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Chapitre XVI

tourne fa dévotion & fes armes. Il fait cingler fa flotte vers Tunis.

Les chrétiens de Syrie n'étaient plus la race de ces premiers Francs établis dans Antioche & dans Tyr. C'était une génération mêlée de Syriens, d'Arméniens & d'Européans. On les apvelhh pou'àins, & ces relies fans vigueur étaient pour la plupart fournis aux Egyptiens. Les chrétiens n'avaient plus de villes fortes que Tyr & Ptoiémaïs.

Les religieux Templiers & Hofpifaîiers , qu'on peut en quelque fens comparer à la milice des mammélucs , fe faifaient entr'eux , dans ces villes même , une guerre fi cruelle , que dans un combat de ces moines militaires, il ne refta aucun Templier en vie.

Quel rapport y avait-il entre cette fituation de quelques mérifs fur les côtes de Syrie, & le voyage de 6t. Louis à Tunis? Son frère Charles d'Anjou , roi de Naples & de Sicile, ambitieux, cruel, intéreffé , Il faifait fervir la fimplicité héroïque de Louis à fes àeï- IL feins. Il prétendait que le roi de Tunis lui devait 1 quelques années de tribut. Il voulait fe rendre maître de ces p3ys : & St. Louis efpérait, difenr tous les hiftoriens (je ne fais fur quel fondement) convertir le roi de Tunis. Etrange manière de g.ïgner ce mahométan au chrifïianifme ! On fait une oefcente à main armée dans fes états, vers les ruines de Carthage.

Mais bientôt le roi eft affiégé lui-même dans fon' camp par les Maures réunis. Les mêmes maladies que l'intempérance de fes fujets tranfplantés , & le changement de climat avaient attirées dans fon camp en Egypte, défolèrent fon camp de Cannage. Un de fes fils , né à Damiette pendant la captivité , mourut de cette efpèce de contagion devant Tunis. Enfin le roi en fut attaqué; il fe fit étendre fur la cendre, & expira à l'âge de cinquante-cinq ans , avec la piété d'un religieux, &: le courage d'un grand homme. Ce n'eft

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11% Essai sus. les mœurs.

pas un des moindres exemples des jeux de ia fortune , que les ruines de Carthage aient vu mourir un roi chrétien qui venait combattre des Mufulmans ; dans un pays où Bidon, avait apporté les dieux des Syriens. A peine eil-il mort , que fon frère le roi de Sicile arrive. On fait la paix avec les Maures , & les débris des chrétiens font ramenés en Europe.

On ne peut guère compter moins de cent mille perfonnes facrinëes dans les deux expéditions de /t. Louis. Joie-nez les cent cinquante mille qui fuivirent Frédéric Barberoujfe, les trois cent mille de la crôifade de Philippe Augufte & de Packard, deux cent' mille au moins au tems de Jean de B ricane ; comptez les cent foixante mille croifés qui avaient déjà paffé en Afie, & n'oubliez pas ce qui périt dans l'expédition de Conftantinople & dans les guerres qui fuivirent cette révolution, fans *k parler de la crôifade du Nord & de celle contre les Albigeois; on trouvera que l'Orient fut le tombeau de .plus de deux millions d'Européans.

Piuûeurs pays en furent dépeuplés & appauvris. Le fire de Joinville dit expreffément , qu'il ne voulut pas accompagner Louis à la fécondé crôifade, parce qu'il ne le pouvait, & que la première avait ruiné toute fa feigneurie,

La rançon de St. Louis avait coûté huit cent mille befans- c'était environ neuf millions delà monnoie qui court actuellement (en 1760.) Si des deux millions d'hommes qui moururent dans le Levant, chacun emporta feulement cent francs, c'eft encor deux cents millions de livres qu'il en coûta. Les Génois, les Pifans, & fur- tout les Vénitiens s'y enrichirent : mais la France, l'Angleterre, l'Allemagne furent épuifées.

On dit que les rois de France gagnèrent à ces croifades , parce que St. Louis augmenta fes domaines , en achetant quelques terres des feigneurs ruinés. Mais il

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ne les accrut que pendant fes treize années de féjour par fon économie.

Le feul bien que ces entreprifes procurèrent , ce fut la liberté que plusieurs bourgades achetèrent de leurs feigneurs. Le gouvernement municipal s'accrut un peu des ruines des pofleiTeurs des fiefs. Peu -à -peu ces communautés pouvant travailler & commercer pour leur propre avantage , exercèrent les arts & le commerce que l'efcîavage éteignait.

Cependant ce peu de chrétiens mérifs cantonnés fur les côtes de la Syrie , fut bientôt exterminé ou réduit en fervitude, Ptolémaïs , leur principal anîe , & qui n'était en eiTet qu'une retraite de bandits fameux par leurs crimes , ne put réfifler aux forces du foudan d'Egypte Mélecféraph. Il la prit en 10.9 1, Tyr & Sidon fe rendirent à lui. Enfin vers la fin du douzième fiècle il n'y avait plus dans l'Afie aucune trace apparente de (|j ces émigrations des chrétiens. I?

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