CHAPITRE VINGT-UNIEME
Etat de l'Europe au treizième jîecle.
No,
S avons vu que les croifades épuisèrent l'Europe d'hommes & d'argent , & ne la civilisèrent pas. L'Allemagne fut dans une entière anarchie depuis la mort de Frédéric IL Tous les feigneurs s'emparèrent à i'envi des revenus publics attachés à l'empire; de forte que quand Rodolphe de HabfbourgÇut élu en 12.73 , on ne lui accorda que des foldats , avec lefquels il conquit l 'Autriche fur Ottocare , qui l'avait enlevée à la maifon de Bavière.
C'efl: pendant l'interrègne qui précéda Téleclion de Rodolphe , que le Dannemarck , la Pologne , la Hongrie, s'arrranchiiren: entièrement desîégères redevances qu'elles payaient aux empereurs , quand ceux-ci étaient les plus forts.
Mais c'eit auiïî dans ce tems-là que plufieurs villes établifTent leur gouvernement municipal qui dure encor. Elles s'allient entr'elles pour fe défendre des invaîkms des feigneurs. Les villes anféatiques , comme Lubeck , Cologne , Brunfvick, Dantzick , auxquelles quatre-vingts autres fe joignent avec le tems , ferment une république commerçante difperfée dans plufieurs états différées. Les auftrègues s'établiiTent ; ce font des arbitres de convention entre les feigneurs , comme entre les villes : ils tiennent lieu des tribunaux & des loix qui manquaient en Allemagne.
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i£8 Essai sur les mœurs.
L'Italie fe forme fur un plan nouveau avant Rodolphe de Eabfbourg , & fous fbn règne beaucoup de villes deviennent libres. Il leur confirma cette liberté à prix d'argent. li paraiifait alors que l'Italie pouvait être pour jamais détachée de l'Allemagne.
Tous les feigneurs Allemans , pour être plus puiffans s'étaient accordés à vouloir un empereur qui fût faible. Les quatres princes & les trois archevêques qui peu-àpeu s'attribuèrent à eux feuls le droit d'éiedion , n'avaient choili de concert avec quelques autres princes Rodolphe de Eàbjbourg pour empereur , que parce qu'il était fans états considérables. C'était un feigneur Smlfe qui s'était fait redouter comme un de ces chefs que les Italiens appelaient condottieri. Il avait été le champion de l'abbé de St. Gall contre l'évêque de Bâle , dans une petite guerre pour quelques tonneaux de vin. Il avait fecouru la ville deSrrafbourg. Sa fortune était fi peu proportionnée à fcn courage , qu'il fut quelque tems grand maîtred'hôtel de ce même Ottocare roi de Bohême , qui depuis prelîé de lui rendre hommage , répondit qu'il ne lui devait rien , & qu'il lui avait payé fes gages. Les princes d'Allemagne ne prévoyaient pas alors que ce même Rodolphe ferait le fondateur d'une maifon îong-tems la plus florifh'nte de l'Europe , & qui a été quelquefois fur le point d'aveir dans l'empire la même puiffance que Charle/nagne.. Cette puiffance fut long-tems à fe former ; & fur-tout à la fin de ce treizième fiècle , & au commencement du quatorzième, l'empire n'avait fur l'Europe aucune influence.
La France eût été heureufe fous un fouverain tel que St. louis , fans ce funefle préjugé des croifades qui caufa fes malheurs , & qui le fit mourir fur les fables d'Afrique. On voit par le grand nombre de vaiffeaux équipés pour ces expéditions fatales , que la France eût pu avoir aifément une grande marine commerçante.. Les flatuts de §b St. Louis pour le commerce , une nouvelle police établie