'un parti.
Dès que les principaux citoyens de Florence furent que Charles Vili. méditait fa defcente en Italie , il la prédi: , & le peuple le crut infpiré. Il déclama contre le pape Alexandre VI. Il encouragea ceux de fes compatriotes qui perfécutaient les Médicis , &' qui répandirent le fang des amis de cette maifon. Jamais homme n'avait eu plus de crédit à Florence fur le commun peuple. I! était devenu une efpèce de tribun , en faifant recevoir les artifans dans la magiftrature. Le pape & les Mcdicis fe fervirent contre Savonarole des mêmes armes qu'il employait ; ils envoyèrent un francifcain prêcher contre lui. L'ordre de St. François haïffait celui de St. Dominique plus que les Guelfes ne haïiïaient les Cibelins. Le cordelier réuffit à rendre le dominicain odieux. Les deux ordres fe déchaînèrent l'un contre
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