Chapitre XI
planter des vignes. Ce peu de terre , liée avec les éclats des rochers , était foutenu par des petits murs dont on voit encor des refies de di fiance en diftance.
Tout ce qui efl- fitué vers le midi , confifte en déferts de fables falc'sdu côté de ia Méditerranée & de l'Egypte, & en montagnes affreufes , jufqu'à Efiongaber vers la mer Rouge. Ces fables & ces rochers habités aujourd'hui par quelques Arabes voleurs , font l'ancienne pairie des Juifs. Ils s'avancèrent un peu au nord dans l'Arabie pétrée. Le petit pays de Jérico qu'ils envahirent , eït un des meilleurs qu'ils poffédèrent : le terrain de Jérufalem eft bien plus aride , il n'a pas même' l'avantage d'être fitué fur une rivière. Il y a très- peu de pâturages : les habitans n'y purent jamais nourrir de chevaux : les ânes firent toujours la monture ordinaire. Les bœufs y font maigres ; les moutons y réunifient mieux ; les oliviers en ^ quelques endroits y produifent un fruit d'une bonne qualité. On y voit encor quelques palmiers; & ce pays que ï| les Juifs améliorèrent avec beaucoup de peine quand leur condition toujours nulheureufe le leur permit , fut pour eux une terre délicieufe , en comparaifon des déferts de Sina , deParam, & de Cadès-Barné.
St. Jérôme qui vécut fi long-tems à Bethléem , avoue qu'on f uifrait continuellement la féchereffe & la foif d:ns ce pays -de montagnes arides, de cailloux & de fables, où ii pleut rarement , où l'on manque de fontaines , & où l'indulîrie eft obligée d'y fuppiéer à grands frais par des citernes.
La paleiline , malgré le travail des Hébreux , n'eut jamais de quoi nourrir fes habitans ; & de même que les treize cantons envoient le fuperflu de leurs peuples fervir dans les armées des princes qui peuvent les payer , les Juifs allaient faire le métier de courtiers en Afie & en Afrique. A peine Alexandrie était-elle bâtie , qu'ils s'y étaient établis. Les Juifs commerçans n'habitaient guère Jérufalem ; & je doute que dans' le tems le plus
floriffant de ce petit état , il y ait jamais eu des hommes aufîi opulens que le font aujourd'hui plufieurs Hébreux d'Amfterdam , de la Haye , de Londres , de Conitantinople.
Lorfqu' Omar , l'un des premiers fucceffeurs de Mahomet , s'empara des fertiles pays de la Syrie, il prit la contrée de la Paleftine ; & comme Jérufaîem eft une vilb faintepour les mahométans , il y entra chargé d'une haire , & d'un ùc de pénitent , & n'exigea que le tribut de treize drachmes par tête , ordonné par le pontife. Cefr ce que rapporte Nicetas tomates. Omar enrichit Jérufaîem d'une magnifique mofquée de marbre, couverte de plomb , ornée en dedans d'un nombre prodigieux de lampes d urgent , parmi lefquelles il yen avai: beaucoup d'or pur. Quand enfuite les Turcs déjà mahométans s'emparèrent du pays vers Tan 1055 , ils ^ refpeclèrent la mofquée , & la ville refta toujours peu- '. K 9$ plée de fept à huit mille habitans. C'était ce que fon enceinte pouvait alors contenir , & ce que tout le territoire d'alentour pouvait nourrir. Ce peuple ne s'enrichiffait guère d'ailleurs que des pèlerinages des chrétiens & des mufulmans. Les uns allaient vifiter la mofquée , les autres l'endroit où l'on prétend que Jésus fut enterré. Tous payaient une petite redevance à l'émir Turc,, qui jéfidait dans la ville , & à quelques imans qui vivaient de la curiofité des pèlerins.
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