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Chapitre IX

levait un aigle de bais doré. L'étendard royal de France était un bâton doré avec un drapeau de foie blanche femé de fleurs de lys : ce qui n'avait été long - tems qu'une imagination de peintre , commençait à fervir d'armoiries aux rois de France. D'anciennes couronnes des rois Lombards , dont on voit des efcampes fidèles dans Muratori , font furmontées de cet ornement, qui n'eft autre chofe que le fer d'une lance lis avec deux autres fers recourbés.

Outre l'étendard royal , Fkilippe Augujîe fit porter l'oriflamme de St. Denis. Lorfque le roi était en danger, on hau fiait ou bai fiait l'un ou l'autre de ces étendards. Chaque chevalier avait auiîi le fien , & les grands chevaliers faîfaient porter un autre drapeau qu'on nommait bannière. Ce terme de bannière ii honorable était pourtan: commun aux drapeaux de l'infanterie ,prefque toute comoofce de ferfs. Le cri de guerre des Français était , Mon joie St. Denis. Le cri dos Àllemans était Kyriz cleyfon.

Une preuve que les chevaliers bien armés ne couraient guère d'autre rifque que d'être démontés , & n'étaient blefies que par un très-grand hafard, c'eft que le roi Philippe Aiigufle 3 renverfé de fon cheval , fut longtems entouré d'ennemis ; & reçut des coups de toute efpèce d'armes fans verfer une goutte de fang.

On raconte même qu'étant couché par terre, un foldat Allemand voulut lui enfoncer dans là gorge un javeiot à double crochet , & n'en put jamais venir à bout. Aucun chevalier ne périt dans la bataille , finon Guillaume de Longchamp , qui maîheureufement mourut <Tun coup dans l'œil , adrefie par la vifière de ion ca.fque.

On compte du coté des Allemans vingt-cinq chevaliers-banner et s & fept comtes de i'empire prilonniers , mais aucun de blefîé.

L'empereur Othon perdit la bataille. On tua , dir-on , trente mille Allemans > nombre probablement exagéré. \J$ E 1

O *>& Essai sur les m œu rs.

On ne voit pas que le roi de France fit aucune conquête du côté de l'Allemagne après la victoire de Bouvines ; mais il en eut bien plus de pouvoir iur fes vaflaux.

Celui qui perdit le plus à cette bataille , fut Jean d 'Angleterre , dont l'empereur Othon fembîait la dernière reiTource. Cet empereur mourut bientôt après en iaî8 comme un pénitent. Il le faifait, dit- en , fouler aux pieds de fes garçons de cuifine & fouetter par des moines, félon f epicion des princes de ce tems-là , qui penfaient expier par quelques coups de difeipline le fang de tant de milliers d'hommes.

Il n'eft point vrai , comme tant d'auteurs l'ont écrit , que Philippe reçut le jour de la victoire de Bouvines la nouvelle d'une autre bataille , gagnée par fon fils Louis VIII. contre le roi Jean. Au contraire Jean avait eu quelque fuccès en Poitou. Mais defïitué du fecours de fes alliés , il fit une trêve avec Philippe. Il en svait SF befoin. Ses propres fujets d'Angleterre devenaient fes plus grands ennemis. Il était méprifé , parce qu'il s'était fait variai de Rome. Les barons le forcèrent de figner cette fameufe charte qu'on appelle îa charte des libertés d'Angleterre.

Le roi Jean fe crut plus lézé en lai/Tant par cette charte à fes fujets les droits les plus naturels y qu'il ne s'était cru dégradé en fe faifant fujet de Rome ; il fe plaignit de cette charte comme du plus grand affront fiit à fa dignité : cependant qu'y trouve-t-on en effet d'injurieux à l'autorité royale? Qu'àlamor: d'un comte , fon fils majeur , pour entrer en pofTefficn du fief , paiera au roi cent marcs d'argent , & un baron cent fcheilings ; qu'aucun baiili du roi ne pourra prendre les chevaux des payfans , qu'en payant cinq fous par jour par cheval ? Qu'on parcoure toute la charte , on trouvera feulement que les droits ou genre humain n'y ont pas été allez déiendus. On verra i;ue les communes qui portaient le plus grand fardeau , & qui rendaient -les plus grands J

fervices , noyaient nulle parr à ce gouvernement , qui ne pouvait fleurir fans elles. Cependant Jean fe plaignit ; il demanda juitice au pape fon nouveau fouverain.

