‹ EssaiChapitre 71 sur 200 · Chapitre XIX · texte numérisé non relu

Chapitre XIX

Flandre , gendre de Charles d1 Anjou , condaiiic en Italie. Charles accepta enfin la couronne de Naples & de Sicile; le roi St. Louis y confentit; mais Urbain IV. mourut , fans avoir pu voir les commencemens de cette révolution.

Voilà trois papes qui confument leur vie à perfécuter en vain Manf'reddo; un Languedocien ( Clément /F.) fujet de Charles d'Anjou , termina ce que les autres avaient entrepris, & eut l'honneur d'avoir fon maître pour fon vaffal. Ce comte d'Anjou , Charles , pofTédait déjà la Provence par fon mariage , & une partie du Languedoc ; mais ce qui augmentait fa puiflance, c'était d'avoir fournis la ville de M:>rfeiîle. Il avait encor une dignité qu'un homme habile pouvait faire valoir , c'était celle de fénateur unique de Rome ; car les R.omains défendaient toujours leur liberté contre les papes : ils avaient depuis cent ans créé cette dignité de fénateur unique, qui faisait revivre les droits des anciens tribuns. Le fénateur était à la tête du gouvernement municipal, & les papes qui donnaient û libéralement des couronnes, ne pouvaient mettre un impôt fur les Romains ; ils étaient ce qu'un éleâleur efl dans la ville de Cologne. Clément ne danna l'invefîiture à fon ancien maître, qu'a condition qu'il renoncerait à cette dignité au bout de trois ans, qu'il paierait trois mille onces d'or au St. Siège chaque année , pour la mouvance du royaume de Naples 3 & que , fi jamais le paiement était différé plus de deux mois , il ferait excommunié. Charles feufer-ivit aifément à ces conditions & à , toutes les autres. Le pape lui accorda la levée d'un décime fur Les biens ecclélialtiques de France. ïl part avec de l'argent & des troupes., fe fait couronner à Rome, livre bataille à Mainfroi, dans les plaines de Bénevent , & eft alfez heureux pour que Mainfrol foie tué en combattant. Il ufa durement de la Victoire, & parut aufll cruel que fon frère Si. Louis était humain. Le légat emoêcba bm. qu'on ne donnât la (cpulture a Mainfrol. Les rois ne fe

fe^jfejjasgssgggss^s ■■■ -*^-$WgjM±±-

W» 156" Essai sur les Msu?,s,

vengent que des vivans; l'égîife fe vengeait des vivans 6c des morts.

Cependant le jeune Cvnradin , véritable héritier du royaume de Napies , était en Allemagne pendant cet interrègne qui la défolait ; & pendant qu'on iui raviîTait le royaume de Napies, fes p. rtifans l'excitent à venir défendre fon héritage, il n'avait encor que quinze ans. Son courage était au deflus de fonâ^e. Il fe met avec le duc d'Autriche fon parent , à la tête d'une armée & vient foutenir fes droits. Les Romains étaient pour lui. Conradïn excommunié , eu reçu à Rome, aux acclamations de tout 3e peuple , dans le tems même que le pape n'ofait approcher de fa capitale.

On peut dire que toutes les guerres de ce fi ècle , la plus jufre était celle que faifait Conradin ; elle fut la plus infortunée. Le pape fit prêcher la croiCâdc contre lui , airifi que contre les Turcs. Ce prince efl défait & pris dans la Pouille, avec fon parent Frédéric, duc d'Autriche. Charles d'Anjou qui devait honorer leur courage, les fit condamner par des jurifconfultes. La fen^ence portait qu'ils méritaient la mort po ur avoir pris les armes contre Pégiife. Ces deux princes furent exécutés publiquement à Napies par la main du bourreau. Le pape Clément IV. auquel on femblaicles facriher , n'ofa approuver cette barbarie , d'autant plus exécrable qu'elle était revêtue des formes de la juftice. Je ne puis affez m'étonner que Saint Louis n'ait jamais fait de reproches à fon frère d'une aétion fi déshonorante; lui que des Egyptiens avaient épargné dans une circonftance bien moins favorable ! il devait condamner plus qu'un autre la férocité de Charles d'Anjou. Le vainqueur , au lieu de ménager les Napolitains, les irrita par des oppreiïions ; fes Provençaux & lui furent en horreur.

C'efl une opinion générale , qu'un gentilhomme de Sicile , nommé Jean de Procida , déguifé en ccrdelier , trama cette firneufe confpiration ,* par laquelle tous les

Ma ... ;g=a ■■, ■-»— -^Ak«y*fi4fa--

,iii

Page 1