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Chapitre XX

loufe , Philippe remit aux papes le comtat Venaifnn , qu'ils ont toujours confervé par la libéralité des rois de France. La ville & le territoire d'Avignon n'y furent point compris. Elle paffa dans la branche de France à' Anjou qui régnait à Naples, & y refta jufqu'au tems où la malbeureufe reine Jeanne de Naples fut obligée enfin de céder Avignon pour quatre-vingt mille florins , qui ne lui furent jamais payés. Tels font en général les titres de porTeffions. Tel a été notre droit public.

Ces croifades contre le Languedoc durèrent vingt années. La feule envie de s'emparer du bien d'autrui les fit naître, & produifit en même tems l'inquifuion. Ce nouveau fléau inconnu auparavant chez toutes les religions du monde , reçut la première forme en 1104 fous le pape innocent III. Elle fut établie en France dès l'année 1229 fous St. Louis. Un concile à Toulcufe commença dans cette année par défendre aux chrétiens laïques de lire l'ancien & le nouveau telîament. C'était infulter au genre humain que d'ofer lui dire ; Nous voulons que vous ayez un croyance , & nous ne voulons pas que vous liriez le livre fur lequel cette croyance elï fondée.

Dans ce concile on fit brûler les ouvrages à'Arifîok^ c'efl- à-dire , deux ou trois exemplaires qu'on avait apportés de Conftaneinople dans les premières croifades , livres que perfonne n'entendai" , & fur lefquels on s'imaginait que 1 héréfie des Languedociens était fondée. Des conciles fuivans ont mis Arijrote prefque à côté des pères de l'égiife. C'eft ainfi que vous verrez dans ce vafte tableau des démences humaines les fentknens àes théologiens , les fuperiîitions des peuples , le fanatifme , variés fans cefie , mais toujours conftans à plonger la terre dans l'abrutifTement & la calamité , jufqu'au tems où quelques académies , quelques fociétés éclairées ont fait rougir nos contemporains de tant de fièeles de barbarie. 3& Mais ce fut bien pis en 1237,. quand le roi eut la ||

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166 Essai sur les meurs,

faiblefTe de permettre qu'il y eût dans fon royaume un grand inquifiteur nommé par le pape. Ce fut le cordelier Robert qui exerça ce pouvoir nouveau, d'abord dans Touloufe, & enfuite dans d'autres provinces.

Si ce Robert n'eût été qu'un fanatique , il y aurait du moins dans fon miniftère une apparence de zèle, qui eût excufé fes fureurs aux yeux des fimples : mais c'était un apoïtat qui conduifait avec lui une femme perdue ; & pour mettre le comble à l'horreur de fon miniftère, cette femme était elle-même hérétique. C'eft ce que rapportent Matthieu Paris , & Mousk , & ce qui eft prouvé dans le Spicilegiûm de Luc d'Acheri.

Le roi St. Louis eut le malheur de lui permettre d'exercer fes fonctions d'inquifiteur à Paris , en Champagne , en Bourgogne & en Flandre. Il fit accroire au roi qu'il y avait une fecle nouvelle qui infectait fecrétement ces provinces. Ce monftre fit brûler fur ce prétexte , quiconque étant fans crédit , & étant fufpe£t , ne voulut pas fe racherer de fes perfécutions. Le peuple fouvent bon juge de ceux qui en impofent aux rois , ne l'appellait que Robert le B. . . . {a). Il fut enfin reconnu ; fes iniquités & fes infamies furent publiques ; mais ce qui vous indignera , c'efl qu'il ne fut condamné qu'aune prifon perpétuelle ; & ce qui pourrait encor vous indigner , c'eft que le jéfuite Daniel ne parle point de cet homme dans fon rrifteire de France.

C'efl donc ainfi. que l'inquifition commença en Europe ; eî!e ne méritait pas un autre berceau. Vous fentez affez que c'eft le dernier degré d'une barbarie brutale & abfurde , de maintenir par des délateurs & des bourreaux , la religion d'un Dieu que des bourreaux firent périr. Cela eft prefque auffi contradictoire , que -d'attirer à foi les tréfors des peuples & des rois , au nom de ce même Dieu qui naquit & qui vécut dans la pauvreté.

(a) On commençait alors à donner ce nom indiffère mmant aux -3^ fodomiftes & aux hérétiques.

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