CHAPITRE VINGTIEME
De la croijade contre les Languedociens.
ls querelles fanglantes de l'empire &du facerdoce , les richeiTes des monaitères , l'abus que tant d'évêques avaient fait de leur puiiTance temporelle , devaient tôt ou tard révolter les efprits , & leur mfpirer une fecrete indépendance. Arnaud de Brefcia avait ofé exciter les peuples jufques dans Rome, à lecouer le joug. On raifonna beaucoup en Europe fur la religion , dès le téms de Charlemagne. îl efï très-certain que les Francs & les Germains ne connaissent alors ni images, ni reliques, nitraniTubftantiation. Il le trouva enfuke des hommes qui ne voulurent de loi que l'évangile , & qui prêchèrent à peu-près les mêmes dogmes que tiennent aujourd'hui les protefians. On les nommait Vaudois , parce qu'il y en avait beaucoup dans les vallées du Piémont , Albigeois , à caufe de la ville d'Albi; bons hommes par h régularité dont ils fe piquaient ; enfin manichéens , du nom qu'on donnait alors en général aux hérétiques. On fut étonné vers la fin du douzième fiècle que le Languedoc en parût tout rempli.
Dès l'an 1 198 , le pape Innocent III. délégua deux fimples moines de Citeaux pour juger les hérériques : » Nous mandons , dit-il , aux princes , aux comtes & à » tous les feigneurs de votre province, de les afMer » puilïamment contre les hérétiques, par la puiflance » qu'ils ont reçue pour la punition des médians : enforte » qu'après que frère liainier aura prononcé l'excommu- » nication contr'eux, les feigneurs confifquent leurs » biens, les banniffent de leurs terres. & les punilTent » plus féVérement , s'ils ofent y renfler. Or , nous avons §.■ » donné pouvoir à frère Rainier d'y contraindre les fei-