QU^ AUTEM PARASTI CUJUS ERUNT
comme qui diroit, Stulte hac nocte, et par extension de ces trois lettres E.T.G. Ex Templo conflagratio.
Ex Templo voirement, puisque du Temple, ou d'une maison de la place au Temple, devoit partir, comme il est, l'embrasement. Ex Templo, puisque sur le champ, et si soudain qu'on auroit pas le temps de sauver ce qui se pouvoit.
Ex Templo encor, puisque ce seroit de la place au Temple, qui fut de Mercure Dieu des larrons, des fraudes et des usures, qui peuvent avoir donné cause à l'embrasement ; et d'effect , que peu auparavant on avoit ja chassé les usuriers du Temple, je dis de l'Eglise Paroissiale fait publier des monitoires , fulminer la Sentence d'excommunication, allumer les feux, jetter les pierres de malédiction contr'eux.
Les dernières nuicts aussi que Briançon estoit à son entier, on gaussoit par des traductions scandaleuses du Latin formidable au François de risée et d'abomination , on gaussoit sur ces trois mots premiers, STULTE HAC NOCTE ; à tant qu'il semble que Dieu fit allumer la Ville pour nous en faire voir, et au son des tocsins, mosquetades, cris et clameurs, et de tant de ruines, publier l'entente et les effects.
Stulte hac nocte ex Templo conflagratio quœ autem pupillaribus, pauperumque illatisruinis superbe elata œdificia perpetuis temporibus tibi quasi immortali habitanda parasti cujus erunt.
Stulte hac nocte e dicta tibi conflagratio quœ autem nomina^ modica traditions, ampliata tamen per confessionem inter angustias, simulataque sorte contracta brevi adhuc expensarum accessionibus, et excessu usurarum augenda, exigendaque parasti cujus erunt. Fol dardanaire , cette nuict ta maison bruslera , quœ autem horrea horrendiSy nefarOsque modis aut minus legitimis in unum congesta, coasservataque ad egestatem usque quantiplurimi , et ultra venun-
davda parasti cvjus eruvt? à qui en voudra, et lost après les bestes, les mulets en rejetteront mesme le pain qui s en fera : Mais encor que deviendront tant de desseins, de preparatives de vie, tant de biens mai acquis? la plus part sera réduite par les feux en fumée, les vents en disperseront les cendres et la mémoire par Tair ; ou il n'en sera qn'expilations, pillages, viles distractions et procès. Pauvre larronneau des jardins, ou des gros fruicts, et des bois à brusler, ains soit depopulateur des champs, de forests, si, suivants. Augustin {de ver ho Dom. cap. SO) in ignem mittitur qui non dédit rem propriam, uhi putas mittendus qui invasit aliénant. Fol vendeur à perte de finance avec tes maquignons , Fol demandeur de sept cens jours de vacation expresse pour une année au public? Fol concussionnaire , de quoy serviront tes rançdnnemens? si cum diabolo ardet qui nudumnon vestivity dit le mesme Docteur de l'Eglise, ubi putas arsurus qui expoliavit. Fol vendeur de fumée, si par les loix humaines ta peine est destre bruslé, que sera-ce par la Justice divine, pardevant laquelle tu es ja atlaint et convaincu? Fol brigueur, à quoy te reviendront les voix achetées et ja préparées à ton élection Consulaire , pour te faire, tout mauvais que tu es, crier bon , bon, par les voyes (le tant de parjeurs : Tu as beau , et le chacun de tant de brigans ou de brigucurs, et de briguez asseverer.
Tango araSy mediosque ignés, et sydera test or ^ je dis jurer sur TAulel, sur les sainrts Evangiles, sur le feu ou le bras de Sainct Antoine, par le serment ordinaire, et par l'extraordinaire, de n'avoir point brigué, acheté, ny vendu les voix, unius cujusque opus quale sit^ ignis probabit^ Si le Seigneur, qui n'a pas la peine d'en avérer les preuves, et qui est le Dieu des vengeances, signamment des parjeurs, r. unum, § alias autem 25 dist. t'oste, les biens de la fortune cette nuict, la voix et la vie ; ou comme audit Carmelo , ravit ton ame à des embrasemens éternels. Je passe ceux qui peuvent de mesmes estre
en prévention, sinon devant les hommes, devant Dieu souverain Justicier des autres crimes occultes.
Le monde passant une fois le jour là-devant, chacun de plusieurs pouvoit trouver le bref de sa condamnation, la Sentence de son bruslement, et tout ce qu'il luy falloit: jusqu'aux murailles de la Ville parloient à luy, aussi bien qu'à Balthazar Roy de Babylone la main qui escrivoit contre la paroir sa ruine et la division de son Estât, pendant qu'il banquettoit, laquelle s'en ensuivit la nuict mesme. Chaque habitant qui se croyoit dans sa maison estre hoste immortel , hersoit qu'il vit le feu et l'embrasement qui se preparoit au Temple, y faisant reflexion, pouvoit bien, mais trop tard , d'un eslans et pareil repentir à celuy de Pausanias condamné par les Ephores à estre bruslé dans le Temple, s'escrier ce que luy à Simonides, ô cœce hospes! magnvm quiddam in tuo sermone inerat, ego vero in eam persuasione eram adductus ut eum nullius momenli putareni. Il en arrivoit comme des lettres peintes avec du jus d'oignon sur le papier, on n'en découvre pas le secret, ny ce qu'il y a d'escrit, jusqu'à tant qu'on le présente au feu, ou au soleil, et que la chaleur y a passé ; ou plustost, tout ainsi que par nos loix tousjours diffinitives, (jugé par Arrest du souverain Parlement de cette Province, au rapport du seigneur Conseiller de Ponat, en la cause des Chancels l'an 4616 contre les Richards appelans du sieur Vibailly de Briançon : ) Ce que, dis-je, ne sembloit que comminatoire, ut in l. si guis, in hœc verba, inpericulum rumpendi testamcntum deducit, ff. de lib. etposth. se trouve par effect enfin fulminant, décisif et peremptoire, et de telle sorte au faict de nostre embrasement, qu'on eut dit que pour le rendre infaillible cette nuict passée, le Seigneur avoit mis à sec la Ville, fait eslever les vents, absenter les neges, les pluyes, les eaux parties, les fontaines, le Gouverneur, le premier Consul, partie des Jugemens d'une si petite Ville» i« Gardien perpétuel du Couvent, voire jusqu'au maistre charpentier
de la maison contiguë à Tincendiaire ; il eut peu empescher la cause instrumentale ou TefTect des feux ; leur avoir coupé chemin avant que par sa maison ils se fussent prins au grand horloge , ou que Taprehension de la cheute eut fait craindre le danger de laccrasement des vieilles masures circonstantes, chassé et mis en fuite les habitans d'icelles, avant aussi que tant d'amorses de la Roseblanche y eussent attiré de loin l'incendie , changé les simples feux composez en Grégeois et volages susdits, et iceux parsemez par la Ville, renvoyé à tant d'autres feux d'icelle.
Nul, ô desastre ! des Astres tutelaires du Chasteau, Ville et Vallées, ou de ceux qui y presidoient, ne parut cette fois, ils estoient tous autour et comme la constellation de ce vieux Mars de les Diguieres et de la sorte plus excusables en leur absence d'icy , que Diane d'Ephese la nuict du bruslement de son Temple, ils se trouvoient occupez en la naissance, non d'un Alexandre, mais des armées toutes entières qu'on y dressoit, et si tost après filer par estapes de nouvelle direction, causant le manquement de celle-icy, rompue par le bruslement.
