POÈME
La pente de la montagne est l'inflexion d'un sublime désir.
Est ce que toutes les hauteurs ne sont pas les ombres d'un sentiment divin et d'une pensée sublime ? Que la hauteur vous soit à jamais sacrée.
Le ciel, en vérité, se penche sur le feu qui s'élève. Et le cœur d'un homme qui s'émeut, verse un chant, un humble chant qui cherche à s'égaler aux plus belles cîmes, non pas pour les balancer, mais pour en être digne, comme le très sage vieillard, assis dans son jardin au pied du Mont Ki-Tchang, peint sur son papier de Chine un petit poème à la louange du nuage qui se reflète dans le lac, et qui voile de cendres mauves les roseaux.
Pour la première fois aujourd'hui, par un doux temps pluvieux, comme il arrive presque toujours, sous les arbr&s humides, j'ai entendu le merle, à la chute du jour.
O douce voix. O âme tiède du printemps que nul ne voit encore, et que cette douce créature connaît déjà et qu'elle bénit.
Ce ne fut qu'une mélodie, à peine un instant. Puis, trois notes seules, une, une, et une. Et il s'est tû.
O merle, ma chère âme. O flûte d'avril que février taille dans l'attente d'aimer et l'espérance de la joie.
Que ta voix est douce, fraîche, si pure et si neuve. Et comme elle sait tout, miraculeusement, du premier coup ! Son prime essai est un chant.
Le soupir d'un instant a-t-il donc tant de suavité ? L'amour soupire, et l'instant est suave.
O ma joie, ma joie. C'est dans mon cœur triste que tu chantes, même si demain je dois mourir. Le crépuscule vient, et dans mes yeux tant, tant de tièdes larmes !