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Chapitre I

rient & au nord & au midi , contre les Turcs & les Arabes.

On a vu en général ce qu'était l'Italie : des feigneurs particuliers partageaient tous les pays depuis Rome jufqu'à la mer de la Calabre , & les Normans en avaient la plus grande partie. Florence, Milan , Pavie , fe gouvernaient par leurs magiilrats fous des comtes ou fous des ducs nommés par les empereurs. Bologne était plus libre.

La maifon de Maurienne , dont defcendent les ducs de Savoye , rois de Sardaigne , commençait à s'établir. Eile poffédait comme jfief de l'empire la comté héréditaire de Savoye & de Maurienne , depuis qu'un Berthol, tige de cette mufon, avait eu en 888 le petit démembrement du royaume de Bourgogne. Il y eut cent feigneurs en France beaucoup plus confidérables que les comtes de Savoye , mais tous ont été enfin accablés fous le pouvoir du feigneur dominant ; tous ont cédé l'un après l'autre à des maifons nouvelles élevées par la faveur % des rois. Il ne refle plus de trace de leur ancienne grandeur. La maifon de Maurienne , cachée dans fes montagnes, s'efl agrandie de fiècle en fiècle, &: efl devenue égale aux plus grands monarques.

Les Suiffes & les Grifons , qui compofaient un état quatre fois plus puiifant que la Savoye, & qui étaient comme elle , un démembrement de la Bourgogne , obéiffaient aux baillifs que les empereurs nommaient.

Deux villes maritimes d'Italie commençaient à s'élever , non par ces invafions fubires qui ont fait les droits de prefque tous les princes qui ont paffé en revue, mais par une induftrie fage qui dégénéra auflï bientôt en efprit de conquête. Ces deux villes étaient Gènes & Venife. Gènes, célèbre du tems des Romains , regardait Charhmagne comme fon refburateur. Cet empereur l'avait rebâtie quelque tems après que les Goths l'avaient 35L détruite. Gouvernée par des comtes fous Charhmagne fS A a " Q

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4 Essai sus les mœurs. £5

& tes premiers defcendans, elle fut faccagée au dixième fiècle par les nuhomet ns, & prefque tous fes citoyens furent emmenés en fervicude. Mais c;mme c'était un port commerçant , elle fur bientôt repeuplée. Le négoce qui l'avait fait fleurir , fervit à la "rétablir. Elle devint alors une république. Elle prit l'ifle de Corfe fur les Arabes , qui s'en étaient emparés. Les papes exigèrent un tribut pour cette ifîe , • non - feulement parce qu'ils y avaient poffédé autrefois des patrimoines , mais parce qu'ils fe prétendaient fuzerains de tous les royaumes conquis fur les infidèles. Les Génois payèrent ce tribut au commencement de l'onzième fiècle : mais bientôt après ils s'en affranchirent fous le pontificat de Lucius II. Enfin , leur ambition croifTant avec leurs richeiTes, de marchands ils voulurent devenir conquérans.

La ville de Venife , bien moins ancienne que Gènes , affectait le frivole honneur d'une plus ancienne liberté, |i & jouiffait de la gloire folide d'une puifTance bien fupé- || rieure. Ce ne fut d'abord qu'une retraire de pêcheurs & de quelques fugitifs , qui s'y réfugièrent au commencement du cinquième fiècle, quand les Huns & les Goths ravageaient l'Italie. Il n'y avait pour toute ville que des cabanes fur le Rialto. Le nom de Venife n'était point encor connu. Ce Rialto, bien loin d'être libre, fut pendant trente années une fimple bourgade appartenante à la ville de Padoue , qui la gouvernait par des confuls. La viciffitude des chofes a mis depuis Padoue fous le joug de Venife.

Il n'y a aucune preuve que fous les rois Lombards Venife ait eu une liberté reconnue. Il eft plus vraifemblable que fes habitans furent oubliés dans leurs marais.

Le Rialto & les petites ifles voifines ne commencèrent qu'en 709 à fe gouverner par leurs magiftrats. Ils furent alors indépendans de Padoue , & fe regardèrent comme une république.

C'eft en 709 qu'ils eurent leur premier doge, qui ne j|.

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fut qu'un tribun du peuple élu par des bourgeois. Plusieurs familles qui donnèrent leurs voix à ce premier doge, fùbfiitent encor. Elles font les plus anciens nobles de l'Europe, fans en excepter aucune maifon , & prouvent que la nobleife peut s'acquérir autrement qu'en poffédant un château, ou en payant des patentes à un fouverain.

Héraclée fut le premier lîége de cette république jufqu'à la mort de fon troifième doge. Ce ne fut que vers la fin du neuvième fiècle que ces infulaires , retirés plus avant dans leurs lagunes , donnèrent à cet affemblage de petites ifles qui formèrent une ville , le nom de Venife , du nom de cette côte qu'on appellait terrce Venetorurn. Les habitans de ces marais ne pouvaient fubfifler quepar leur commerce. La néceffité fut l'origine de leur puilfance. Il n'eft pas afTurément bien décidé que cette république fût alors indépendante. On voit que Bérenger , reconnu ^ quelque tems empereur en Italie, accorda l'an 950 au

doge , le privilège de battre monnoie. Ces doges même S étaient obligés d'envoyer aux empereurs en redevance un manteau de drap d'or tous les ans : & Othon III. leur remit en 998 cette efpèce de petit tribut. Mais ces légères marques de vaffaîité n'ôtaient rien à la véritable puiffance de Venife ; car tandis que les Vénitiens payaient un manteau d'étoffe d'or aux empereurs , ils acquirent par leur argent & par leurs armes, toute la province d'Iftrie , & prefque toutes les côtes de Dalmatie , Spaîatro , Raguze, Narenza. Leur doge prenait vers le milieu du dixième fiècle , le titre de duc de .Dalmatie ; mais ces conquêtes enrichiflaient moins Venife que le commerce , dans lequel elle furpaffait encor les Génois ; car tandis que les barons d'Allemagne & de France bâtiffaient des donjons & opprimaient les peuples , Venife attirait leur argent , en leur fourni/Tant toutes les denrées de l'Orient. La médicerranée était déjà couverte de leurs vaiifeaux , & elles'ennchifTait de l'ignorance & de la barbarie des nations feptentrionales de l'Europe.

^6 ESSAI SUR LES MŒURS, sa

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