A ce jour le vent qui tiroit par le haut chassant nos fumées d'audevant de soy ou de son passage, les faisoit galopper de telle vitesse ou d'un mouvement si rapide et rebours à celuy du Soleil ; qu'avec l'altération des airs et de nos veuës au concours des objects si contraires, et qu'il estoit venu aussi cette fois sans rais : ces bouffées le faisoient paroistre et disparoistre tout-à-coup derrier et au distant des unes de ces nuées opaques et passagères, aux autres, métamorphosé en grand Pyrope, courant, glissant parles Cieux, plus vite que decoustume plus grand que de sa face ou globe solaire : Il estoit ja descendu en l'Occident, quand voila de retour l'heure fatale de l'arrivée de l'embrasement, le panchant des toicts d'ais ou d'ardoise , et le doute que ledit orage ne revint aussi avec elle, faisoit que plusieurs de nos conibattans s'attachoient avec des longues cordes à la sortie des forneaux,
comme des forsats aux chiormes, pour continuer leurs défenses jusqu'au bout de leurs forces, et par subrogation des uns aux autres, mais avec la liberté de pouvoir évader.
Le Roy des Astres absent, cette armée de feux si lumineux, ou de luminaires de la prepiiere grandeur d'icy-bas, comme une assemblée de Soleils metheoriques, parfaisant la dernière moitié du jour, non à Taccoustumée, en forme d'une belle nuict serene, mais d'une toute nouvelle espèce de jour , ny civil, ny naturel, ains plus funeste et plus esclatant, car avec ce que la Ville est haut située sur une montaignette , il esclairoit plus que jamais, et tout autour dardoit, donnoit de Téclat dans les lames des rivières, faisoit reluire la campaigne, jaunir les forests , differenlier et recognoistre les choses (ores que bien esloignées) par leurs couleurs, maïs plus ternies et estranges.
Dans les déserts d'Arabie , ubicunque habitabant filij Israël lux erat, c'estoit par grâce divine, icy par disgrâce nous estions si horriblement esclairez , qu'il n'estoit nuict que par couslume ; ou seroit es plus profonds cachots et dans quelques antichambres du haut de la Ville , ou reposoient et sommeilloient à la légère sur des licts,
Eumenides stravere thoros.
Composez , dis-je, de chagrins, d'afflictions, de regrets et fâcheuses pensées, les lassez et fatiguez qui venoient de faire la fonction; ou seroit aussi dans quelques réduits champestres , ou chacun de ceux des bruslez qui s'y estoient réfugiez, lequel y vouloit dormir, s'y composoit sa nuict particulière par le fermement des portes et des fenestres, bannissement des bruits , et par tel amas d'obscurité et silence qu'il estoit possible : car tout autrement qu'en la fameuse nuict d'Egypte , en laquelle nec sydenim lympidissimw ftammtB illuminare poteram illam noctem horrendam ; à peine toutes les ténèbres nocturnes , et de Tarfice ramassées , pouvoient obscurcir un endroit de celle icy ; faire,
dis-je , une nuict locale dans les maisons champestres , constituées à Faspect de Tembrasement , ou qui regardoient la Ville ardante : l'air recevoit icy cette horrible lumière, estant diaphane; là haut il estoit tout opaque, en sorte que les feux célestes sembloient tous esteins et noircis de nos (umées. Les Philosophes qui tiennent, quod ignisntm lucet in propria sphœra , eo quod si esset liicidus illuminaret lerram , et sic numquam esset perfecla nox^ disent vray, et quod lux accidit igni propter admixtionem cum opaco: nous le voyons par expérience; cette région de feux incendiaires esloit si lumineuse et esclairoit si fort la campaigne que la nuict n'estoit plus que par où on la formoit pour s'aliter, et avec l'influance d'une douce humeur, provoquée par la lassitude des personnes , pouvoir charmer les pauvres âmes , les rendre plus quieles, et par leur quiétude plus prudentes le lendemain au support des eschets ou infortunes privées, et du public; plus patientes à une iliade de mal-heurs nouveaux , qu'elles Irouveroienl à leur réveil, mal-heurs que cependant la violance des feux, des fiâmes, preparoit par la continuation du sac et demolissement de la Ville, et grande largesse ou profusion de biens qui s'y faisoit de toutes parts , voire par les assiégez ou propriétaires de celles des maisons ja tellement chancrées de leur inflammation, qu'on jugeoit que ce n'estoient plus que pestes ignées pour gaster les autres ; que tisons ou bûchers à les brusler, qu amorses , qu'attrait pour les attirer avec elles à leur ruine : Telle estoit la maison d'un Advocat fameux de ce Siège, (les Advocats y sont encor maintenus tels qu'ils estoient anciennement à Rome, et en la Grèce, test. Justinian. Insdt. lib, 4, tit. per quos ager. poss. ou que par l'Edict de Charles IX, es Estats d'Orléans, art. 58, faisans la charge d' Advocat et de ^Procureur) (9), ladite maison tout fraischement tombée de vieillesse, et redressée de sa cheute ou reedifiée , n'avoit encor servi d'habitation que desdits feux grégeois , lesquels si ainsi est que remarquent certains Docteurs,
ad § acetum, L i2. ff. de instruc. instrum. légat. } ne pouvans estre esteinspar autre liqueur que du vinaigre, dont la provision n'estoit icy pour les embrasemens, s'estoient d'entrée rendus maistres d'icelle en consumant ledit logis contigu, dans lequel s'estoit faite leur corn-position : En si déplorable estât se trouvoient aussi ces vieux bastiinens qui faisoient un endroit delà faciade du Temple y parez du grand banc Abbatial) lieu de séance, réception ou création au faict de Malgouvert, lequel n'estoit plus qu'un réservoir de brasier : l'on s'aydoit aussi d'abattre tout ce dont la plus longue subsistance dans les ardeurs des feux voisins, ne pou voit promettre qu'une ruine plus grande; ils y alloient de toute la vivacité et estenduë de leurs fiâmes, les combattans avec des arpics, bastons à croc et semblables armes dont l'arcenatse trouve dressé dans Pline, Epist. ad Trajan.j de Nicomedensium incendiOy avec aussi tout ce que leur pouvoit servir d'instrument à l'efTect de leurs efforts.
