Chapitre XVI
en lui : « Confolez-vous, dit l'émir ; puifqu'il eft mort » pour vous, & qu'il a fu refïufcker, il faura bien » vous fauver. »
Ces deux récits femblent un peu contradictoires , & ce qui eft plus contradictoire encor , c'eft que ces émirs fiifent tuer des captifs dont ils efpéraient une rançon.
Au refte ces émirs s'en tinrent aux huit cent mille befans auxquels leur foudan avait bien voulu fe reftreindre pour la rançon des captifs. Et lorfqu'en vertu du traité, les troupes Françaifes qui étaient dans Damiette, rendirent cette ville, on ne voit point que les vainqueurs fuTent le moindre outrage aux femmes. On laiffa partir la reine & fes belles-fœurs avec refpecl. Ce n'eft pas que tous les foldats mufulmans fuifent modérés ; le vulgaire en tout pays eft féroce : il y eut fans doute beaucoup de violences commifes , des captifs maltraités &: tués; mais enfin j'avoue que je fuis étonné que le foldat mahcmétan n'exterminât pas un plus grand nombre de ces étrangers, qui des ports de l'Europe étaient venus fans aucune raifon ravager les terres de l'Egypte.
St. Louis, délivré de captivité, fe retire en Paleftine, &y demeure près de quatre ans avec les débris de fes vaiffeaux & de fon armée. Il va vifiter Nazareth , au lieu de retourner en France , & enfin ne revient dans fa patrie qu'après la mort de la reine Blanche fa mère ; mais il y rentre pour former une croifade nouvelle.
. Son féjour à Paris lui procurait continuellement des avantages & de la gloire. Il reçut un honneur qu'on ne peut rendre qu'à un roi vertueux. Le roi d'Angleterre Henri III. & fes barons, le choihrent pour, arbitre de leurs querelles. Il prononça l'arrêt en fouverain ; & fi cet arrêt qui favorifait Henri III. ne put appaifer les troubles de l'Angleterre, il fit voir au £J EJJaifur les mœurs. Tom. IL I (jj|
130 Essai sur les mœurs.
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moins à l'Europe quel refpecl les hommes ont malgré eux pour la vertu. Son frère le comte à'Ânjou dut à la réputation de Louis & au bon ordre de fon royaume , l'honneur d'être choiii par le pape , pour roi de Sicile.
Louis cependant augmentait fes domaines de l'acqunuion de Namur, de Péronne , d'Avranche , de Mortagne, du Perche. Il pouvait ôter aux rois d'Angleterre tout ce qu'ils poflédaient en France. Les querelles de Henri III. & de fes barons lui en facilitaient les moyens : mais il préféra la jufHce à l'usurpation. Il les laiiïj jouir de la Guienne, du Périgord, du Limoufin : mais il les fit renoncer pour jamais à la Touraine, au Poitou, à la Normandie, réunis à la couronne par Philippe Augujie. Ainfi la paix fut affermie avec fa réputation.
Il établit le premier la jufHce de reffort , & les fujets opprimés par les fentences arbitraires des juges des baronies, commencèrent à pouvoir porter leurs plaintes à quatre grands bailliages royaux, créés pour les écouter. Scus lui, les lettrés commencèrent à être admis aux féances de ces parlemens , dans lefquelles des chevaliers qui rarement favaient lire , décidaient de la fortune des citoyens. Il joignit à la piére d'un religieux la fermeté éclairée d'un roi, en réprimant lesentreprifes de la cour de Rome, par cette fameufe pragmatique , qui conferve les anciens droits de l'églife , nommés libertés de l'églife gallicane.
Enfin treize ans de fa préfence réparaient en France tout ce que fon abfence avait ruiné ; mais fa paffion pour les croifades l'entraînait Les papes l'encourageaient. Clément IV. lui accordait un décime fur le clergé pour-treis ans. Il part enfin une féconde fois, & à-peuprès avec les mêmes forces. Son frère, qu'il avait fait roi de Sicile , doit le fuivre. Mais ce n'eff plus ni du côté de la Palelline , ni du côté de l'Egypte qu'i