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Chapitre XII I

L'empereur bleiïé , & n'ayant plus auprès de lui que quelcues troupes fugitives , fe fauva vers Antioche , & de là fit le voyage de Jérufalem en pèlerin, au lieu d'yp.:raître en général d'armée. Le fameux Frédéric Barberoujfe, fon neveu & fon fucceffeur à l'empire d'Allemagne , le fuivait dans ces voyages , apprenant chez les Turcs à exercer un courage que les papes devaient mettre à de plus grandes épreuves.

L'entreprife de Louis le Jeune eut le même fuccès. Il faut avouer que ceux qui l'accompagnaient., n'eurent pas plus de prudence que les Allemans , & eurent beaucoup moins de juffice. A peine fut-on arrivé dans la Thrace , qu'un évêque de Langres propofa de fe rendre maître &e Ccnitantincplc. Mais la honte d'une telle aéïion écait trGp fure, & le fuccès trop incertain. L'armée Française paifa l'Hellefpont fur lés traces de L'empereur Conrad.

Il n'y a perfonne, je crois, qui n'ait cbfervé que ces puilTantes armées de chrétiens firent la guerre dans ces mêmes pays 011 Alexandre remporta toujours la victoire avec bien moins de troupes contre des ennemis incomparablement plus puiffans que ne l'étaient alors les Turcs & les Arabes. Il fallait qu'il y eut dans la difcipline militaire de ces princes croifés un défaut radical , qui devait néceffairement rendre leur courage inutile. Ce défaut était probablement Fefprit d'indépendance que le gouvernement féodal avait établi en Europe. Des chefs fans expérience & fans art conduifaient dans des pays inconnus des multitudes' déréglées. Le roi de France furpris comme l'empereur dans des rochers vers Laodicée , fut battu comme lui ; mais il eiTuyâ dans Antioche des malheurs domeftiques plus fenfibles que les calamités. Raîmond prince d'Antiochc, chez lequel il Te réfugia avec la reine Eléonor Lx femme , fit publiquement l'amour à ceite princeffe. On dit même qu'elle oubliait toutes les fatigues d'un fi cruel voyage avec un jeune Turc d'une rare beauté , nommé Salad'm.

Essai sur les mœurs,

Louis enleva fa femme d'Amioche , & la conduifit à Jérufalem , çn danger d'être pris avec elle, foit par les rnufulmans , foit par les troupes du prince d'Amioche, Il eut du moins la fatisfaclion d'accomplir fon vœu , & de pouvoir un jour dire à St. Bernard qu'il avait vu Bethléem & Nazareth. Mais pendant ce voyage , ce qui lui reliait de foldats fut bartu & difperfé de tous côtés. Enfin trois mille Français défertèrenf à îa fois , & fe firent mahométans pour avoir du pain.

La conclufion de cette crcifade fut , que F empereur Conrad retourna prefque feul en Allemagne. Le roi , Louis le Jeune , ne ramena en France que fa femme & quelques counifans. A fon retour iî fit caffer fon mariage avec Eléonor de Guienne , fous prétexte de parenté , car l'adultère , sinfi qu'on l'a déjà remarqué y n'anouHait point le facrement du mariage; mais parla plus abfurde des loix , le crime d'avoir époufé fon arrière-cou fi ne annuilait ce facrement. Louis n'était pas affez puiffant pour garder la dot en renvoyant la perfanne ; iî perdit la Guienne, cette belle province de France , après avoir perdu en Afie la plus floriffante armée que fon pays eût encor mife fur pied. Mille familles défolées éclatèrent en vain contre les prophéties de St. Bernard > qui en fut quitte pour fe comparer à Moyfc , lequel ? difait-il avait comme lui promis de Ja part de Dieu aux Ifraëlites de les conduire dans une terre heureufex ck qui vil périr la première génération dans les dtferts.

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