CHAPITRE DIXIEME
De l'empereur Frédéric IL de fes querelles avec Us papes , & de l'empire Allemand. Des accufations contre Frédéric IL Du livre de tribus impoitoribus. Du concile général de Lyon,&c.
Ers le commencement du treizième fiècîe, tandis que Philippe Augvjle régnait ènccr, que Jean Sans Terre était dépouillé par Louis VIII. qu'après la mort de Jean & de Vlu lippe Augujle, Louis VIII. çhaifé d'Angleterre régnait en France , & laiilkit l'Angleterre à Henri III. dans ces tems , dis-je , les croifades , les perfécutions ,1 contre les Albigeois , épuifaient toujours l'Europe. L'em- L pereur Frédéric IL faif'ait fàigner les plaies mal fermées £| de l'Allemagne & de l'Italie. La querelle de la couronne jL impériale 8c de la mitre de Rome, les factions des Guelfes | & des Gibelins , les haines des Allemans & des Italiens , troublaient le monde plus que jamais.
Frédéric IL fils de Henri VI. & neveu de Philippe, jouifTait de l'empire qu'Othon IV. fon compétiteur avait abandonné avant de mourir. Les empereurs étaient alors bien plus puilTans que les rois de France; car outre la Souabe & les grandes terres que Frédéric poiTédait en Allemagne, il avait auffi Napîes & Sicile par héritage. La Lombardie lui appartenait par cette longue porTeiuon des empereurs ; mais cette liberté dont les villes d'Italie étaient alors idolâtres, reipectait peu la polîeffîon des Cçfars Allemans. C'était en Allemagne un tems d'anarchie & de brigandage qui dura long-tems. Ce brigandage s'était tellement accru, que les feigneurs comptaient parmi leurs droits celui d'être voleurs de grand chemin dans leurs territoires , & de faire de la faulfe monnoie.
74 Essai sur les mœurs.
Frédéric IL les contraignit dans la diète d'Egra en 12.10 , de faire ferment de ne plus exercer de pareils droits : & pour ieur donner l'exemple, il renonça à celui que fes prédéceffeurs s'étaient attribué de s'emparer de toute la dépouille des évêques à leur décès. Cette rapine était alors autorifée par-tout & même en Angleterre.
Les ufages les plus ridicules & les plus barbares étaient alors établis. Les feigneurs avaient imaginé le droit de cuifTage, de markette , de prélibation; c'était celui de coucher la première nuir avec les nouvelles mariées leurs vafTales roturières. Des évêques , des abbés eurent ce droit en qualité de hauts barons; & quelqu'uns fe font fait payer au dernier fiècle par leurs fujecs la renonciation à ce droit étrange, qui s'étendit en EcofTe, en Lombardie, en Allemagne & dans les provinces de France. Voilà le mœurs qui régnaient dans le temsdes croifades.
L'Italie était moins barbare, mais n'était pas moins malheureufe. La querelle de l'empire 8z du facerdoce avait produit les factions Guelfe & Gibeline qui divifaient les villes & les familles.
Milan, Brefcia, Mantoue, Vicencc, Padoue, Trévize, Ferrare , & prefque toutes les villes de la Romagne , fous la protection du pape , étaient liguées entr'elles contre l'empereur.
Il avait peur lui Crémone , Bergame , Modène, Parme, Reggio , Trente, Beaucoup d'autres villes étaient partagées entre les factions Guelfe & Gibeline. L'Italie était le théâtre non d'une guerre , mais de cent guerres civiles , qui , en aiguifant les efprits & les courages , n'accoutumsient que trop les nouveaux potentats Italiens à l'aiïaffinat & à l'empoifcnnement.
Frédéric II. était né en Italie. Il aimait ce climat agréable, & ne pouvait fouffrir ni le pays, ni les mœurs de l'Allemagne dont il fut abfent quinze années entières. Il paraît évident que fon grand deffein était d'établir en Italie le trône des nouveaux Céfars . Cela feul eût pu
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