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Chapitre XX

» gneurs par excommunication & par interdits fur leurs » biens, &c. » Ce fut le premier fondement de l'inqui-

fition.

Un abbé de Citeaux fut nomme' enfuite avec d'autres moines pour aller faire à Touloufe ce que l'évêque devait y faire. Ce procédé indigna le comte de Foix & tous les princes du pays, déjà feduits par les réformateurs, &. irrités contre la cour de Rome.

La fefte était en grande partie compofée d'une bourgeoise réduite à l'indigence parle long efclavage dont on fortait à peine , & en:or par les crôifedès. L'abbé de Citeaux paraiffait avec l'équipage d'un prince. Il voulut en vain parler en apôtre. Le peuple lui criait , Qttittei h luxe ou le fermon. Un Efpagnol , évêque d'Ofma , très homme de bien, qui était alors à Touloufe, confeilla aux inquifiteurs de renoncer à leurs équipages fhrnprueux, démarcher à pied, de vivre auftérement & d'imiter les | Albigeois pour les convertir. 5V. Dominique, qui avait accompagné cet évêque , donna l'exemple avec lui de cette vie apoftolque , & parut fouhaiter alors qu'on n'employât jamais d'autres armes contre les erreurs. Mais Pierre de Çajielnau , l'un des inquifiteurs, fut aceufé de fe fervir des armes qui lui étaient propres , en fouievant fecrétement quelques feigneurs voiiins contre le comte de Touloufe, & en fufeitant une guerre civile. Cet inquifiteur fut affanmé. Le foupçon tomba fur le comte de Touloufe.

Le pape Innocent III. ne balança pas à délier les fujets du comte de Touloufe de leur ferment de fidélité. C'eft ainii qu'on traitait les defeendans de ce Raimond de Touloufe , qui avait le premier fervi la chrétienté dans les croifades.

Le comte, qui favàit ce que pouvait quelquefois une bulle , fe fournit à la fàtisfaciibri qu'on exigea de lui. Un des légats du pape nommé Ivlilon , lui commande de le venir trouver à Valence , de lui livrer fepe châteaux qu'il

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poffédait en Provence, de fe croifer lui-même contre les Albigeois fes fujets, défaire amende honorable. Le comte obéira tour. Il parut devant le légat nud jûfqu'à la ceinture, nuds pieds , nuds jambes, revêtu d'un flmple caleçon à la porte de î'églne de St. Gilles ; la , un diacre lui met une corde au cou , & un autre diacre le fouetta , tandis que fe légat tenait un bout de la corde , après quoi on fit profterner le prince à la porte de cette églife pendant le dîner du légat.

On voyait dJun côté le duc de Bourgogne , le comte de Nevers, Simon, comte de Monfort , les évèques de Sens, d'Àutun, de Nevers, de Clermont, de Lhieux , deBayeux, à la tête de leurs troupes, & le malheureux comte de Touloufe au milieu d'eux comme leur otage : de l'autre côté , des peuples animés par le fanatifme de la perfuafion. La ville de Béziers voulut tenir contre les croifés. On égorgea tous les habitans , réfugiés dans une églife. La ville fut réduite en cendres. Les citoyens de CarcafTone, effrayés de cet exemple, implorèrent la, rriiféricorde des croifés. On leur biffa la vie. On leur permit de fortir prefquc nuds de leur ville, & on s'empara de tous leurs biens.

On donnait au comte Simon de Montfart fe nom de Macabée, de défenfèun de Véglife. Il fe rendit maître d'une grande partie du pays , s'alfurant des châteaux des feigneurs fufpecls , attaquant ceux qui ne fe mettaient pas entre fes mains, pourfuivant les hérétiques qui ofaient fe défendre. Les écrivains eccléfiaftiques racontent euxmêmes, que Simon de Montfort ayant allumé un bûcher peur ces malheureux , il y en eut cent quarante qui coujj rurent, en chantant des pfeaumes , fe précipiter dans les il flammes. Le jéfuite Daniel , en parlant de ces infortunés ji dans fon biliaire de France , les appelle infâmes & dé te fiable s. il efï bien évident que des hommes qui volaient i ain h au martyre, n'avaient point de mœurs infâmes. Il fa n'y a fans doute de décef lable que la barbarie avec laquelle

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O C H A P I T R E XX. l6l

on les traira, & il n'y a d'infâme que les paroles de Daniel. On peut feulement déplorer l'aveuglement de ces malheureux, qui croyaient que Dieu les récompenferair , parce que des moines les faifaient brûler.

