Chapitre IL
pendant l'abfence du roi , en fit une égîife , & excita contre iui une édition. Alphonfe revint à Tolède, irrité contre l'indifcrétion du prélat. 11 appaifa le foulévement, en rendant la mofquée aux 'Arabes , & en menaçant de punir l'archevêque. Il engagea les mufulmans à lui demander eux-mêmes la grâce du prélat chrétien , & ils furent contiens & fournis.
Alphonfe augmenta encor par un mariage les états qu'il gagnait par 1 épée du Cid. Soit politique , foit goût , il époufa Zaïd. fille de Benedat nouveau roi Maure d'Andaloufie , & reçut en dot plufieurs villes. On ne dit point que cette époufe à' Alphonfe ait embrafîé le chnftianifme. Les Maures paffaient encor pour une nation fupérieure : on fe tenait honore de s'allier à eux. Le furr.om de Rodrigue était m3ure ; & de-là vient qu'on appella les Efpagnols Maranas.
5i On reproche à ce roi Alphonfe d'avoir conjointement
§ avec fon beau-père appelle en Efpagne d'autres maho- | métans d'Afrique. Il eft difficile de croire qu'il ait fait une (i étrange faute contre la politique ; mais les rois fe conduifent quelquefois contre la vraifernblance. Quoi qu'il en foit , une armée de Maures vint fondre d'Afrique en Efpagne, & augmenter la confufion où tout était alors. Le miramolin qui régnait à Maroc envoie fon général Ahénada au fecours du roi d'Andaloufie. Ce général trahit non-feulement ce roi même à qui il était envoyé , mais encor le miramolin au nom duquel il venait. Enfin ie miramolin irrité vient lui-même combattre fon général perfide , qui faifait la guerre aux autres mahométans , tandis que les chrétiens étaient auïTi divifes entr'eux.
L'Efpagne était ainfi déchirée par les mahomérans & les chrétiens , lorfque le Cid , Don-Rodrigue , à la tête de fa chevalerie fubjugua le royaume de Valence. Il y j avait en Efpagne peu de rois plus puiffans que lui : mais ad il n'en prit pas le nom , (bit qu'il préférât le titre de Cid , ijç
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foit que l'efprit de chevalerie le rendît fidèle au roi Alphonfe fon maître. Cependant il gouverna Valence avec l'autorité d'un fouverain , recevant des ambalîadeurs, & refpecté de toutes les nations. De tous ceux qui fe font élevés par leur courage fans rien ufurper , il n'y en a pas eu un feul qui ait eu autant de puilfance & de gloire que le Cid.
Après fa mort , arrivée l'an 109e , les rois de Caftitle & d'Arragon continuèrent toujours leurs guerres contre les Maures; l'Efpagne ne fut jamais plus fanglante Ôc plus défolée. Tnfte eiîet de l'ancienne confpiration de l'archevêque Opas & du comte Julien , qui faifait au bout de quatre cents ans , & fit encor long-tems après, les malheurs de l'Efpagne.
C'était donc depuis le milieu du onzième fiècle juf-
<\ I qu'à la fin que le Cid fe rendit fi célèbre en Europe ; c'était le tems brillant de la chevalerie , mais c'était
Ct aufii le tems des emportemens audacieux de Grégoire VII.
3 des tmlheurs de l'Allemagne & de l'Italie, & de la première crcifade.