Tous les habitans, sauf ceux qui dormoient et ceux des bruslez qui tenoient la campaigne à la garde de leurs sauvemens , avoient cessé de marcher par les rues et par terre ; on ne les voyoit plus que courans par les toicts , sur le dessus des maisons militantes , les uns si loin que le bout de leur attache , et l'action à laquelle ils se portoient le permettoit ; les autres pour continuer de découvrir ce peu de Ville restante , signamment d'arracher la barbe des couverts si advancez sur les rues si retrecies ; parce que n'estant entablée ou encaissée du larix , ex qua si tabulas suffigas in fronte atque extremitate tecto-rum , prœsidium contra incendia cotitulisti, ut ex Palladio et Vitruvio autkoribus testatur Gothofredy ad. l. 5 §. Prœtor ait, ff. de his qui effuder. vel ejecer; mais la plupart n'estant que du sapin ressemblant au larix, dit Pline, ou bien du meleze plus résistant aux pluyes; aucuns bordez d'ardoise propre à faire glisser la nege, et en décharger le dessus des maisons, et par le danger que l'ardeur desdites
ardoises, quelque orage , la sécheresse et chaleur des ais desdits couverts, ou l'herbe, le foin , la mousse d'i ceux, ja vieux, n'y attirât l'embrasement, ainsi que l'herbe que Pythagore appelle «7r/M>gi<r cujus radiXf dit Pline, è Umginquo œncipit ignés ut Naptha; chacun endroit soy enlevoit le rang des ais et les jettoit, non plus sur le pavé dans cette grande contenance ou profondeur des grandes rués (trop tard on en avoit recogneu le pernicieux conseil, et mal profité l'exemple qui nous en estoit donné en l'histoire Judaïque) mais on les lançoit à bas des murailles dans le Chastelet, qui l'avoit pour aboutissant , sinon dans les bassecours, solouverts, et galeries inconsidérément , selon que la précipitation d'une très urgente neces* site, ditte à ceux que les dangers sollicitent de leurs affaires quand ils les vont ouvertement poursuivans de leurs approches, et parla montre de la grandeur des desastres actuels, imminens et démesurées pertes subséquentes ; on y alloit de telle ferveur qu'on ne se donnoit pas mesme le loisir de se voir les autheurs actifs et passifs de l'accumulation de leurs ruines et défaites privées et publiques : Ton faisoit aussi grand abattis de bois des, couverts , pour éviter les feux et leur couper chemin , que fit au mont Hœmus l'armée des Gaulois investie par Cassander, y réfugiée et réduite à la soif, pour découvrir les eaux qui rendoient la forest si fraische et si verdissante , et neanlmoins si à sec et depourveuë en la superficie.
La Ville de Lacedemone fut bastie au son des flûtes Bœtiques ou Argives , à l'air des instrument de musique , celle-icy au contraire , ô déplorable musique , se demolissoit et ses rues , ses maisons au son des tocsins , mosquetades, cris et gemissemens, et au bruit effroyable de l'incendie : l'espérance et le desespoir marchoient presque du pair, et en parallèle quant aux restes.
La profusion des biens par les feux , estoit , que ce qui passoit par les fiâmes, sauf les corps de la composition la plus solide, terrestre et
mieux acérée , changeoit aussi-tost d'estre , de forme et de couleur ; les elemeos se raréfient et transforment l'un en Vautre , la terre en eau , l'eau en air, l'air eu feu ; icy lesdits corps qui en estoient composez, se transformoient immédiatement et reduisoient en cendres, en poussière, en athomes, en autres espèces d'individus les plus proches du néant et où ces grands feux ne pouvoient pénétrer, ils y envoyoient les chaleurs préparatoires, contre lesquelles rien ne resistoit, elles s'insinuoient jusque dans l'intérieur des plus profonds cachots non voûtez, ou dont les voûtes estoient mal cimentées: là les chaleurs redoublées se changeoient en ardeurs, puis en brasiers imparfaits, ou encore à demy estouffez sous l'humide fumeux, lequel commençoit à partir le premier et prendre la montée , et tost après suscitoit , souslevoit des petites conflagrations clandestines , ou comme sousterreines et imperceptibles, à tant que la violance de la soudaine inflammation de tout le contenu esdits cachots , venant à esclorre (le feu se roidit tousjours plus en sa force, il vient à saillir plein de lumière et d'impétuosité, servant et d'admiration et d'épouvante à ceux qui le veulent esteindre) venant dis-je à esclater et à rompre ses prisons , faire sauter tout en pièces, renverser ainsi que fait la mine, à mille endroits , les maisons bruslantes, que les feux de leur force, ou vertu adustive n'avoient encor peu bouleverser; cela se faisoit avec des bruits et grands resonnemens des caves et concavitez , violamment dissolues , vomissement des feux y fermez et enserrez, ny plus ny moins que si c'estoient des tonnerres, des coups de canon, des machines de guerre de nostre temps, ou des balistes, escorpions , et semblables du passé; avec, dis-je, une sorte de choc et froissis vehemens entre toutes autres, de tout ce qui faisoit de la résistance à leurs eSbrts ; de là sur le champ, ces feux élargis venoient à se joindre aux autres grands feux de l'embrasement, d'eux aux simples, transcendans d'air en air, de région à autre , jusqu'au concave et plus haut poinct de leur situa-
tion élémentaire , si sembloit , ne laissant es maison dont ils estoient sortis , que sol et cendres , ruines et foyers ; et à nous la vision des fumées à la montée qu'elles gaignoient par les degrez de leur légèreté et raréfaction.
La profusion de certains des fraischement attaquez des feux , estoit la mesme où ils se portoient par la voye de l'espargne, à leur défensive: Tout autant que les Vestales par la loy des douze tables , estoient soigneuses de conserver le feu perpétuel , ceux-cy l'estoient de l'esteindre ; je veux dire le feu de l'incendie: Et neantmoins où l'Orateur Romain en ses remonstrances pro Fonteio usoit de ce trait , prospicite ne ignis ille œtemus noctumis Fonteiœ laboribus , vigiliisqne servatus , Sacerdotis Vestœ lachrymis extinctus esse dicatur. il y avoit lieu de leur reprocher leur chicheté, en ce que tantost ils sembloient devoir esteindre l'embrasement de leurs larmes, à force de pleurer; tantost de la sorte qu'escrivent les Naturalistes, qu'en épanchant de rhuile sur la mer courroucée, elle appaise sa tormente , et accoise les vents; qu'aussi en répandant ainsi que de l'huile, du vin, ils amortiroient l'incendie: Tantost à l'imitation des Samogethiens, lesquels (ayant pour leur pricipal et leur plus grand Dieu le feu, qu'ils adoroient, et les forests qui le fomentoient comme Sainctes) repandoient de la cervoise ou de la bière sur le feu des foyers que chaque famille y avoit, croyans que les âmes de leurs parens et amis bruslez y venoient la nuict prendre (avec la viande qu'il y avoient aussi aprestée ) leur réfection ; car les susdits aussi |ne versoient que quelque peu de vin sur leurs feux et foyers , comme si portez de mesme croyance , ils pretendoient y faire venir leurs defuncts parens et amis , pour depuis en implorer les aides et assistances : Enfin ceux d'eux qui alloient à l'espargne de quelques seaux de vin au principe de leur incendie, s'y trouvoient tost après avoir perdu le temps, leur boisson , les tonneaux et la cave, avec le reste de leur bastiment ; Et par contre
les plus munifiques , ou qu'on eût en autre occasion prins pour des prodigues par l'excès de telle munificence et libéralité , estoient ceux qui sauvoient le plus pour eux , et si rendoient encor leurs voisins plus esloignez du feu , ou les plus proches après eux d'en estre pris, participes de leur sauvelé ; car ils mettoient en défense leurs maisons et les ascendentes , celles qui en estoient à couvert pendant que les feux voisins passoient leur fougue, et s'alloient consumans : De sorte qu'on pouvoit bien dire d'eux , ce qu'un philosophe en cette repartie au Thebain qui loûoit la fortune d'un Monarque et l'infortune de l'autre : homme de Thèbes ! tu vis bien trompé de croire qu'un Prince perde plusieurs Seigneuries et qu'un autre gaigne plusieurs Royaumes; car, dit-il, Alexandre ne gaigna que les pierres et les couvertures des Citez , parce que avec sa largesse il avait ja gaigné les volontés des Citoyens : Et au contraire l'infœlice Darius ne perdit sinon les pierres et les couvertures des Citez , car avec sa chicheté et avarice, il avait ja perdu les volontez et affections des peuples de l'Asie : Ainsi ceux-là ne perdoient que le peu de vin qu'ils jettoient au feu, le temps et leur peine, veû que par leur mesquinerie ils avoient ja perdu les aydes par lesquels 'seuls ils pouvoient sauver leurs pertes et leurs bastimens.
