Chapitre X
un fubiîde à tous les eccléfiaftiques. Tous gardèrent le fïlence ; aucun ne parla ni pour approuver ni pour rejeter le fubfide, excepté un Anglais nommé Mefphan doyen de Lincoln. Il ofa dire que le pape rançonnait trop l'églife. Le p3pe le dépofa de fa feule autorité , & ies eccléfiaftiques fe turent. Innocent IV. parlait donc & agiffait en feuverain de l'églife , & en le fouffrait. Frédéric IL ne fouifrit pas du moins que l'évèque de Rome agît en fouverain des rcis. Cet empereur était à Turin , qui n'appartenait point encer à la maifen de Savoy e. C'était un fief de l'empire, gouverné par le marquis de Su7te. Il demanda une cailette : on la lui apporta. Il en tira la couronne impériale. « Ce pape & ce » concile dit-il , ne me l'ont pas ravie, & avant qu'on » m'en dépouille, il y aura bien du fang répandu.» Il ne manqua pas d'écrire d'abord à tous les princes d'Allemagne & de l'Europe par la plume de fon fameux chancelier Pierre des Vignes, tant aceufé d'aveir compofé le livre des trois impojfeurs : « Je ne fuis pas le » premier , difait-il dans fes lettres , que le clergé » ait ainfi indignement traité, & je ne ferai pas le dernier. » Vous en êtes caufe, en obéiffant à ces hypocrites, » dont vous connaiffez l'ambition fans bornes. Com- » bien , fi vous vouliez , découvririez-vous dans îa cour » de Rome d'infamies qui font frémir la pudeur ? Livrés » au fiècîe , enivrés de délices , l'excès de leurs richeffes » étouffe en eux tout fenriment de religion. C'eft une » œuvre de charité de leur oter ces richeffes pernicieufes » qui les accablent : & c'eft à qtfoi vous devez travailler » tous avec moi , &c. »
Cependant le pape , ayant déclaré l'empire vacant , écrivit à fept princes ou évêques : c'étaient les ducs de Bavière , de Saxe, d'Autriche & de Exabant , les archevêques de Saltzbourg , de Cologne & de Mayence. Voilà ce qui a fait croire que fept électeurs étaient alors
3£ folemnellement établis. Mais les autres princes de i'em-
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jp 80 Essai sur les mœurs.
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1 pire &les autres évêques prétendaient aufîi avoir le même | droit.
■i Les empereurs & les papes tâchaient ainfi de fe faire
I dépafer mutuellement. Leur grande politique confillait jj à exciter des guerres civiles.
On avait déjà élu roi des Romains en Allemagne Conrad fris de Frédéric ,11. mais il fallait , pour piaire au pape , choifîr un autre empereur. Ce nouveau Céfar ne fut choifi ni par les ducs de Saxe, ou de Brabant , ou de Bavière , ou d'Autriche , ni par aucun prince de l'empire. Les évêques de Strasbourg , de Vurtzbourg , de Spire , de Metz , avec ceux de Mayence , de Cologne & de Trêves , créèrent cet empereur. Ils choifirent un landgrave de Thuringe , qu'on appella le roi des prêtres.
Quel étrange empereur de Rome qu'un landgrave qui recevait la couronne feulement de quelques évêques de fon pays ! Alors le pipe fait renouveller la croifade contre Frédéric. Elle était prêcfcée par les frères prêcheurs , que nous appelions dominicains , & par les frères mineurs que nous appelions cordeliers ou francifeains. Cette nouvelle milice des papes .commençait à s'établir en Europe. Le Sr. Siège ne s'en tint pas à ces mefures. Il ménagea des confpirations contre la vie d'un empereur qui favait ré-'liter aux conciles , aux moines , aux croifades ; du moins l'empereur fe plaignit que le pape fufaitait des afïaiïins contre lui , & le pape ne répondit point à ces plaintes.
Les mêmes prélats qui s'étaient donné la liberté de faire un Céfar , en firent encor un autre après la mort de leur Thurinçien, & ce fut un comte de Hollande. La prétention de l'Allemagne fur l'empire Romain ne fervit d:>nc jamais qu'a la déchirer. Ces menus évêques qui éiifaient des empereurs , fe divisèrent entr'eux : leur corrrede Hollande fut tué dans cette guerre civile.
Frédéric IL avait à combattre les papes depuis l'extrémité de la Sicile jufqu'à celle de l'Allemagne. On dit £3 qu'étant ôjj