Chapitre XIX
Français devaient être égorgés à la même heure le jour de Pâques , au fon de la cloche de vêpres, il elî sûr que ce Jean de Procida avait en Sicile préparé tous les efprits à une révolution , qu'il avait paffé à Confrantinop'e & en Arragon , & que le roi d'Arragon Pierre , gendre de Mai/ifroi, s'était ligué avec l'empereur Grec, contre Charles d' An\o u : mais il n'eft guère vraifemblable qu'on eût tramé précifément la confpiration des vêpres jiciiiennes. Sx le complot avait écé formé, c'était dans le royaume de Naples qu'il fallait principalement l'exécuter ; 6c cependant aucun Français n'y fut tué. Makjbina raconte qu'un Provençal , nommé Droguet , violait une femme dans Païenne le lendemain de Pâques , dans le tems que le peuple allait à vêpres. La femme cria , le peuple accourut , on tua le Provençal. Ce premier mouvement d'une vengeance particulière anima la haine générale. Les Siciliens , excités par Jean de Precida & par leur fureur , s'écrièrent qu'il fallait mslfacrer les ennemis. On fit mainbaffe à Paièrme fur tout ce qu'on trouva de Provençaux. La même rage qui était dans tout les cœurs, produifit enfuite le même marTacre dans le refte de i'iîle. On dit qu'on éventrait les femmes groiïes pour en arracher les enfans à demi-formés , & que les religieux même maffacraient leurs pénitentes Provençales, il n'y eat, dit-on , qu'un gentilhomme nommé des ï orceïUts , qui échappa. Cependant il eit certain que le gouverneur de Meffine avec fa garnifon, fe retira de l'ifle dans le royaume de Naples.
Le fang de Conradinîxxx ainfî vengé, mais fur d'autres que fur celui qui l'avait répandu. Les vêpres ficiiiennes attirèrent encor de nouveaux malheurs à ces peuples , qui nés dans le climat le plus fortuné de la terre, n'en étaient que plus médians & plus miférables. Il elï tems de voir quels nouveaux défaitres furent produits dans ce même fiècle par l'abus des croifades & par celui de la religion.
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! Vsi."
i>8 Essai sur les mœurs.