Le nombre des inquilins d'ailleurs , et le prix des louages de tousjours fort petit, chacun des habitans estoit propriétaire de quelque maison; c'estoit une règle de mesnage aussi bien qu'entre les Romains, de n'acquérir une maison sans terre, ny une terre sans maison ; Scaevola chez eux fut reprins de l'un , et L. Lucullus blasmé de l'autre ; qu'il chef de maison assiégée touchoit de mettre sur pied , et entretenir sa petite milice , et batailler à sa solde ; car il n'y avoit autres aydes générales ou du public que de quelques volontaires, qui officieusement accouroient au secours des assiégez, soustenoient pour un temps l'effort des feux, puis se retiroient, signamment si les
places cstoicnt mal avituaillées , ou par trop pleines de dangers: et des bruslez, ceux qui estoient devenues avies, tels que certains peuples de Thrace, ainsi appeliez à cause qu'ils passoient leur vie sans avoir point de maison , ou qui n'avoient plus rien à perdre en la Ville ardente, estoient par les chemins à la garde de Dieu , et des reliques de leurs fortunes : aucuns dans les métairies , occupez aux lamentations, au repos de leurs personnes malades d'esprit ou de &scherie, et à demy morfondues ; les autres avoient assez de besoigne taillée chez eux, et des aydes forains, estonnez de voir si grande journée aux petits jours vers le solstice brumal leurs forces si abbatuës , sans que bonnement point de nuict générale parût, reputans leurs lassitudes, le nombre des repues, les approches du sommeil pour les parties et les bornes de leurs journées, prenoient leur honorable congé, faisans retraitte aux Villages ; et de ceux qui estoient à gages, si on ne doubloit leur solde et les laissoit vivre à discrétion , ils se debandoient sans appréhension de passer par les armes ou par les fiâmes ; ils gaignoient la porte d'Italie qui estoit tousjours ouverte pour les évasions , sauvemens, fréquentes entrées et sorties; il n'y avoit loy militaire pour les y abstraindre, eux qui n'estoient enroolez que sous la bannière de leur propre mouvement.
Le parti doncques dès ainsi abandonnez des forces estrangeres , estoit réduit à un nombre fort singulier de quelques domestiques, bien-tost surmonté et leurs maisons ravies de leurs présences : eux enfin contrains de livrer le tout à la merci des fiâmes : car le feu, le naturel duquel est de mettre les choses au plus haut degré de chaleur, faisoit qu'avec si peu de résistance tout ardoit tousjours plus; les défenses y rapportées estoient telles que de l'eau espanchée sur le bitume ardent, dont le feu en lieu de s'amortir, s'enflâme; ou de mesme que si leurs maisons estoient oinctes de naphte ou d'autres amorces , soudain elles s'attiroient le feu, etbrusloient; la boue, le
vinaigre , l'alum , la gluz meslangezavec l'eau (seul moyen de tel amortissement, suivant les naturalistes) n'estans pas mesmes suffisantes de remédier à cette sorte d'ardeur, ou acommodement pour lors afin d'en faire la composition et les applications.
Et vers le haut de la Ville , bien que le feu des foyers voisins sortit à hautes fiâmes hors des rayons et mittres des cheminées , et tapissât les couverts des maisons proches des bruslantes, il n'y avoit neantmoins rien de si froid que les cuisines restantes aux combattans. L'Empereur Âurelius escrivoit à un sien parent, si tu as beaucoup de bois à brusler, tu dois avoir peu de pain ; car c'est , dit-il, un proverbe ancien , que où sont les feux grands, les greniers y sont petits; plustost se trouve bois pour chauffer le four, que bled à porter au moulin : tant est qu'il ne se trouvoit en plusieurs d'icelles que encor à grand peine les elemens d'Edocles.
Leau et le Feu, la Terre et F Air mobile^
Ou plustost ny marmite , ny eau , ny autres ingrediens à mettre cuire par la Ville ; les Ventes des gros et menus fruicts avoient cessé, comme aussi les emprunts , et les prests, qui non seulement par le droict des Gens, par la coustume de l'Univers, mais particulièrement de ce lieu, estoient si en usage ; on ne sçavoit qu'estoient devenues les boutiques, les denrées, ny ceux qui en faisoient le traficq ; tout estoit en confusion parla campaigne, et dans les réduits de la Ville, ou ja resté bruslé ; si qu'il ne restoit que bien peu de pain et du vin de la munition de quelques maisons militantes ; et de ce pain il y en avoii du blanc , que nos Villageois appellent pompe , et de la seigle , par eux dit pain de Cée, non ja que ce mot vienne de Gères Déesse des bleds ^ mais comme qui diroit pain du Giel, car aussi nomment -ils Gée le Ciel : la vérité estant que le bled que nos terres produisent, tient plus en son abondance et bonté intrinsèque du Giel, sçavoir des neges qui le nous viennent comme emmailloter en son enfance , alaicter de leur
distillante humeur le brueil, ou pour user des termes de Pline: t^^rtim et liquorem sensim prœbent purum prœterea , levissimumque quando nix • aquarum cœlestium spuma est : Le bled tient plus du Ciel y sçavoir aussi du Soleil qui le nous fait pousser et produire tout-à-coup dans nos petits Estez, et des rosées, comme aussi des fréquentes pluyes, drues et menues, qui en rendent le pain plus savoureux, et la moisson plus fertile que nos eaux parties, (lesquelles ne sont que subsidiaires au faict de son arrousage) et que de tout ce que en sa production luy est rapporté d'icy-bas (c'est le pain de mesnage , grandement savoureux en sa moyenne dureté , bon aussi pour passer les monta ignés , car ainsi que le port du cynamome par les bruslantes solitudes Arabesques , le manger de ce pain en traversant les Hyvers par nos male-vals, délasse grandement) mais encor partie de ce pain se trou voit surannal, si qu'il falloit à coups d'achons le dépecer à qui n'avoit la patience d'attendre qu'il fût attendri (10), s'il n'avoit esté ramolli quelques jours auparavant dans des caves, les feux d'un si grand embrasement estans tousjours mal-faisans, et presque sans abord; de sorte que ceux qui en beuvoient estoient si altérez et sitibondes , à l'occasion des ardeurs , et qu'ils estoient tousjours en action, que la soif et l'impatience fut de jour ou de nuict, portoient les uns plustost à boire qu'à manger, et à cause de la défaillance des eaux potables , aussi-bien que des autres, le vin par eux prins en sa pureté les trouvant esmeu et en chaleur, les espreuvoit : sa douce liqueur avec leur grande altération , et la haste de tourner en l'action, les trahissoit, en les faisant pour tost estancher la soif boire d'autant, et redoubler les coups: Enfm en prenant, ils estoient pris, car la chaleur de leur robuste naturel et du vin pur, celle aussi de leur perpétuel mouvement avec l'ardeur de leur affection , et qu'ils avoient rapportée des grands feux : ces chaleurs toutes ramassées dans eux, comme les rais du Soleil dans la concavité d'un miroir ardent, leur mettoit le feu au
