Chapitre IX
rière illuftre. Il avait augmenta fon royaume de la Normandie, du Maine, du Poitou, le refte des biens appartenans à l'Angleterre , était encor défendu par beaucoup de feigneurs.
Da tems de Louis VIII. une partie de la Guienne était Française , l'autre était Anglaife. Il n;y eut alors rien de grand ni de décifif.
Le teframent de Louis VIII. fait en 12.0,5, mérite feulement quelque attention. Il lègue cent fous à chacune des deux mille lépreferies de fon royaume. Les chrétiens, pour fruit de leurs croifades , ne rempjrtèrent enfin que la lèpre. Il faut que le peu d'ufage du linge & la malpropreté du peuple eût bien augmenté le nombre des lépreux. Ce nom de léproferie n'était pas donné indifféremment aux autres hôpitaux ; car on wit par !e même tellement , que le roi lègue cent livres de compte à deux cents hôtels-dieu. Le legs que fit Louis VJ.fl. de |I trente mille livres une fois payées a fon époufe la célèbre reine de Caftille, revenait à cinq cents quarante mille li.res d'aujourd'hui. J'injifte feuvent fur ces prix de monnoies ; c'eît , ce me femble , le pouls d'un état , & une manière afîez fure de reconnaître fes forces. Par exemple, il efr clair que Philippe Augufte fut ic plus puidant prince de fon tems , fi indépendamment des pierreries qu'il laiiTa , les femmes fpécifiées dans fon teflament montent à près de neuf cent mille marcs de huit onces , qui valent à préfent quarante-cinq millions à cinquante livres de compte le marc. Mais il faut qu'il y ait queîqu'erreur de calcul dans ce teftament : il n'efr point du tout vraifemblable qu'un roi de France , qui nVvait de revenu que celui de fes domaines particuliers , ait pu lahTer alors une fomme fi confidérable. La pu'nTance de tous les rois de l'Europe confifrait alors à voir marcher un grand nombre de vaflaux fous leurs ordres, 8z non à pofiéuer aifez de tréfors pour les affervir.
C'eft ici le lieu de relever un étrange conte que font ; j
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7a Essai sur les mœurs.
tous nos hifloriens. Ils difent que Louis VIII. étant au lit de la mort , les médecins jugèrent qu'il n'y avait d'autre remède pour lui que l'ufage des femmes ; qu'ils mirent dans fon lit une jeune fille, mais que le roi la chaffa , aimant mieux mourir , difent-ils , que de commettre un pèche' mortel. Le père Daniel, dans fon hiftoire de France a fait <*raver cette aventure à la tête de la vie de Louis VIII. comme le plus bel exploit de ce prince.
Cette fable a été appliquée à plufieuçs autres monarques. Elle n'efï, comme tous les autres contes de ces tems-là , que le fruit de l'ignorance. Mais on devrait favoir aujourd'hui que la jouiflance d'une fille n'eft point un remède pour un malade ; & après tout , fi Louis VIII. n'avait pu réchapper que par cet expédient,^ il avait Blanche fa femme qui était fort belle , & en état de lui fauver la vie. Le père Daniel prétend donc que Louis VIII. mourut glorieuiement , en ne farisfaifant pas la nature g; & en combattant les hérétiques, il eft vrai qu'avant fa ff mort il alla en Languedoc pour s'emparer d'une partie du comté de Touloufe que le jeune Arnaud, comte de Montfort, fils de l'ufurpateur, lui vendit. Mais acheter un pays d'un homme à qui ce pays n'appartient pas, eil-cela combattre pour la foi ? Un efprit jufte , en lifant l'hiftoire, n'eiT prefque occupé qu'à la réfuter.
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