Ce pape Innocent III. qui avait excommunié 1© roi, excommunie alors les pairs d'Angleterre. Les pairs outrés font ce qu'avait fait ce même pontife. Ils offrent la couronne d'Angleterre à la France. Fhilippe Augujh vainqueur de l'Allemagne , porTe/Feur de prefque tous les étars de Jean en France, appelle au royaume d'Angleterre , fe conduifit en grand politique. Il engagea les Anglais à demander fon fils Louis pour roi. Alors les légats de Rome vinrent lui repréfenter en vain que Jean était feudataire du St. Siège. Louis de concert avec fon père , lui parle ainfi en préfence du légat : « Monfieur, » fuis votre homme-lige pour les fiefs que m'avez baillés » en France ; mais ne vous appartient de décider du fait » du royaume d'Angleterre : & ii le faites, me pourvoi- » rai devant mes pairs. » ^

Après avoir parlé ainli , il partit pour l'Angleterre , malgré les défenfes publiques de fon père , qui le fecourait en fecret d'hommes & d'argent . Innocent III. excommunia en vain le père & le fils. Les évêques de France déclarèrent nulle l'excommunication du père. Remarquons pourtant qu'ils n'osèrent infirmer celle de Louis: c'eftà-dire, qu'ils avouaient que les papes avaient le droit d'excommunier les princes. Us ne pouvaient difpurer ces droits aux papes, puifqu'ils fe l'arrogeaient eux-mêmes ; mais ils fe réfervaient encor celui de décider fi l'excommunication du pape était jufte ou injurie. Les princes étaient alors bien malheureux , expaies fans ceffe à l'excommunication chez eux & à Rome : mais les peuples étaient plus malheureux encor : î'anathême retombait toujours fur eux , & la guerre les dépouillait.

Le fis de Fhilippe Augufieiut reconnu roi foîemnellementdans Londres. Il ne laiifa pas d'envoyer des Ambailadeurs plaider fa caufe devant le pape. Ce pontife .

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70 Essai sur les moeurs.

jouifiait de l'honneur qu'avait auirefois le fénat Romain , d'être juge des rois. Il mourut avant de rendre fon arrêt définitif.

Jean Sans Terre , errant de ville en ville dans Ton pays, mourut dans le même tems , abandonné de tout le monde, dans un bourg de ia province de Norfolck. Un pair de France avait autrefois conquis l'Angleterre, & l'avait gardée : un roi de France ne la garda pas.

Louis VÏI1. après la mort de Jean d'Angleterre , du vivant même de Philippe Augiijle , fut obligé de fortir de ce même pays qui l'avait demandé pour roi ; & au lieu de défendre fa conquête, il alla fe croifer contre les Albigeois , qu'on égorgeait alors en exécution des fentences de Rome.

Il ne régna qu'une feule année en Angleterre : les Anglais le forcèrent de rendre à leur roi Henri III. dont ils n'étaient pas encor mécontens, le trône qu'ils avaient été à Jean père de ce Henri III. Ainfi Louis ne fut que l'inftrument dont ils s'étaient fervis pour fe venger de leur monarque. Le légat de Rome qui était à Londres , régla en maître* les conditions auxquelles Louis forrit d Angleterre. Ce légat l'ayant excommunié pour avoir ofé régner à Londres malgré le pape, luiimpofa pour pénitence , de payer à Rome le dixième de deux années de fes revenus. Ses officiers furent taxés au vingtième, & les chapelains qui l'avaient accompagné, furent obligés d'aller demander à Rome leur abfolurion. Ils firent le voyage; on leur ordonna d'aller fe préfenter dans Paris à la porte de la cathédrale , aux quatre grandes fêtes, nuds pieds &: en chemife, tenant en main des verges dont les chanoines devaient les fouetter. Une partie de ces pénitences fut, dit-on, accomplie.

Cette fcène incroyable fe parfait pourtant fous un roi habile & courageux, fous Philippe Augufle , qui fouffrait cette humiliation de fon fils & de fa nation. Le vainqueur de Bouvines ne finit pas glorieufement fa car-

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