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corps; d'où s'en ensuivoit des autres, mais petites conflagrations invisibles, les fumées et vapeurs desquelles montans au cerveau, suscitoient des troubles nouveaux : Et tout ainsi que le vin de Megalopoly rendoit les hommes qui en beuvoient aliénez de leur sens , ou le vin gelé par la foudre , et par après retourné en son premier estre , tue et rend insensez ceux qui en boivent, (il y a disent les Naturalistes, certaine efBcace mortelle en ce feu là, dont quelque esprit demeure au vin qu'il a astraint et gelé) le vin ainsi beu leur alteroit Tentendement, le sens, l'imagination, ou leurs fonctions, les faisant entrer en folie, en fureur, ou la représenter par signes et pai' leur façon de faire à l'extérieur; car en lieu de retourner au feu, certain se deroboit à un coing , et là estendu de son long quand on luy disoit , or sus alons au feu ? au feu, respondoit-il sans remuer que des lèvres , ou des mâchoires, ô feu, offu, hophu ! à gorgées par forme de response, d'interrogat , d'admiration , d'exclamation en bégayant : de celui-cy on venoit à un autre qui se retiroit de mesme , allons au feu ? luy disoiton , hé allons donc? allons? à l'eau, halieau, respondoit-il bellement d'une langue espesse , et voix tantost vocale , tantost articulée , mourante ou endormie, faisant des grands pas à tastons, branlant en les asseurant, ainsi que s'il passoit une rivière à gué, à l'exemple de quelques femmes , lesquelles à ce qu'on dit (les Saccotis avoient pour maxime et esguillons d'esprit et de vertu ce que Angel. lib. 5, cap. 2j rapporte de l'opinion de certain brouillon de son temps en ces mots, Nebulo ille fomitem esse quemdam dicebat et imitaculum ingenij, virtutisque si mens et corpus hominis, vxno flagrarel) sorties d'un souper Saccotique et entrées dans la Place au Temple, les yeux chargez d'humeur aqueuse et luisans , leur fraudoient et laissoient éblouir la veuê, grossoient, et rehaussoient les objects, faisoient voir l'esclat des eaux d'une lame de rivière, en l'esclat ou clarté de la Lune qu'estoit à terre par la place , bordée d'ombre qui la frisoit comme les
bords d'une rivière , et faisoit rehausser en apparence , tout ainsi qu'en platte-peinture les ombrages et les jours couchez , donnez à propos, ou que seulement en rehaussant du doigt la sille basse de l'œil, comme d'un pinceau miraculeux d'une peinture surnaturelle, on fait sortir, dejetter, rehausser l'image du feu, ou de tout un paysage, que l'autre œil non touché regarde et voit, signamment si c'est de quelque chambre où le jour ne donne qu'en porfîl , il leur en avenoit dis-je, ce qu'à celuy auquel sembloit.
Et duplicem solem et geminas se cemere Thebas.
Car pour l'exprimer aussi en vers.
Fluminis instar humi noctumam cemere lucem Et duplex geminis insurgere littus in undis.
Hàc , illàc médias quas non potaverat undas Visa sibi est transire cohors comitante lyœo.
Ainsi deceuës elles se retroussoient, pour en passant ne mouiller leurs cottes et leurs chemises, et faisoient voir le Soleil, la nouvelle Lune en pleine nuict, les secrets de nature et tout ce qu'elles portoient dessous drap de plus cher, rire en secret les spectateurs qui se trouvoient fortuitement à cet spectacle sous un avant de maison , en voyans sans estre veus , et les entendans s'entreadvertir les unes les autres du passage de l'eau et de se retrousser.
Un troisième, que les chaleurs avoient de mesme surpris, fallut le laisser fermé dans une chambre jusqu'à tant qu'il eût fait le feu par la gorge d'aprehension qu'il n'entreprint de passer ces grands feux à gué, ou mouillé, si hardiment que certain autre estranger à pied sec la Rivière Guisane , quelque temps auparavant enflée et grossie de ses torrens , transporté qu'il estoit des feux et fumée du vin qu'il avoit aussi beu tout en eau de chaleur, un jour qu'esmeu d'un exercice
violant qu'il venoit de faire, on fut contraint le monter à cheval sous la conduite d'iceluy et de son valet, qui luy avoit tenu pied aussi-bien à marcher qu'à boire ; lequel tirant à la Ville , sitost que la charge ou le maistre renversoit à gauche, le valet qui estoit à droite, faisoit le tour du eu du cheval, pour y accourir l'appuyer, et à mesure qu'il arrivoit de ce costé, le maistre estoit ja panchant de l'austre; le valet y estant de retour, le maistre l'estoit aussi au delà , et par ainsi luy bien droit de nature alloit boitant à cheval : le valet croisant les chemins à pied, à tant que le cheval qui pour n'avoir beu que de Teau sobrement et à temps deu, estoit à sens rassis, les eut ramenez dans la chambre du repos, où ce bon valet, la mesure de ses forces n'estant bien adjustée, de crainte qu'il n'y en eut pas assez pour le jetter sur le lict, l'eslança au delà dans la mêle, où il reposa et luy tous deux à terre, un bon lict entre-deux , et qu'enfin la chaleur du vin n'estant pas d'accord avec la maistresse chaleur naturelle, fut chassée dehors par la porte de son entrée, et servit de reveille-matin pour aller couvrir les marques de ceruse.
Ce que dessus arrivoit à quelque villageois , qui n'avoit gueres accoustumé le vin , et se laissoit de peu prendre en la disposition que dit est , car Noé , ny ses successeurs n'ayans encor planté la vigne qu'en deux ou trois vallées de ce Baillage, la boisson de la plus part des villageois Briançonnois est encore comme elle estoit avant le Déluge gênerai de l'eau. Et aussi l'yvresse ne vient pas tousjours du vin, il y a des eaux , des feux qui enyvrent, des eaux; Ovide l'atteste dans sa Métamorphose.-
Hinc finit effectu dispar lyncestius amnis Quem quicunque parùm moderato gurgite traxit Haud aliter titubât quàm si mera vina bibisset.
Des feux, Hérodote en est tesmoin, il dit en sa Clion, qu'es Isles qui
sont dans le fleuve Âraxes , il y a des arbres le firuict desquels estant jette au feu, échaufe si fort le cerveau des Massagettes, peuples qui s'y chaufenty qu'ils les enyvre » dit-il , aussi bien que s'ils eussent beu du meilleur vin de la Grèce , et d'autant sont-ils enyvrez qu'on met au feu du fruict de cet arbre. H y a mesme du laict qui cause l'yvresse , Scaliger, exercit. ad Cardan, en fait ainsi le récit, Tartari lactis tenuissimas partes ignis vi mblatas atque à crassioribus exemptas in usu habent prœsentissima facultate ad in^briandum. D'où l'on peut inférer aussi, que parmi tant de liqueurs, de bois et de choses bruslantes à l'embrasement d une Ville, il en pouvoit avoir qui fissent semblables opérations.
