CHAPITRE VINGT-HUITIEME
De Vempereur Charles IV. De la bulle d'or. Du retour du St. Siège d'A\ Catherine de Sienne , &c.
retour du St. Siège d'Avignon à Rome. De Sainte
'EMPIRE Allemand, (car dans les diffenrions qui accompagnèrent les dernières années de Louis de Bavière , il n'était plus d'empire Romain , ) prit enfin une forme un peu plus fiable fous Charles IV. de Luxembourg, roi de Bohême, petit-fils de Henri VIL II fit à Nuremberg cette fameufe conilitution qu'on appelle fê bulle d'or , à caufe du fceau d'or qu'on nommait bulla jfc dans la baffe latinité. On voit aifément par-là pourquoi % les édirs des papes font appelles bulles. Le flyle de cette £# charte le reffent bien de l'efprit du tems. Le jurifeonfulte Bartole , l'un de ces compilateurs d'opinions qui tiennent encor lieu de loix , rédigea cette bulle. Il commence par un apoftrophe à l'orgueil , à Saran , à la colère, à la luxure. On y dit qu^ le nombre des fept électeurs efr nécelfaire pour s'bppofer aux fept péchés mortels. On y parle de la chute des Anges du paradis terreflre , de Pompée & de Céfar. On allure que l'Allemagne efr fondée fur les trois vertus théologales , comme fur la trinité.
Cette loi de l'empire fut faite en préfence & du confentement de tous les princes, évêques , abbés, & même des députes des villes impériales , qui pour la première fois affilièrent à ces affemblées de la nation Teutonique. Ces droits des villes, ces effets naturels de la liberté , avaient commencé à renaître en Italie , en Angleterre , en France & en Allemagne. On fait que les £ 3[ électeurs furent alors fixés au nombre de fept. Les arche-
vêques de Mayence, de Cologne &: de Trêves, en pciTeiïîon depuis lcng-tems d'élire des empereurs , ne fouffrirent pas que d'autres évêques, quoiqu'aufîî puiffans , partageaient cette honneur. Mais pourquoi le duché de Bavière ne fut-il pas mis au rang des éieclorats ? Et pourquoi ia Bohême, qui originairement était un état fépiréde l'Allemagne, & qui par la bulle d'or n'a point d'entrée aux délibérations de l'empire , a-t-elie pourtant droit de fuitrage dans l'élection ? On en voit la raifcn. Charles iV. était roi de Bohême, & Louis de Bavière avsit été ion ennemi.
On dit dans cette bulîe compofée par Bariole, que les fept électeurs étaient déjà établis, ils l'étaient donc, mais depuis fort peu de tems ; tous les témoignages antérieurs du treizième fiècle & du douzième, font voir que jufqu'au terns de Iréderic II. les feigneurs & les prélats poffédans les fieïs , élifaient l'empereur ; Si. ce vers d'Hoved en efr une preuve manifefte :
Eligit unanimis cleri procerumque voluntas.
La volonté unanime des feigneurs & du clergé fait les empereurs. Mais comme les principaux officiers de la maifon étaient des princes puifTans, comme ces officiers déclaraient celui que la pluralité avait élu, enfin , comme ces officiers éi aient au nombre de fept , ils s'attribuèrent à la mort de Frédéric IL le droit de nommer leur maître , & ce fut la feule origine des fept électeurs.
Originairement, un maître d'hôtel, un écuyer , un échanfon, étaient des principaux domeftiques d'un homme ; & avec le tems ils s'étaient érigés en maîtres-d'hôtel, de l'empire Romain , en échanfons de l'empire R.cmain. C'efl ainfi qu'en France, celui qui fournirait le vin du roi , s'appella grand bouteillier de France; fon panetier , fon échanfon , devinrent grands panetiers, grands échanfons de France , quoiqu'aiTurément ces officiers ne ferviifent ni pain , ni vin , ni viande à l'empire & à la
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