Chapitre X
Rien ne fait mieux connaître les mœurs & les ufages de ce tems, que ce qui fe paffa au fujet de cette demande du pape.
Il s'adreffa au moines de Citeaux , chez lefquels il favait que St. Louis devait venir en pèlerinage avec fa mère. Il écrivit au chapitre : « Conjurez le roi qu'il prenne la » protection du pape contre le fils de Satan , Frédéric ; il » eu nécetfaire que le roi me reçoive dans fon royau- » me , comme Alexandre III. y fut reçu contre la per- » fécution de Frédéric I. & St. Thomas de Cantorberi » contre celle de Henri IL roi d'Angleterre. »
Le roi alla en effet à Citeaux , où il fut reçu par cinq cents moines, qui le conduisirent au chapitre : là, ils fe mirent tous à genoux devant lui , & les mains jointes le prièrent de laiffer. parler le pape en France. Louis fe mit auiïï à genoux devant les. moines , leur promit de défendre l'égïifé ~ mais il leur dit expreifément, qu'il K ne pouvait recevoir le papes fans le confentement des ï| barons du royaume, dont un roi de France devait fuivre les avis. Grégoire meurt , mais l'efprit de Rome vit toujours. Innocent IV. l'ami de Frédéric quand il était cardinal, devint nécefTair5ment fon ennemi dès qu'il eu fouverain pontife. Il fallait à quelque prix que ce fût afraib!ir la puirTance impériale en Italie , & réparer la faute qu'avait fait Jean XII, d'appeiler à Rome les AJlemans,
Innocent IV. après bien des négociations inutiles, affemble dans Lyon ce fameux concile qui a cette infcription encor aujourd'hui dans la bibliothèque du Vatican : Treizième concile général, premier de Lyon. Frtderic II. y efi déclaré ennemi de Léglife & privé du jiége impérial.
Il me femble bien hardi de dépofer un empereur dans une ville impériale; mais Lyon écoit fous la protection de h France , & fes archevêques s étaient emparés des droits régaliens. Frédéric IL ne négligea pas &
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d'envoyer à ce conciie , où il devait être acculé, des ambafïadeurs pour le défendre.
Le pape qui fe conftituait juge à la tête du concile, fit auffi la fonction de fon propre avocat ; & après avoir beaucoup infiité fur les droits temporels de Naples & de Sicile, fur le patrimoine de la comteffe Mathilde , il accufa Frédéric d'avoir fait ia paix avec les mahométans , d'avoir eu des concubines mahométanes , de ne pas croire en Jesus-Chîiist , & d'être hérétique. Comment peut-on être à la fois hérétique & incrédule ? & comment dans ces fiècles pouvait-on former fi fouvent de telles accufations ? Les papes Jean XII. Etienne VIII. & les empereurs Frédéric I. Frédéric II. le chancelier des Vignes, Mainfroi régent de Napîes , beaucoup d'autres efmient cette imputation. Les ambaffadeurs de l'empereur parlèrent en fa faveur avec fermeté, & accusè- 7. rent le pape à leur tour de rapine & d'ufure. Il y avait %& à ce concile des ambaffadeurs de France & d'Angleterre. Ceux-ci fe plaignirent bien autant des papes que le pape fe plaignit de l'empereur. « Vous tirez par vos » Italiens, dirent-ils, plus de foixante mille marcs par » an du royaume d'Angleterre : vous nous avez en » dernier lieu envoyé un légat qui a donné tous les »•> bénéfices à des Italiens. Il extorque de tous les reli- » gieux des taxes exceiîives, & il excommunie quicon- » que fe plaint de fes vexations. Rcmédiez-y promp- » tement , car nous ne fouffrirons pas plus long-tems » ces avanies.»
Le pape rougit, ne répondit rien, & prononça la déposition de l'empereur, il eft très à remarquer qu'il fulmina cette fentence , non pas, dit-il, de l'approbation du concile , mais en prélence du conciie. Tous les pères tenaient des cierges allumés, quand le pape prononçait. Ils les éteignirent enfuite, Une partie £gna l'arrêt, une autre partie fortit en gcmifïjnr.
N'oublions pas que dans ce concile le pape demanda
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