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Chapitre XVIII

les compagnons , & non les efclaves de leurs barbares chefs. Le defpotifme ne vient qu'à la longue; il fe forme du combat de Pefprit -de domination contre l'efprit d'indépendance. Le chef a toujours plus de moyens d'écrafer , que fes compagnons de réiliter ; & enfin , l'argent rend abfoîu.

Le moine Plan Car fin envoyé en 12.43 ■> Par^e Pape Innocent IV. dans Car?corum , alors capitale de la Tartane , témoin de 1 inauguration d'un fils du grand-kan Oclaï } rapporte que les principaux Tartares firent afTeoir ce kan fur une pièce de feutre , & lui dirent : Honore les grands , fois ju fie & bienfaifant envers tous) [mon tu feras fi miférable , que tu n'auras pas même le feutre fur lequel tu es ajfîs. Ces paroles ne font pas d'un courtifan efcîave.

Génois ufa du droit qu'ont toujours eu tous les princes de l'Orient , droit femblabîe à celui de tous les pères de famille dans la loi romaine, de choifîr leurs héritiers, & de faire partage, entre leurs enfans fans avoir égard à l'atnefle. Il déclara grand-kan des Tartares fon troiïïème fils Odai } dont la poftérité régna dans le nord de la Chine jufques vers le milieu du quatorzième fièc'e. La force des armes y avait introduit les Tartares ; les querelles de religion les en chafsèrent. Les prêtres lamas voulurent exterminer les bonzes. Ceux - ci foulevèrent les peuples. Les princes du fang chinois profitèrent de- cette difcorde eccléfiaftique , & chafsèrent enfin leurs dominateurs que l'abondance & le repos avaient amollis.

Un autre fils de Gengis-kan nommé Touchi , eut le

Turqueftan , la Bactriane , le royaume d'Àftracan-, &

le pays des Ufbecs. Le fils de ce Touchi alla ravager la

Pologne, la Dalmatie , la Hongrie , les environs de Conf-

tantinoplë. Il s'appellait Batou-kan. Les princes de la

Tartane Crimée defcendent de lui de mâle en mâle,& les

kans Ufbecs qui habitent aujourd'hui la vraie Tartarie

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jb? 148 Essai sua les mœurs.

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vers le nord & l'orient de la. mer Gafpienne , rapportent auffi leur origine à cette fource. Us font maîtres de la Badriane feptentrionaîe ; mais ils ne mènent dans ces beûix pays qu'une vie vagabonde , & défclent la terre qu'ils habitent.

Tuàou Tuli , autre fils de Gengis , eut la Perfe du vivant de fon père. Le fils de ce Tuti. nommé HoUlacQu, palTi l'Euphrâte que Gengis-kan n'avait point parlé. Il détruifit pour jamais dans Bagdat l'empire des califes , & fe rendit maître d'une partie de l'Àne-Mineure ou Natolie, tandis que les maîtres naturels de cette belle partie de l'empire de Confrantinop'.e étaient chaffés de leur capitale par les chrétiens croifés.

Un quatrième fils , nommé Zagatàï , eut la Tranfoxane, Gandahar , l'Inde Ieptentrionale , Cachemire , le Tibet : & tous les defcendans de ces quatre monarques confervèrent quelque-tems par les armes leurs monarchies éta- (h blies par le brigandage.

Si on compare ces varies & fbudairj.es déprédations avec ce qui fe palfe de nos jours dans notre Europe , on verra une énorme différence. Nos capitaines qui entendent l'art de la guerre infiniment mieux que les Gengis , & tant d'autres conquérans; nos armées , dont un détachement aurait difîipé avec quelques canons toutes ces hordes de Huns , d'Alains & de Scythes, peuvent à peine aujourd'hui prendre quelques villes dans leurs expéditions les plus brillantes. Ceil qu'alors iln'y avait nul art , & que la force décidait du fort du monde.

Genqis & fes fils allant de conquête en conquête , crurent qu'ils fubjugueraient toute la terre habitable ; c'efr dans ce defïein que d'un côté Koubldi , maître de la Chine , envoya une armée de cent mille hommes fur mille bateaux appelles jonques , pour conquérir le Japon , & que Batou-kan pénétra aux frontières de l'Italie. Le pape Céïejl'm IV. lui envoya quatre religieux

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