Pendant que ceux-cy estoient inutiles aux feux , les autres plus prudens es occasions , et sur lesquels mille sortes de feu, de matière bruslante, ny de liqueur n'avoit eu ce pouvoir, alloient soudain esveiller les dormans susdits , aucuns desquels en leur premier sommeil revassanssur l'idée ou sur la mémoire des feux, se levoient si soudain et en sursaut, courans, qu'ils faisoient peur, avec des paroles d'effroy en bouche; revenus à eux il leur sembloit , disoient-ils, qu'ils voyoient et sentoient la maison toute en feu , ébranlée du mouvement de sa cheute, les humeurs en eux qui dormoient , meûes d'une organe sensitive à Tautre , avoient porté les images des feux et ruines des maisons; images lesquelles estoient réservées en la mémoire ou y remises à l'entente des paroles de ceux qui les harceloient et excitoient au feu ; porté, dis-je , ces images au sens extérieur de l'oùye et de la veuë , et y estans , leur representoient les choses mesmes , ees fantosmes , lesquels par ce moyen ils croyoient de voir et oùyr ; estant asseuré, dit Âristote, que cela se peut aussi bien en esveil que dormant, et que les humeurs se mouventes , meuvent et portent avec elles les images et représentations de sens à autre , d'organe à organe : Il en advient de mesmes quand quelqu'un de nous tourne , vire vite durant
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un temps, puis s'arreste tout-quoy, car il luy semble qu'ores qu'arresté et quiet, il piroûete , tourne, vire volte-encor, ou bien sorti d'un navire vogant, on diroit qu'on est encor en mouvement, et que la terre, les prez, les arbres galoppent, virent, tournent aussi , et plus fort aux febricitans. 11 y en avoit neantmoins d'autres si endormis etabbatus de sommeil , que les marmots ou rats de nos montaignes , lesquels bien que pris et emportez hors de leurs tanières avec leurs nids encor ne se reveillent-ils , si c'est en Hiver, jusqu'à ce qu'auprès du feu ils sont eschaufez , ou es rais du Soleil.
Ravis en l'admiration de ces si furieuses saillies , on eut insensiblement plus arresté, si ceux qu'on avoit laissez de garde et aux feux pour faire cependant toutes résistances possibles, et advertir de tout, ne les eussent alarmez de nouveau , et reclamez sur les progrés des embrasemenssurvenans; on accourt de-rechef, tout y va à l'extinction et repoussement d'iceux ; on tourne tirer aussi à grands coups de cyringues contre la saillie des poutres ou courbeaux, qu'on voyoit comme la cinxe prendre le feu, et se changer en brasiers, traduire ainsi que le ceps et provins la vigne, le feu : on jettoit tout d'un temps à belles casses de vin préparé dans des chauderons contre les montans, et autres espèces d'appuy de bois, qui s'embrasoient , balustroient de feu les paroirs plus légères.
La commune opinion , et l'expérience en matière d embrasement est , que le vin soit plus efficace à esteindre le feu que n'est pas l'eau ; la raison sembleroit neantmoins au contraire , scavoir que le vin pour estre plus liquide et subtil , est voirement plus pénétrant et prompt à esteindre comme cela le feu que n'est pas l'eau, mais conjectare me vinum, dit Gellius lib. i7, cap. 8. idcircô minus œalescere quod semina quœdam caloris in se haberet, essetque natura ignitus, pour dire que sa chaleur inhérente , ou à luy connaturelle sympatisante avec celle du feu, fait que son humide est bientost évacué, exhalé.
desséché, et surmonté parle concours des autres chaleurs, ou ardeurs secatives et secutives ; et c'est pourquoy on pourroit probablement soustenir que le vin est plustost, mais non pas si extinctif du feu de pair à pair, ou en pareille quantité que Teau , et de faict que repandit, il paroissoit tel que du sang aduste, noircissoit soudain ces grosses et petites colomnes ardantes,etesteignoit, si sembloit, les brasiers , mais tost-apres , sic ipse carbo vires indpit habere restinctusyatque interiisse creditus majoris fitvirtutis, remarque Pline; On le voyait découvrir, rougir ce noir, se retirer, et enfin les mesmes brasiers revivre et se reallumer si on ne rçchargeoit et redoubloit les coups du vin ; ce que vray-semblablement n'arrivoit pas après l'eau , soit qu'on la rependit première ou dernière en pareille quantité , d'autant que si bien avec Lactance Firmian, lib. de ira Dei, sur cette sienne hypothèse , orbem vitreum plénum aqtui si tenueris in Sole y de lumifie quod in aqua refulget ignis accenditur etiam in durissimo frigore , num etiam in aqua , dit-il , ignem esse credendum est : On peut aussi prendre occasion de douter que le feu ne soit en l'eau, le feu en l'eau neantiMtins a deux ennemis, l'humide et le froid , et par ainsi double contrebattene et andipathie : au vin si bien l'humide vineux luy est contraire, le feu ou l'indubitable chaleur du vin luy est revenante et amie, et parainsi partie du vin tient ja pour luy, et puis l'humide de soy n'est pas tousjours ennemy mortel, ou extinctif et suffocatif du feu; car selon Aristote , l'humide aérien où il se trouve plus fort que le feu, de vray il le domine et esteint; mais où le feu luy est prédominant , il luy sert de nourriture , et lors cet humide est nutritif du feu : le vin fort liquide et subtil de soy, raréfié encor plus par le feu , tient et aproche de l'humide aérien ; de sorte que le feu non seulement quand il se trouve le plus fort, mais du pair, il le surmonte et réduit tout en vapeur ; mais l'eau , si bien d'abord elle est plus crasse et moins pénétrante , la vertu calefactive et adustive
du feu en ce conflict , s'en va quelque peu pour surmonter sa crudité et le froid qui luy donne les premières attaintes ; cependant Thumide de l'eau ne se perd et consume ja si fort en haut que feroit le vin en vapeur ou exhaleson, mais seulement quelque peu pour se raréfier et rendre plus active et passible à s'emboire dans le bois embrasé , l'humecter, et enfin achever d'y suffoquer le feu ; joint aussi que (disent lesPhysiciens ) Ignis non nutritur his vaporibus quos élevât ab aquis calefactis. Cette probabilité se peut tirer encor par raison du grand Physicien du monde , qui par les raisons que en l'Escriture ayant condamné toute la terre à périr par deux cataclysmes contraires , a composé le premier de l'eau, et nous asseure que l'autre sera du feu , et par expyrose et conflagration de l'univers , laquelle il nous a ja prédite par Adam, comme en l'histoire ludaïque : les Poètes en on mesmes laissé des mémoires en vers.
Doit venir ce temps là, qu'on verra prendre fin Au haut Palais des Cieux , et à la terre basse Par un feu ravissant.
Berose Caldeen l'a creu et en parle ainsi: Les choses terriennes seront embrasées lors que tous les Astres qui à présent ont divers cours , se rencontreront au signe de l'Escrivice , de telle ordonnance et disposition en mesme passage qu'une ligne droite puisse passer par leur rond : Les anciens Payens se sont mesmes efforcez d'en designer plus particulièrement le temps, sçavoir que tel embrasement adviendroit à la fin du grand an du monde, lorsque tous les orbes célestes auront parachevé leur cours , et seront revenus au poinct d'où ils estoient partis : Seneque le Philosophe tient que ce sera quand il plaira à Dieu faire renaistre des choses meilleures, et finir les vieilles. D'où s'en suit, que si l'eau eut esté en pareille quantité, moins contraire au feu que le vin. Dieu qui fait toutes choses, et signam-
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ment ses plus grandes merveilles par excellence , et en toute perfection , eut fait le grand Déluge du vin , qui luy estoit aussi à bon marché et aisé à tirer et faire débonder de ses caves et cataractes du Ciel 9 que l'eau , et si l'odeur et la couleur estoient moins revenantes à ce miraculeux spectacle que de l'eau , elles n'estant essentieles du vin, il les eut soustraites, voire par sa seule toute-puissance naturelle.
