Chapitre X
changer la face de l'Europe. Ceft le nœud fecret de toutes les querelles qa'il eut avec les papes. Il employa tour-à-tour !a foup'efie & la violence , & le St. Siège le combattit avec les mêmes armes.
Horwri'Js III. & Grégoire IX. ne peuvent d'abord lui réfifler qu'en l'éloignant, & en l'envoyant faire la guerre dans la terre fainte. Tel était le préjugé du tems , que l'empereur fut obligé de fe vouer à cette entreprife, do peur de n'être pas regardé par les peuples comme chrétien. Il fit le voeu par politique; & par politique, il différa le voyage.
Grepoire JX. l'excommunie félon l'ufage ordinaire. Frédéric part , & tandis qu'il fait une croifade à Jérufaîern , le pape en fait un contre lui dans Rome. Il revint après avoir négocié 3vec les foudans , fe battre contre le S:. Siège. Il trouve dans le territoire de Capoue fon propre beau-père Jean de Brenne roi titulaire m de Jérufalem , à la tête des foldats du pontife qui portaient ^ le ligne des deux clefs fur l'épaule. Les Gibelins de l'empereur portaient le figne de la croix , & les croix mirent bientôt les clefs en fuite.
Il ne reliait guère alors d'autre reffeurce à Grégoire IX. que de foulever Henri roi des Romains, fils de Frédéric IL contre fon père , ainfi que Grégoire VIïL Urbain II. & Vafcal II. avaient armé les enfans de Henri IV. Mais Frédéric , plus heureux que Henri IV. fe Li&t de fon fils rebelle, le dépofe dans la célèbre j diè:e de Mayence, & le condamne à une prifen perpétuelle, j]
Il était plus aifi à Frédéric IL de faire condamner 1 fon fils dans une dièe d'Allemagne, que d'obtenir de l'ar- | gent & des troupes de cette diète pour aller fubjuguer jj l'Italie. Il eut toujours affez de forces pour l'enfanglanrer, js & jamais affez pour l'affervir. Les Guelfes , ces partions I! de la papauté, & encor plus de la liberté, balancèrent |g toujours le pouvoir des Gibelins partifans de l'empire. 0
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La Sardaigne était encor un fujer de guerre entre l'empire & le facerdoce , & par conféque.nt d'excommunications. L'empereur s'empara en 113% de prefque toute Tille. Alors Grégoire IX. accufa publiquement Frédéric IL d'incrédulité. « Nous avons des preuves, dit-il dans fa » leitre circulaire du premier Juillet 1239, qu'il dit » publiquement, que l'univers a été trompé pat trois » impofteurs, Moyse , Jesus-Christ & Mahomet. » Mais il place Jesus-Christ fort au defïbus des » autres; car il dit. Ils ont vécu pleins de gloire, & » l'autre n'a été qu'un homme de la lie du peuple » qui prêchait à fes pareils. L'empereur, ajoute-t-il, » foutient qu'un Dieu unique & créateur ne peut être » né d'une femme , & fur-tout d'une vierge. » C'efï fur cène lettre du pape Grégoire IX. qu'on crut dès ce temslà qu'il y avait un livre intitulé , de tribus impofloribus : on a cherché ce livre de fiècie en uècle , & on ne l'a çà jamais trouve.
Ces accufarions, qui n'avaient rien de commun avec la Sardaigne , n'empêchèrent pas que l'empereur ne la gardât : les div irions entre Frédéric & le St. Siège n'eurent jamais la religion pour objet ; & cependant les papes l'excommuniaient , publiaient contre lui des croifades , & les dépofaient. Un cardinal nommé Jacques ,évè.c\\ie de Paleftrine , apporta en France au jeune Louis IX. des lettres de ce pape Grégoire , par lefquelles fa fainteté, ayant dépofé Frédéric II. transférait de fon autorité l'empire à Robert comte d'Artois , frère du jeune roi de France. C était mal prendre fon tems ; la France & l'Angleterre étaient en guerre ; les barons de France foulevès dans la minoriié de Louis , étaient encor puifTans dans fa majorité. On prétend qu'ils répondirent, qu'un frère d'un roi de France n'avait pas befoin d'un empire ; & que le pape avait moins de religion que Frédéric II. Une telle réponfe eu trop peu vraifemblable pour être vraie.
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