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Chapitre. XX

ftatuer qu'il jouirait d'une penfion de quatre cents marcs ou marques d'argent. Si ce font des marcs , c'eft à-peu près vingt mille francs de nos jours ; fi ce font des marques , c'elt environ douze cents francs. Le dernier eft plus probable, attendu que moins on lui donnait d'argent , plus il en refrait pour i'égiife.

Quand Innocent III. fut mcrt , Raimond de Touloufe ne fut pas mieux traité. Il fut affiégé dans .fa capitale par Simon de Mont fort ; mais ce conquérant y trouva le tenne de fes fuccès & de fa vie. Un coup de pierre écrafa cet homme , qui en faifant tant de mal avait acquis tant de renommée.

Il avait un fils à qui le pape donna tous les droits du père ; mais le pape ne put lui donner le même crédit. La croifade contre le Languedoc ne fut plus quelanguiïlante. Le fils du vieux Raimond , qui avait {uccédé à fon père , était excommunié comme lui. Alors le roi de France Louis VIIL fe fit céder par le jeune Montfort tous ces pays que Montfort ne pouvait garder ; mais la mort arrêta Louis VIIL au milieu de fes conquêtes.

Le régne de St. Louis , neuvième du nom , commença malbeureufernent par cette horrible croifade contre des chrétiens fes vaffaux. Ce n'était pas par des croifades que ce monarque était defliné à fe couvrir de gloire. La reine Blanche de Caftïlle fa mère , femme dévouée au pape, Efpagnole, frémiffant au nom d'hérétique, & tutrice d'un pupille à qui les dépouilles des opprimés devaient revenir , prêta le peu qu'elle avait de forces à un frère de Montfort pour achever de faccager îe Languedoc ; le jeune Raimond fe défendit. On ht une guerre fembîable à celle que nous avons vue dans les Cévennes. Les prêtres ne pardonnaient jamais aux Languedociens , & ceux-ci n'épargnaient point les prêtres. Tout prifonnier fut mis à mort pendant deux années , toute place rendue fut réduite e,n cendres.

Enfin la régente Blanche qui avait d'autres ennemis ,

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& le jeune Raimond las des maffacres , & épuifé de pertes , firent la paix à Paris. Un cardinal de St. Ange fut •l'arbitre de cette paix , & voici les loix qu'il donna , & qui furent exécutées.

Le comte de Touloufe devait payer dix mille marcs ou marques aux églifes du Languedoc, entre les mains d'un receveur dudit cardinal , deux mille aux moines de Cireaux immenfernent riches, cinq cents aux moines de Clervaux , plus riches encor , & quinze cents à d'autres abbayes. Il devait aller faire pendant cinq ans la guer e aux Sarrazins & aux Turcs , qui affurément n'avaient point fait la guerre à Raimond. Il abandonnait au roi , fans nulle récompenfe , tous fes états en-deçà du Rhône ; car ce qu'il poffédait en-delà était terre de l'empire. Il figna ion dépouillement , moyennant quoi il fut reconnu par le cardinal Si. Ange , & par un légat , non-feulement pour être bon catholique , mais pour l'avoir toujours été. |I On le conduifit feulement pour la forme en chemife & nuds pieds devant l'autel de Péglife de Notre - Dame de Paris. Là , il demanda pardon à la Vierge; apparemment qu'au fond de ion cœur il demandait pardon d'avoir figné un fi infâme traité.

• Rome ne s'oublia pas dans le partage des dépouilles. Raimond le Jeune , pour obtenir le pardon de fes péchés, céda aux papes à perpétuité le comtat Venaiffin qui efl en-delà du Rhône. Cette ceffion était nulle par toutes les loix de l'empire : le comtat était un fief impérial , & il n'était pas permis de donner Ion fief à l'églife, fans le confentement de l'empereur & des états. Mais où font les poffeïTions qu'on ne fe foit appropriées que par les loix ? Auffi. bientôt après cette extorfion , lempereur Frédéric II. rendit au comte de Touloufe ce petit pays d'Avignon que le pape lui avait ravi ; iî fit juflice comme fouverain , & fur-tout comme fouverain outragé. Mais lorfqu'enfuite St. Louis , -& fon fils Philippe le Hardi, fe furent mis en poffefïïon des états des comtes de Tou-

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