La conséquence donques n'en seroit pas tant mauvaise , que le vin n'est pas si puissant que l'eau à esteindre le feu ; Contraria hœ sunt inter se^ dit sainct Basile , alterumque vimalterius mterimendi habet^ ignis aquœ cum vis efus superat copia. Cette vérité neantmoins ne dément pas l'autre , que l'expérience a fait voir, qu'il va moins de vin que d'eau à esteindre les embrasemens : un plein seau de vin amortira plustost et plus de feu que deux d'eaux ; et c'est pourquoi les anciens Romains en leurs accourmies faisoient provision ; il est vray que c'estoit du vinaigre, lequel a encor plus d'efficace , Acetum solum ex omnibus hiimoribus crescentem flammam violenter extingui, dum per frigus suum calorem vincit elementi, testatur Macrob. lib. 7. Saturn.
Hujusmodi culpatum vinum (l'apelle le mesme au theur ) n'estant en ce pays faute de vignes, que conformément au § 5. 1. 2. /f. de pen. lega.esui, pottiiqtie , non etiam extinguendi ignis causa paratum : et les eaux nous ayans manqué au besoin, pendant qu'on redoubloit es diligences à esteindre plus chèrement l'incendie à force du vin ; l'envie print plusieurs qui n'avoient plus rien à perdre par les feux, de passer leur ennuy à voir qu'estoit devenu le reste de la Ville , Urbem in Urbe quœrere , disoit l'Empereur Vespasien.
Pour descendre donc à ce que des basses rues estoit accessible, falloit faire de nécessité ce que le Pilote Accesseus, pour n'estre expérimenté en son art , allonger le chemin en lieu de raccourcir ;
d'autant que, comme l'Isthme sépare deux mers ou un d'estroit de mer deux Terres, Tabysme des feux estoit entre-deux, et ayant fermé
les passages , les rues , les advenues par le mitan , un quartier de Ville ne pouvoit aller au secours de l'autre par là, ny s'entrevoir ; il sembloit aux plus bas que les plus hauts et leurs maisons estoient ensevelies dans les fiâmes, par le distant d'eux à iceux, espessies des poussières , fumées et vapeurs causées par le fréquent bouleversement des édifices; le chemin des rondes qui passoit par le haut des maisons de cette enceinte, ou par des chambres percées, estoit comme une zone torride; aller par là, c'estoit descendre par tout autant de fournaises ; le passage à travers du Ghasteau n'estoit pas ouvert pour venir fondre par l'ouverture du Clauds ; et par ses rochers, le danger des précipices y estoit, et tout ce que pouvoit avoir un peu d'assiette et de tenue sur cette montaignette , se trouvoit tout habité embarassé de réfugiez, ou de dépouilles de ce quartier là : semblable, ment les ruines du fauxbourg, et ja les feux y faisoient une sortie, sautoîent à bas des murailles, s'alloient prendre aux horts et petits jardins qui sont en escalier au devant d'icelle , exposez au midy et descendans à la prairie ; car la porte de la direction , laquelle avec les autres quatre pareilles prend et attache de ses gonds la Ville auxdits horts , et ferme de ses battans le grand chemin de Provence , n'estoit plus qu'une palissade de fiâmes.
Poujp en marquer donc l'itinéraire, falloit sortir par où l'on avoit percé la Ville contre le Ghastelet, de là faire un grand circuit jusqu'au dernier du Temple imparfait de la religion Prétendue reformée, lequel ainsi que l'Oratoire d'Esculape estoit hors des Villes, se bastissoit aux Hortaillauds ; puis traverser et fendre la prairie et la presse ; des bruslez y estans aussi en façon des armées, campez avec leurs bardes et bagages , et tout plein de petits feux particuliers qu'ils y faisoient loin et à l'aspect des grands feux ; possible que , comme la lumière qui précède le lever du Soleil n'echaufe pas encor Tair, ains ne fait que le frapper, dit Seneque , la chaleur des feux n'avoit pas encor
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bien diaufé la campaigne, le chaud et le froid, f ardeur et Tesclat de Tembrasemeut s'entrehattoient contre THyver et la nuict, ou que ce n'estoit plus , par ce que dit Oyide
Igné levatur HyemSy
Mais i)ien pour y avoir transféré leurs petits foyers et déplorables cuisines : desdits Hortaillauds on remontoit par la porte Royale ; fait à remarquer, qu'en la première arcade ou piédestal d'icelle sont taillez ces mots en lettre Romaine,
CORNELIiE SALONINiE
ÀVG.
CONIVGI.
Et le reste dont le temps a effacé la lecture et l'intelligence à ceux de ce siècle; et au Portai qui fut condamné pour avoir esté Tan 1560, changé où il est, y avoit les armes de l'Empire en peinture à fraiz sur le frontispice , effacées ; mais entrez par là on n'avoit en rencontre que coiu*eurs , que déserteurs de la Ville ; ou par les basses rués toutes encor sur pied, et formées, mais bordées de maisons allumées et chargées de fiâmes.
La première nuict ardente on voyoit charrier, sauver diversité de biens, avec des postures aussi déplorables, que celles de ceux esquels Crœsus ayant une-fois permis d'emporter autant de ses trésors qu'ils pourroient tous nuds, estoient ridicules : Â présent la cause des courses et des fuites, et la contenance, estoit que les uns sortoient encor des maisons et portes bruslantes, au hazard de leur vie, des sacs de grain à bras ; qui trainoit au devant de soy , qui après des
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garderobes et buffets bien-façonnez, et autre attirail de meubles d^une extrême et à eux presque insensible vitesse, par la descente et prochaine sortie , par Tinégalité et bosses des grands ch^nins rabotteux, et adjustez dans leurs mesures par la cherté du terroir, plus que par la loy, viœ latiiudo, ff. de servit rusL prmd.
La grand-rue plus large icy qu'es autres endroits , avec le second vent contraire qui leur fut quant à ce si favorable, qu'il repoussa le premier orage incendiaire, et les feux contremont (tous deux de peu de durée comme les vents nocturnes) leur avoient &it cette grâce aussi bien qu'à ceux du Grand-Caire, que d'estre les derniers bruslez, et par ainsi avec plus de respi et de loisir de pouvoir déplacer, sauver toutes choses sauf le sol des maisons , les places , le fonds ou l'assiette de leur part de la Ville, quelques vins et les jardins; jardins aussi petits qu'en petit nombre, la pluspart potagers et neantmoins arborez l'un d'un meurier; l'autre, d'un noyer, qui d'un quisnier, deux en forme de petits vergers assortis de tous autres arbres fruictiers que cette terre peut porter, mais comme l'Arbre-Triste des Indes , autrement appelé Syngade, lequel est tout gay en fleurs et fuillé la nuict, et à l'ardeur du Soleil ou le jour tout flestri, fanni et comme mort; ces nuicts passées de tous verdissans qu'ils estoient encor, on les voyoit à présent tous à sec à l'ardeur des feux , rostis et funestes.
