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CHAPITRE ONZIEME

De V Orient au tems des croifades, & de l'état de la Palejiine.

Es religions durent toujours plus que les empires. Le mahométifme floriffait , & l'empire des calires était détruit par la nation des Turcomans. On fe fatigue à rechercher l'origine de ces Turcs, Elle eft la même que celle de tous les peuples conquérans. Ils ont tous été d'abord des fauvages, vivans de rapine. Les Turcs habitaient autrefois au-delà du Taurus & de l'Immaiis , & bien loin , dit-on , de l'Araxe. Ils étaient compris parmi ces Tartares que l'antiquité nommait Scythes. Ce grand continent de la Tartarie , bien plus vafte que l'Europe , n'a jamais été habité que par des barbares. Leurs antiquités ne méritent guère mieux une hiftoire fuivie que les loups & les tigres de leur pays. Ces peuples du Nord firent de tout tems des invafions vers !e Midi. Ils fe répandirent vers le onzième fièele du côté de la Mofcovie. Ils inondèrent les bords de la mer Cafpienne. Les Arabes fous les premiers fucceffeurs de Mahomet avaient fournis prefque toute l'Afie-Mineure , la Syrie & la Perfe : les Turcomans vinrent enfin , qui fournirent les Arabes.

Un calife de la dynaftie des AbafTides , nommé Motajfen , fils du grand Almamon , & petit-fils du célèbre Aaron al Rachild , prote&eur comme eux de tous les

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arts , contemporain de notre Louis le Débonnaire ou h Faible , pofa les premières pierres de l'édifice fous lequel fes fuccefTeurs furent enfin écrafés. Il fit venir une milice de Turcs pour fa garde. Il n'y a jamais eu un plus grand exemple du danger des troupes étrangères. Cinq à fix cents Turcs à la foldede Motajfem font l'origine de la puiffance Ottomane, qui a tout englouti , de l'Euphrate jufqu'au bout de la Grèce ; & a de nos jours mis le fiége devant Vienne. Cette milice Turque augmentée avec le tems devint funefte à fes maîtres. De nouveaux Turcs arrivent qui profitèrent des guerres civiles excitées pour le califat. Les califes Abaffides de Bagdat perdirent bientôt 5a Syrie, l'Egypte, l'Afrique, que les califes Fournîtes leur enlevèrent. Les Turcs dépouillèrent & Fatimites & Abaffides.

Togrul Beg ou Ortogrul Beg. de qui on fait defcendre la race des Ottomans , entra dans Bagdat , à-peuprès comme tant d'empereurs font entrés dans Rome. Il fe rendit maître de la ville 6c du calife , en fe profternant à {es pieds. Oncgrul conduifit le calife Caiem à fon palais en tenant la bride de fa mule ; mais plus habile ou plus heureux que les empereurs Allemans ne l'ont été dans Rome , il établit fa puiffance , & ne laifTa au calife que le foin de commencer le vendredi les prières à la mofquée , & l'honneur d'inveflir de leurs états tous les tyrans mahométans qui fè faifaient fouverains.

Il faut fe fcuvenir que comme ces Turcomans imitaient les Francs , les Normans & les Goths dans leurs irruptions, ils les imitaient aufli en fe foumettant aux loix , aux mœurs & à la religion des vaincus. C'eft ainfi que d'autres Tartares en ont ufé avec les Chinois ; & c'efl; l'avantage que tout peuple policé ; quoique le plus faible , doit avoir fur le barbare , quoique le plus fort.

Ainfi les califes n'étaient plus que les chefs de la religion , tel que le dairi pontife du Japon , qui commande

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