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DE LA RELIGION

Et de la fuperfiition aux dixième. & onzième Jiècles.

J t E S héréfies femblent être le fruit d'un peu de

fciencc & de loifir. On a vu que l'état où était l'églife au dixième fiècle, ne permettait guère le loifir ni l'étude. Tout le monde était armé , & on ne fe difputait que des richefTes. Cependant en France, du tems du ^ roi Robert, il y eut quelques prêtres, & enrr'autres

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un nommé Etienne, confefTeur de la reine Confiance , accufés dhéréfie. On ne les appella manichéens, que pour leur donner un nom plus odieux ; car ni eux ni leurs juges ne pouvaient- guère connaître la philofophie du Perfan Mânes. C'était probablement des enthoufiaftes, qui tendaient à une perfection outrée , pour dominer fur les efprits. C'eft le caractère de tous les chefs de fectes. On leur imputa des crimes horribles , & des fentimens dénaturés , dont on charge toujours ceux dont on ne connaît pas les dogmes. Ils furent juridiment accufés de réciter les litanies à l'honneur des diables, d'éteindre enfuite les lumières, de fe mêler indifféremment , & de brûler le premier des enfans qui «aillaient de ces jnceftes , pour en avaler les cendres. Ce font à-peu-près les reproches qu'on faifait aux premiers chrétiens. Je crois que cette calomnie des payens contr'eux était fondée fur ce que les chrétiens faifaient quelquefois la cène , en mangeant d'un pain fait en I? forme de petit enfant , pour repréfenter Jesus-Christ, comme il fe pratique encor dans quelques églifes grecques. Les hérétiques dont je parle étaient fur- tout accufés d'enfeigner que Dieu n'eit point venu fur la terre, qu;il n'a pu naître d'une vierge, qu'il n'eft ni mort , ni reflufcité. En ce cas ils n'étaient pas chrétiens. Je vois que les accufations de cette efpèce fe contredirent toujours.

Ceux qu'on appellait manichéens , ceux qu'on nomma depuis Albigeois , Vaudois, Lollars, & qui reparurent fi fouvent fous tant d'autres noms , étaient des relies des premiers chrétiens des Gaules , attachés à plufieurs anciens ufages que la cour Romaine changea depuis , & à des opinions vagues que cette cour conflata avec le tems : par exemple, ces premiers chrétiens n'avaient point connu les images. La confeffion auriculaire ne leur avait pas d'abord été commandée. Il ne faut pas croire que du tems de Clovis , & avant lui , on fat

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parfaitement inihuit dans les Alpes du dogme de la traniîubftantiation , & de piufieurs autres. On vit , au huitième fiècle , Claude , archevêque de Turin , adopter Î2 plupart des fen-timens qui font aujourd'hui le fondement de ia religion proteif ante , & prétendre que ces fentimens étaient ceux de la primitive églife. Il y a prefque toujours un pecit troupeau feprré du grand ; & depuis le commencement de l'onzième fiècle , ce petit trjup eau fut difpeifé ou égorgé, quand il voulut trop paraître.

Le roi Robert &: fa femme Confiance fe tranfportèrent à Orléans , où fe tenaient quelques afîemblées de ceux qu'on appeliait manichéens. Les évêques firent brûler treize de ces malheureux. Le roi, la reine affilièrent à ce fpeétacle indigne de leur majeflé. Jamais avant cette exécution on n'avait en France livré au dernier fupplice aucun de ceux qui dogmatifent fur ce qu'ils n'en- H tendent point. Il efr vrai que Frifcill'un au quatrième fiècle avait éré condamné à la mort dans Trêves avec fept de les difciples. Mais la ville de Trêves , qui érait alors dans les Gaules , n'eft plus annexée à la France depuis la décadence de la famille de Charlanagne. Ce qu'il faut obferver , c'eft que St. Martin de Tours ne voulut point communiquer avec les évêques qui avaient demandé le fang de Prifcillien. Il difait hautement qu'il était horrible de condamner des hommes à la mort parce qu'ils fe trompent. Il ne fe trouva point de St. Martin du tems du roi P.obert.

Il s'élevait alors quelques légers nuages fur l'eucharifrie ; mais il ne formaient point encor d'orages. Ce fujet de querelle qui ne devait être qu'un fujet d'adoration & de fiience , avait échappé à l'imagination ardente des chrétiens grecs. Il fut probablement négligé , parce qu'il ne laiffaic nulle prife à cette métaphyfique , cultivée par les dodeurs depuis qu'ils eurent adopté les idées de Platon. Ils avaient trouvé de quoi exercer cette

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