CHAPITRE QUATORZIEME
De S A z A d i n.
jtÎL Pre's ces malheureufes expéditions , les chrltieés de l'Afie furent plus divifés que jamais entr'eux. La même fureur régnait chez les rnafulrnans Le prétexte de la religion n'avait plus de part aux afFaires politiques. Il arriva même vers l'an 1166 qà'Amàurî roi de Jérufalem fe ligua avec le foudan d'Egypte contre les Turcs. Mais à peine le roi de Jérufalem avait-il figné ce traité , qu'il le viola. Les chrétiens poiïedaient encor Jérufalem ? & difputaient quelques territoires de la Syrie aux Turcs & auxTartares. Tandis que l'Europe était épuifée pour cette guerre , tandis qu'Jndronic Manuel montait fur le trône chancelant de Confhntinople par le meurtre de fon neveu , que Frédéric Burberou[je <k les papes tenaient l'Italie en armes, la nature produifit un de ces sccidens qui devraient foire rentrer les hommes en euxmêmes , & leur montrer le peu qu'ils font , 8c le peu qu'ils fe difpurent. Un tremblement de terre plus étendu que celui qui s'eft fait fentir en 17 5 5 5 renverfa la plupart des villes de Syrie & de ce petit état de jérufalem ; la terre engloutit en cents endroits les animaux & les hommes. On prêcha aux Turcs que Diru punifBit les chrétiens, on prêcha aux chrétiens que Dieu fe déclarait contre les Turc;; , & on continua de fe battre fur ies débris de la Syrie.
Au milieu de tant de ruines s'élevait le grand Salcheddin , qu'on nommai' en Europe Paladin, C'était un Perfan d'origine , du perit pays des Curdes , nation toujours guerrière & toujours libre. Il fut au rang de ces capitaines qui s'emparaient des titres des califes, & aucun ne fut auffi puiffant que lui. Il conquit en peu
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108 Essai surles mœurs. *Q
de tems l'Egypte , la Syrie, l'Arabie , la Perfe & la M-'fopotarnie. baladin maître de tant de pays, fongea bien'tôi à conquérir le royaume de Jérufaîem. De violentes fâchons déchiraient ce petit état , & hâtaient fa ruine. Gui de Lujignan , couronné roi , mais à qui on difputait la couronne , raffembla dans la Galilée tous ces chrétiens divifés que le péril réunifiait , & marcha contre Saladiïi ; Pévêque de Ptolémaïs portant la chappé par-deffus {à cuirafle , & tenant entre fes bras une croix qu'on perfuada aux chrétiens être la même qui avait été l'infrxument delà mort de Jesus-Christ. Cependant tous les chrétiens furent tués ou pris. Le roi captif , qui ne s'attendait qu'a la mort , fut étonné d'être traité par Salâdln comme aujourd'hui les prifonniers de guerre le font par les généraux les plus humains.
Saluai i préfenta de fa main à Lufignan une couoe de liqueur rafraîchie dans la de neige. Le roi, après avoir bu, voulut donner fa coupe à un de fes capitaines , nommé F-.tn.aud de Châûllon. C'était une coutume inviolable, établie chez les mufulmans , & qui fe cohferye encor chez quelques Arabes , de ne point Lire mourir les prifonniers auxquels tfs avaient donné à boire & à manger. Ce droit de l'ancienne hafpitalité était facré pour Saladln. Il ne fouirr.it pas que Renaud de Châûllon but après le roi. Ce capitaine avait violé planeurs fois fa promeffe. Le vainqueur avait juré de le punir; & montrant qu'il favait fe venger comme pardonner , il abattit d'un coup de fabre la tête de ce perfide. Arrivé aux portes de Jérufaîem , qui ne pouvait plus fe défendre , il accorda à la reine femme de Lujignan une capitulation qu'elle n'eipérait pas. Il lui permit de fe retirer où elle voudrait. Il n'exigea aucune rançon des Grecs qui demeuraient dans la ville. Lorfqu'il fit fon entrée dans Jérufaîem , plufieurs femmes vinrent fe jeter à fes pieds, en lui redemandant les unes leurs maris , les autres leurs enfans , ou leurs pères qui étaient dans fes fers. Il les
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