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les princes tributaires ,iui apportèrent les tréfors de l'Afie. Il en rit des largeffes à fes foldats , qui ne connurent que par lui cette eipèce d'abondance. C'eit de là que les RulTes trouvent fouvent aujourd'hui des ornemens d'argent Se d'or , & des monumeas de luxe enterrés dans les pays fauvages de la Tartarie. C'eft tout ce qui refte à préfent de tant de déprédations.
Il tint dans les plaines de Toncat une cour plériière triomphale , au!n magnifique qu'avait été guerrière celle qui autrefois lui prépara tant de triomphes. On y vit un mélange de barbarie tartare , Se de luxe afiatique. Tous les kans Se leurs vaffaux , compagnons de fes victoires , étaient fur ces anciens charriots fcythes , djnt l'ufage fubfifte encor jufques chez les TVirtares de la Crimée ; m>is ces chars étaient couverts dès étoffes précieuies , de l'or Se des pierreries de tant de peuples vaincus. Un des fils de Génois lui fit dans cette diète un préfent de cent mille chevaux. Ce fut dans ces états-géné- S raux de l'Afie qu'il reçut les adorations de plus de cinq cents ambafTadeurs des pays conquis. De là il courut remsttre fous le joug un grand pays qu'on nommait Tangut , frontière de la Chine. Il voulait , âgé d'environ foixante-dix ans, aller achever la conquête de ce grmd royaume de la Chine, l'objet le plus chéri de fon ambition. Mais enfin une maladie morcelle le faifit dans fon camp fur la route de cet empire , à quelques lieues de la grande muraille.
Jamais ni avant ni aptes lui aucun homme n'a fubjugué plus de peuples. Il avait conquis plus de dix - huit cents lieues de l'orient au couchant , Se plus de mille du feptentrion au midi. Mus dans fes conquêtes il ne fit que détruire , & fi on excepte Bocara Se deux ou trois autres villes djnt il permit qu'on réparât les ruines, fon empire , de la frontière de Rufïïe jufqu'à celle de la Chine , fut une dévaluation. La Chine fut moins faccagée, parce qu'après la prife de Pékin , ce qu'il envahit ne r«j réfute Qj
3 Chapitre XVIII. 145
1 réfifta pas. Iî partagea avant fa mort fes états à fes quatre fils , & chacun d'eux fut un des plus puifîans rois de la terre.
On aflure qu'on égorgea beaucoup d'hommes fur fon tombeau , & qu'on en a uféainfi à la mort de fes fucceffeurs qui ont régné dans la Tartarie. C'eft une ancienne coutume des princes Scythes , qu'on a trouvée établie depuis peu chez les nègres du Congo : coutume digne de ce que la terre a porté de plus barbare. On prétend que c'était un point d'honneur chez les domeitiques des kans Tartares de mourir avec leurs maîtres , & qu'ils fe difputaient l'honneur d'être enterrés avec" eux. Si ce fanatifme était commun , fi la mort était ii peu de chofe pour ces peuples , ils étaient faits pour lubjuguer les autres nations. Les Tartares dont l'admiration redoubla pour Genpjs-kan , quand ils ne le virent plus , imaginèrent qu'il n'étyit point né comme les autres hommes , mais que fa mère l'avait conçu par le feul fecours d'une influence célefte ; comme fi la rapidité de fes conquêtes n'était pas «n afTez grand prodige. S'il fallait donner à de tels hommes un être furnaturel pour père , il faudrait fuppofer que c'eft un être malfaifant.
Les Grecs , & avant eux les Asiatiques , avaient fouvent appelle fils des dieux leurs défendeurs & leurs légiflateurs , & même les raviffeurs conquérans. L'apothéofe dans tous les tems d'ignorance a été prodiguée à quiconque inltruifit , ou fervit , ou écrafa le genre humain.
Lesenfans de ce conquérant étendirent encor la domination qu'avait laiffée leur père. Oclaï & bientôt après Cobldi-kjin. fils tfOclàt , achevèrent la conquête de la Chine. C'eft ce Coblaï que vit Marco Faolo vers l'an 1160. lorfqu'avec fon frère & fon oncle il pénétra dans ces pays dont le nom même était alors ignoré, & qu'il appelle le Cata'i. L'Europe , chez qui ce Marco Faolo eft fameux pour avcir voyage dans les états fournis par 3 Effai fur les mœurs. Tom. II. K £j|
Genms-kan & fes enfans , ne connut long-tems ni ces états , ni leurs vainqueurs.
A la vérité le pape Innocent V. en 11^6 , envoya quelques francifcains dans la Tartarie. Ces moines qui fe qualifiaient ambailadeurs , virent peu de chofe , furent traités avec le plus grand mépris , îk ne fervirent à rien.
On était fi peu inftruit de ce qui fe paiTait dans cette vafte partie du monde , qu'un fourbe nommé David fit accroire à St. Louis en Syrie, qu'il venait auprès de lui de la part du grand-kan de Tartarie qui s'était fait chrétien. St. Louis envoya le moine Rubruquis dans ces pays en 1258 , pour s'informer de ce qui en pouvait être. Il paraît par la relation de Rubruquis , qu'il fut ' introduit devant le petit-fils de Gcngis-kan qui régnait à la Chine. Mais quelles lumières pouvait-on tirer d'un moine qui ne fit que voyager chez des peuples dont il ignorait les langues , & qui n'était pas à portée de bien voir ce qu'il voyait? Il ne rapporta de fon voyage que beaucoup de faunes notions &' quelques vérités indifférentes.
Ainfi donc au même tems que les princes & les barons chrétiens baignaient de fang le royaume de Naples , la Grèce , la Syrie & l'Egypte , l'Afie était faccagée par les Tartares. Prefque tout notre hémifphère foufrrait à
la fois.
Les moines qui voyagèrent en Tartarie dans le treizième fiècle, ont écrit que Gengis & fes enfans gouvernaient defpotiquement leurs Tartares. Mais peut-on croire que des conquérans armés pour partager le butin avec leur chef, des hommes robuftes nés libres , des hommes errans , couchans l'hiver fur la neige , & l'été fur la rofée , fe fuient laiffés traiter par des conducteurs élus en plein champ , comme les chevaux qui leur^fervaient de monture & de pâture ? Ce n'eft pas là Tinftind des peuples du Nord ; les Alains , les Huns , les Gépides, les Turcs, les Goths , les Francs, furent tous
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