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Chapitre XVIII

fur ainfi que Gengis porta une loi nouvelle , qui devait faire des héros de fes foldats. Il ordonna la peine de mort contre ceux qui dans le combat , appelles au fecours de leurs camarades, fuiraient au lieu de les Recourir. Bientôt maître de tous les pays qui font entre le fleuve Voîga & la muraille de la Chine , il attaqué enfin cet ancien empire qu'on appellak alors le Cataï. Il prit Cambalu , capitale du Cataï feptentrional. C'eft îa même ville que nous nommons aujourd'hui Pékin. Maître de la moitié de la Chine , il fournit tout jufqu'au fond de la Core'e.

L'imagination des hommes oififs, qui s'épuife en fictions romanefques , n'oferait pas imaginer qu'un prince partît du fond de la Corée, qui eft l'extrémité orientale de notre globe , pour porter la guerre en Perfe & aux Indes. C'eft ce qu'exécuta Gengis-kan.

Le calife de Eagdat, nomme Najfer, Fappella imprudemment à fon fecours. Les califes alors étaient , comme g nous l'avons vu , ce qu'avaient été les rois fainéans de France fous la tyrannie des maires du palais: les Turcs étaient les maîtres <àes califes.

Ce fultan Mohammed de la race des Corafmins , dont nous venons de parler , était maître de preique toute la Perfe; l'Arménie, toujours faible, lui payait tribut. Le calife Najfer, que ce Mohammed voulait enfin dépouiller de l'ombre de dignité qui lui refiait, attira Gengiskan dans la Perfe.

Le conquérant Tartare avait alors foixante ans ; il paraît qu'il favait régner comme vaincre ; fa vie eft un des témoignages qu'il n'y a point de grand conquérant qui ne foit prand politique. Un conquérant eft un homme dont la tètQ fe fert avec une habileté heureufe du bras d'autrui. Gengis gouvernait fi adroitement la partie de la Chine conquilë , qu'elle ne fe révolta point pendant fon abfence ; & il favait fi bien régner dans fa famille, que fes quatre fils qu'il fit fes quatre lieutenans-généraux, mirent prefque

? 14a Essai sur les mieurs.

toujours leurs jaloufies à le bien fervir , & furent les infirumens de fes victoires.

K s combats en Europe paraifTent de légères efcsrmouches en comparaifon de ces batailles qui ont enfanglanté quelquefois l'Alïe. Le fultan Mohammed marche contre Gcngis avec quatre cent mille combattans, audelà du fleuve Jaxarte près de la ville d'Otrar : & dans les plaines immenfes qui font par-delà cette ville , au quarante-cieu>:ième degré de latitude, il rencontre l'armée Tartare de fept cent mille hommes, commandée par Genms & par les quatre fils : les mahométans furent défaits , & Otrar prife. On fe fervit du bélier dans le llége; il fembie que cette machine de guerre foit une invention naturelle de prefque tous les peuples, comme l'arc oc les flèches.

De ces pays qui font vers la Tranfoxane , le vainqueur s'avance à Bocara, ville célèbre dans toute l'Afie par fon grand commerce , fes manufactures d'étoffes, fur-tout par les fciences que les fultans Turcs avaient apprifes des Arabes , & qui fleuriffaient dans Bocara & dans Samarcande. Si même en en croit le kan mbulgaji, de qui nous tenons Fhiftoire des Tartares , Bocar fignifie favant en langue tartare-mongule ; & c'efr. de cette étyrnologie , dont il ne refie aujourd'hui nulle trace, que vint le nom de Bocara. Le Tartare , après l'avoir rançonnée, la réduifit en cendre, ainfi que Perfépolis avait été brûlée par Alexandre. Mais les Orientaux qui ont écrit l'hiftoire de Gengis-kan , difent qu'il voulut venger fes ambafTadeurs que le fultan avait fait tuer avant cette guerre. S'il peut y avoir quelque exeufe pour Garnis , il n'y en a point pour Alexandre.

Toutes ces contrées à l'orient &: au midi de la mer Cafpienne furent feumifes ; & le fultan Mohammed , fugitif de province en province , traînant après lui fes tréfors & fon infortune, mourut abandonné des fiens.

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