CRESSIDA AU TEMPLE
Comme deux anémones inégales, qui ont des mains, et qui volent sur des racines neigeuses, leurs minces pieds blancs, Cressida en robe orangée et sa petite sœur en tunique blanche montent les degrés du temple, dans la pinède rouge, loin de la ville et des hommes.
CRESSIDA
Ne pleure pas, petite sœur chérie. Je te mène au Grand Prêtre. Tu ne joues plus à la poupée, et ne joues pas encore à l'amant. Tu as onze ans, et tu seras belle comme moi, princesse.
Dans la sainte maison de Diane, le divin Tirésias, qui connaît toutes nos passions, t'élèvera
parmi les fleurs et parmi les hymnes des poètes, ces irréprochables courtisanes.
Ravissante, tu vas croître dans la musique, pour être celle qui enivre, et le parfum de tous les chants. Je t'ai prise par la main, chérie, pour te détacher enfin de moi. Tu es ma petite ombre d'avant midi, verte et rose. Viens, Clonette.
Tirésias, vêtu de lin candide, la tête ceinte de lierre, étend son bras d'ivoire vers Cressida, et touche du doigt le col de ce narcisse.