Chapitre XVIII. t
Européans appellent Fifouca , aifermit cette domination naiffante : & enfin Cengis retendit dans la plus grande partie de la terre connue.
Il y avait un puiffant état entre fes terres & celles de la Chine ; cet empire était celui d'un kan dont les aïeux avaient renoncé à la vie vagabonde des Tartares pour bâtir des villes à l'exemple des Chinois : il fut même connu en Europe ; c'efï à lui qu'on donna d'abord le nom de prêtre- Jean. Des critiques ont voulu prouver que le mot propre efl prétcJean, quoiqu'aiïurèment ils n'y eût aucune raifon de l'appeller ni prête ni prêtre.
Ce qu'il y a de vrai , c'efî que la réputation de fa capitale, qui faifait du bruit dansl'Afie, avait excité la cupidité des marchands d'Arménie ; ces marchands ; étaient de l'ancienne communion de ISeJîorius ; quelques-uns de leurs religieux fe mirent en chemin avec
I [ eux ; & pour fe rendre recommandables aux princes chrétiens qui faifaient alors la guerre en Syrie , ils écrivirent qu'ils avaient converti ce grand kan le plus puiffant des Tartares, qu'ils lui avaient donné le nom Jean , qu'il avait même voulu recevoir le facerdoce. Voilà la fable qui rendit le prêtre-Jean fi fameux dans nos anciennes chroniques des croifades. On alla enfuite chercher le prêtre-Jean en Ethiopie , & on donna ce nom à ce prince nègre , qui efl moine chrétien fchifmatique & moitié juif. Cependant le prêtre- Jean Tartare fuccomba dans une grande bataille fous les armes de Gengis. Le vainqueur s'empara de fes états , & fe fit élire fouverain de tous les kans Tartares , fous le nom de Gengis- kan , qui fignifie roi des rois ou grand-kan. Il portait auparavant le nom de Témugin. Il paraît que les kans Tartares étaient en ufage d'aflembîer des diètes vers le printems ; ces diètes s'appellaient cour-iltê. Eh qui fait fi ces afTemblées & nos cours plénières au mois de Mars & de Mai n'ont pas une origine
HL commune ? J^,
140 Essai sur les mœurs.
Gengis-kan publia dans cette affemblée qu'il fallait ne croire qu'un Dieu,& neperfécuter perfonne pour fa religion : preuve certaine que fes vaffaux n'avaient pas tous la même croyance. La difcipline militaire fut rigoureufement établie : des dizainiers , des centeniers , des capitaines de mille hommes , des chefs de dix-mille fous des généraux, furent tous aftreints à des devoirs journaliers: & tout ceux qui n'allaient point à la guerre , furent obligés à travailler un jour la femaine pour le fervice du grandkan. L'adultère fut défendu d'autant plus févérement que la polygamie était permife. Il n'y eut qu'un canton Tartare d:ms lequel il fut permis aux habitans de demeurer dans l'ufage de proftituer leurs femmes à leurs hôtes. Le fortilége fut expreffément défendufous peine de mort. On a vu que Chcrkmagne ne le punit que par des amendes. Mais il en réfulte que les Germains, les France & les Tartares ^ croyaient également au pouvoir des magiciens. Gengis-kan fit jouer dans cette grande affemblée de princes barbares un reffort qu'on voit fouvent employé dans l'hiftoire du monde. Un prophète prédit à Gengis-kan qu'il ferait le maître de l'univers ; les vaffaux du grand-kan s'encouragèrent à remplir la prédidion.
L'auteur Chinois qui a écrit les conquêtes de Gen°is> & que le père Gaubil a traduit , affure que fes Tartares n'avaient aucune connaiffance de l'art d'écrire. Cet art avait toujours été ignoré des provinces d'Archange! jufqu'au-delà delà grande muraille, ainfi qu'il le fut des Celtes, des Bretons, des Germains , des Scandina viens , & de tous les peuples de l'Afrique au-delà du mont Atlas. L'ufage de tranfmettre à la poflérité toutes les articulations de la langue, toutes les idées de l'efprit,eft un des grands raffinemens delafociété perfectionnée, qui ne fut connu que chez quelques nations très-policées , & encor ne fut-il jamais d'un ufage univerfel chez ces nations. Les loix des Tartares étaient promulguées de bouche fans aucun figne reprsfentatifqui en perpétuât la mémoire. Ce
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