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Chapitre XIV

Penievelir ; & celui qui tenait cet étendard de la mort , criait à haute voix : « Voilà tout ce que Saladin , vain- » queur de l'Orient , remporte de fes conquêtes. » On dit qu'il lai/Ta par fon terlament, des distributions égales d'aumônes aux pauvres rnahométans , Juifs & chrétiens : voulant faire entendre par cette difpofition , que tous les hommes font frères , & que pour les fecourir , il ne faut pas s'informer de ce qu'ils croient, mais de ce qu'ils foufFrent.

L'ardeur des croifades ne s'amortifTait pas : & les guerres de Philippe Augujîé contre l'Angleterre & contre l'Allemagne , n'empêchèrent pas qu'un grand nombre de feigneurs Français ne fe croisât encor. Le principal moteur de cette émigration fut un prince Flamnd, ainfi que Godefroi de Bouillon , chef de la première; c'était Baudouin, comte de Flandre. Quatre mille chevaliers, neuf mille écuyers , & vingt mille hommes de pied , j» composèrent cette croifade nouvelle , qu'on peut appeller £| la cinquième.

Venife devenait de jour en jour une république redoutable, qui appuyait fon commerce par la guerre. Jl fallut s'adreiler a elle préférablement a tous les rois de l'Europe. Elle s'était mife en état d'équiper des flottes, que les rois d'Angleterre, d'Allemagne, de France ne pouvaient alors fournir. Ces républicains induïlrieux gagnèrent à cette croifade de l'argent & des terres. Premièrement, ils fe rirent payer quatre-vingt-cinq mille écus d'or , pour tranfporter feulement l'armée dans le trajet. Secondement , ils fe fervirent de cette armée même , à laquelle ils joignirent cinquante galères , pour faire d'abord des conquêtes en Dalmatie.

Le pape innocent III. les excommunia , foit pour la

forme, foit qu'il craignît déjà leur grandeur. Ces croifés

excommuniés n'en prirent pas moins Zara & fon terri-

1 toire , qui accrut les forces de Venife.

[ Cette croifade fut différente de toutes les autres, en

$ EJfai fur les mcturs. Tom. II. H £j|

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Essai sur les mœurs.

ce qu'elle trouva C:>nPtantinaple diviiée, & que les précédentes avaient eu en tête des empereurs affermis. Les Vénitiens, le comte de Flandre, le marquis de Montferrat j int à eux, enfin les principaux chefs toujours politiques quand la multitude eft effrénée , virent que le rems était venu d'exécuter l'ancien projet contre l'empire des Grecs. Ainfi les chrétiens dirigèrent leur croifade contre le premier prince de la chrétienté.

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