L'efprit de juftice & de raifon qui s'eft introduit depuis dans le droic public de l'Europe , a fait voir enfin qu'il n'y avait rien de plus injurie que la guerre contre les .Albigeois- On n'attaquait point des peuples rebelles à leur prince; c'était le prince même qu'on attaquait pour le forcer à détruire fes peuples. Que dirait-on aujourd'hui , fi quelques évêques venaient afiiéger l'électeur de Saxe ou l'électeur Palatin , fous prétexte que les fujets de ces princes ont impunément d'autres cérémonies que les fujets de ces évêques ?

En dépeuplant le Languedoc , on dépouillait le comte de Touloufe. Il ne s'était défendu que par les négociations. Il alla trouver encqr dans St. Gilles les légats , les abbés qui étaient à la tête de cette croifade. Il pleura devant eux. On lui répondit que les larmes venaient de fureur. Le légat lui ïaiffa le choix, ou de céder à Simon de Montfbrl. tout ce que ce comte avait uiurpé, ou d'être excommunié. Le comte de Touloufe eut du moins le courage de choifir l'excommunication. Il fe réfugia chez Pierre IL roi d'Arragon, fon beau-frère, qui prit fa défenfe, & qui avait preîqu'autant à fe plaindre du chef des croifés que le comte de Touloufe.

Cependant l'ardeur de gagner des indulgences & des richeiles, multipliait les croifés. Les évêques de Paris, de Lifieux , de Bryeux accourent au fiége de Lavaur. On y prit prifonniers quatre-vingts chevaliers avec le feigneur de cette ville, que l'on condamna tous à être pendus; mais les fourches patibulaires étant rompues, on abandonna ces captifs aux croifés , qui les maiîacrèrent. On jeta dans un puits la faeur an feigneur de Lavaur , & on brûla autour du puits trois cents habkans qui ne vouîu-

a± rent pas renoncer à leurs opinions,

jjj Ejfai fur £& mœurs. Tom. IL L (Qf

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Oi6a Essai sur les mœurs,

Le prince Louis , qui fut depuis le roi Louis VIII. fe joignit à la vérité aux croifés pour avoir part aux dépouilles ; mais Simon de Montjort écarta bientôt un compagnon qui eût été fon maître.

C'était l'intérêt des papes de donner ces pays à Montfort; & le projet en était ii bien formé, que le roid'Arragon ne put jamais par fa médiation obtenir la moindre grâce. I! paraît qu'il n'arma que quand il ne put s'en difpenfer.

La bataille qu'il livra aux croifés auprès de Touloufe, dans laquelle il fut tué , paffa pour une des plus extraordinaires de ce monde. Une foule d'écrivains répète que Simon de Mont fort avec huit cents hommes de cheval feulement & nulle fantaffins , attaqua l'armée du roi d'Arragon & du comte de Touloufe , qui faifaient le fiége de Muret. lis difent que le roi d'Arragon avait cent mille combattans , & que jamais il n'y eut une déroute plus H complette. Ils difent que Simon de Montfort , l'évêque de Touloufe & l'évêque de Cominge divisèrent leur armée en trois corps en l'honneur de la fainte Trinité.

Mais quand on a cent mille ennemis en tête , va-t-on les attaquer avec dix huit cents hommes en pleine campagne, oc divife-t-on une fi petite troupe en trois corps? C'eft un miracle ,. difent quelques écrivains ; mais les gens de guerre qui lifent dételles aventures, les appellent des abfurdités. '

Piufieurs hiiloriens affurent que St. Dominique était à la tête des troupes un crucifix de fer à la main , encourageant les croifés au carnage. Ce n'était pas là la place d'unfaint; & il faut avouer que fi Dominique était confeffeur , le comte de Touloufe était martyr.

Après cette vicloire , le pape tint un concile général à Rome. Le comte de Touloufe vint y demander grâce. Je ne puis découvrir fur quel fondement il efpérait qu'on lui rendrait fes états. Il fut trop heureux de ne pas perdre fa liberté. Le concile même porta la miféricerde jufqu'à

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