‹ EssaiChapitre 60 sur 200 · CHAPITRE D I X - S E P T I E M E · texte numérisé non relu

CHAPITRE D I X - S E P T I E M E

Suite de la prife de Confiantinoph par les croifés. Ce qu'était alors l empire nommé Grec.

E gouvernement féodal de France avait produit , comme on l'a vu , bien des conquerans. Un pair de France duc de Normandie , avait fubjugùé l'Angleterre ; de firnples gentilshommes, la Sicile, & parmi les croifés , des feigneurs de France avaient eu pour quelque tems Antioche & Jérufaîem. Enfin Baudouin. , pair de France & comte de Flandre , avait pris Co'nflantinople. Nous avons vu les mahométans d'Afie céder Nicée aux empereurs Grecs fugitifs. Ces mahométans même s'al-

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liaient avec les Grecs contre les Francs & les Latins leurs communs ennemis ; & pendant ces tems-là les irruptions des Tartares dans l'Afie & dans l'Europe empêchaient les mufulmans d'opprimer ces Grecs. Les Francs , maîtres de Conflantinopîe, élifaient leurs empereurs, les papes les confirmaient.

Pierre de Courtenai , comte d'Auxerre , de la maifon de France , ayant été élu, fut couronné & facré dans R.me par le pape Ilonorius III. Les papes fe flattaient alors de donner les empires d'Orient & d'Occident. On a vu ce que c'était que leur droit fur l'Occident, & combien de fang coûta cette prétenrion. A l'égard de l'Orient , il ne s'agiilait guère que de Conflantinopîe, d'une partie de la Thrace & de la ThefTalie. Cependant le patriarche Latin , tout fournis qu'il ét.ai.t au pape , prérendait qu'il n'appartenait qu'à lui de couronner fes m:,îues , tandis que le patriarche Grec fiégeant tantôt à Nicée , tantôt à Andrinople , anathématifait , & l'empereur Latin , & le patriarche de cette communion , & le pape même. C'était fi peu de chofe que cet empire Latin de Conflantinopîe , que Pierre de Courtenai, en revenant de Rome , ne put éviter de tomber entre les mains des Grecs, & après fa mort fes fuccefTeurs n'eurent précilement que la ville de Conflantinopîe & fon territoire. Des Français polîédaient l'Achaye ; les Vénitiens avaient la Morée.

Conitantinople autrefois fi riche , était devenue fi pauvre , que Baudouin IL ( j'ai peine à le nommer empereur ) mit en gage pour quelque argent entre les mains des Vénitiens la couronne d'épines de Jesus- Christ , fes langes , fa robe , fa ferviette , fon éponge , & beaucoup de morceaux de la vr;ùe croix. St. Louis retira ces gages des mains des Vénitiens , & les plaça dans la fainte chapelle de Paris, avec d'autres reliques , qui font des témoignages de piété plutôt que de la connaiiTance de l'antiquité.

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CHAPI TRE XVII.

On vit ce Baudouin IL venir en 1^45 au concile de Lyon, dans lequel le pape Innocent IV. excommunia fi folemnellement Frédéric II. Il y implora vainement le fecours d'une croifade , & ne retourna dans Ccnflantinople que pour la voir enfin retomber au pouvoir des Grecs, les légitimes pofïeffcurs. Michel Paléologue ; empereur & tuteur du jeune empereur La f caris , reprit la ville par une intelligence fecrôte. Baudouin s'enfuit enfuite en France , où il vécut de l'argent que lui valut la vente de Ton marquifat de Namur qu il fit au roi Saint Louis. Ainfi finit cet empire des croifés.

Les Grecs rapportèrent leurs mœurs dans leur empire. L'ufage recommença de crever les yeux. Michel Paléologue fe fignala d'abord en privant fon pupille de la vue & de la liberté. On fe fervait auparavant d'une lame de métal ardente : Michel employa le vinaigre bouillant , & l'habitude s'en conierva ; car la mode entre jufques dans les crimes.

Paléologue ne manqua pas de fe faire abfoudre folemnellement de cette cruauté par fon patriarche & par fes évéques , qui répandaient des larmes de joie , dit-cn , à cette pieufe cérémonie. Paléologue fe frappait la poitrine, demandait pardon à Dieu , & fe gardait bien de délivrer de p-rifon fon pupille 8z fon empereur.

Quand je dis que la fuperihtbn rentra dans Ccnfiantinople avec tes Grecs , je n'en veux pour preuve que ce qui arriva en 12.84. Tout l'empire était divife entre deux patriarches. L'empereur ordonna , que chaque parti préfenterait à Dieu un mémoire de fes raifons dans S'te. Sophie , qu'on jetterait les deux mémoires dans un brafier béni, & qu'ai nfi la volonté de Dieu fe déclarerait. Mais la volonté céleiîe ne fe déclara qu'en taillant brûler les deux papiers , & abandonna les Grecs à leurs querelles eccïéfiafiiques.

L'empire d'Orient reprit cependant un peu la vie. La Grèce lui était jointe avant les croifades ; mais ii avait B i 4

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jb^ 136 Essai sur les mœurs.

perdu prefque toute l'Afie-Mineure & la Syrie. La Grèce en fut féparée après les croifades ; mais un peu de l'Afie-Mineure reftait , & il s'étendait encor en Europe jufqu'à Belgrade.

Tout le refte de cet empire était pofiedépar des nations nouvelles. L'Egypte était devenue la proie de la milice des mammélucs , compofée d'abord d'efclaves , & enfuite de conquérans. C'étaient des foîdats ramaffés des côtes feptentrionales de la mer Noire : & cette nouvelle forme de brigandage s'était établie du tems de la captivité de St. Louis.

Le califat touchait à fa fin dans ce treizième fiècle , tandis que l'empire de Conflantin penchait vers la fienne. Vingt ufurpateurs nouveaux déchiraient de tous côtés , la monarchie fondée par Mahomet , en ,fe foumettant à fa religion. Et enfin ces califes de Babylone , nommés

<5^ les califes Abaffides , furent entièrement détruits par

|£ la famille de Gengis-kan.

II y eut ainfi dans les douzième & treizième fiècles une fuite de dévaluations non interrompue dans tout l'hémifphère. Les nations fe précipitèrent les unes fur les autres par des émigrations prodigieufes , qui ont établi peu-à-peu de grands empires. Car tandis que les croifés fondaient fur la Syrie , les Turcs minaient les Arabes ; & les Tartares parurent enfin , qui tombèrent fur les Turcs , fur les Arabes , fur les Indiens , fur les Chinois. Ces tartares conduits par Gengis-kan & par fes fils , changèrent la face de toute la grande Afie, tandis que l'Afie-Mineure & la Syrie étaient le tombeau des Francs & des Sarrazins.

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