On ne sçavoit bonnement si c'estoit encor Lundy ou Mardy , soir ou matin, les horologes n'en disoient plus rien , l'on avoit veu par les premiers feux de l'embrasement, abattre le pinacle ou clocher à quatre pins et du haut des mesmes colomnes de feu : la grande cloche horologere, tomber toute première, flambante en phœnomene, fondant du Ciel , ou plustost ainsi que le carreau de la foudre ; l'horloge du clocher branlant, possible par le trop grand branle et agitation , ou par le contraire mouvement des autres cloches s'estant détraqué , il avoit laissé couler quatre ou cinq années sans nous advertir du
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temps ) ou tenir compte des heures passagères, ny faire autre fonction» que de convoquer, sonner les lays , ou les vivans à la Messe et les Trépassez au tombeau, tenir sa partie au concert des carnllons et des glaz; et les montres solaires ne marrquoient plus, à l'aspect des feux et des fiâmes ; c'estoit incessamment jour, mais bien estrange, et Toir les fumées, les pauvres bruslez, leurs mal-heurs nouveaux {StaL 5, Thebaid).
Heu iterum gemitus^ iterumqne novissima nax est.
Sur cette incertitude survint le globe solaire du Mardy , le Soleil d'Ânaxagoras , une boule rouge de feu roulante d'un bout du monde à l'autre, ou plustost le Soleil d'Heraclyte, tous les jours tout nouveau , tout autre que celuy qui fut par le passé , marquant du Ciel ce que nous avions peine de recognoistre en terre, le jour. Le Prince des Astres ne se levé, ne se couche pas tousjours en mesme lieu: autre est le levant et couchant equinoctial , autre le solsticial et hyvemal ; bien-que il n'en ait jamais que ces deux là , on eut dit toutesfois que dés l'embrasement il en avoit un troisième, car sur ce petit orizon , son orient fut plus tardif et plus haut que de coustume; nostre mont Athos cette fois ne fut pas la Montaigne appelée Font-froide , sur laquelle il souloit commencer de surgir; l'epesseur et opacité des fumées interposites , Tavoit tenu caché et eclypsé à nos yeux, empesché de le recognoistre en si pauvre estât, jusqu'à ce que moins oblique et plus eslevé sur le grand chemin des. fiâmes: il sembloit que de la mesme loy que le feu a esté par l'Auteur de la nature mis au plus haut des airs, comme le plus noble et plus subtil; le Soleil eut ores esté relevé au plus haut des Planettes , ou que de coustume à
chir et eu venir aux résistances) s'empressoient à se charger de quelque peu de leur provision du miel, pour au reste de THyver se garder de nécessité, avoir, dis-je, de quoy vivoter jusqu'aux primevères, ou plustost jusqu'aux febves fleurissantes : ces pauvres abeilles à cet effect r'entroient à la foule chacune dans son rayon : mais plus infœUces en leur innocence, que nous en nos fautes , on les voyoitet oyoit d'un bordonnement melancholique, sortir désolées du saccage et bruslement de leur cité embrasée par dernier, sans pouvoir sauver nymiel ny cire, ny ruche ny rayon, ny corps, nybien, ny aucune de leurs âmes; car les pauvrettes à demy mortes, soit de leur propre miel ja si fumé, amer ou venimeux de l'embrasement, que le miel Pontique, es années que le Printemps y est pluvieux; ains soit que ce fût ce qu'en dit le Poète ,
Hîc animum $ub fasce dédit dum pectm adurit^ Dulcis amor florum et pereuntis copia tnellis.
Elles commençoient à finir leurs jours ainsi que le Phœnix sur le Razin, sur le bois et bûcher de leur ruche, allumé de leur propre cire.
Le dessus de ladite maison n'estoit plus que flàmes, en mesme temps que certain Religieux, en teste de quatre ou cinq hommes lays, entra courageusement et au péril de sa vie, en despit, dis-je, des feux, pour chercher, sauver deux enfans à l'absence du premier Consul leur père qui s'y tenoit, lesquels on ne sçavoit qu'ils estoient devenus, si, suivant l'une des Satyres de Juvenal,
Vel terra claudilur infans
Vel minor igné rogi:
si, dis-je (à l'ancienne, que au dire de Pline, on ne souloit brusler le corps d'un enfant, Priùsquam edito dente) l'un estoit enterré dans
l'attrait et les ruines dudit bastiinent, l'autre dans les brasiers comme on aprehendoit; ou si seulement ils seroient dans le danger, à tant qu'on eut la nouvelle, que les trois Sœurs Novices, lesquelles lors des derniers mouvemens, signamment pour prier Dieu pour le Roy, avoîent prins l'habit gris sous TOrdre de Tercieres, et sous la conduite de leur mère Laye, d'iceux, comme et sans comparaison à Rome, les Vierges dédiées à la Deessse du feu, garentissoient ceux qu'elles avoient à leur rencontre, s'ils estoient condamnez à estre brûlez : elles les avoient sauvez du bruslement par le pied de Ville dans leur cellule d'emprunt, ou à elles par ledit Ancien Gradué baillées pour retraitte d'attente, laquelle tost après leur fut aussi ravie par l'embrasement, Vulcan et Vesta.
{Nec tu aliud Vestam , quam vivant intellige fiammam , dit Ovide) les y poursuivant tous deux sur le poinct de se venir rendre au Couvent, si on ne se fust opposé à leur entrée et réception, comme tels qui en lieu de supporter l'habit, les frères et leur abstinence , eussent tout dévoré, les ayant fait veiller nuict et jour, et extraordinairement chanter des lamentations ces trois semaines peineuses, mais dans l'empressement de découvrir l'allée par où les feux ja descendus venoient embraser le cloistre, si on n'eut fait démolir ce beau confront de cimetière, la grange aux forrages de la queste ou du creu, la charité refroidie, qui changeoit leur vœu de pauvreté en famine, et le droict des Pontifes les ayant dispensez de se rendre en gênerai propriétaires, et possesseurs des biens au Soleil, et de la taillabiUté de nos Cadastres. Sans cette réparation donques le danger estoit que ces grands feux n'eussent fait plus de mal à ce bel œuvre, que le feu des guerres civiles qui avoient chassé les antecesseurs Religieux, et de cette maison fait un foyer, rafHé les orgues, mais pardonné à l'Eglise et à son clocher : Eglise l'une des plus belles nefs de la Province : Clocher qu'on peut mettre au rang des singularitez d'icelle par l'excellence
de son architecture, et si branlant en toute cette grande masse tout d'une pièce, qu'on voit es beaux jours son ombre ou sombre image par terre, façonnée par la seconde clarté des rayons matiniers du Soleil le long du cimetière, avancer et reculer d'un pas à tous coups, au bransle et mouvement du clocher, qui tient aussi tousjours avancé et reculé dés le premier cordon en haut, s'incline, se radresse au son à bras, et roulement des cloches, ou quand on sonne le glas à l'arrivée des convois ou des mortuaires , ne plus ne moins que si à Tair des chans funèbres, le clocher et l'ombre dansoient tous deux une espèce de danse macabrée sur le mort qui dort, lorsqu'on le porte chantant, dans la tombe : Enfin clocher qui ravit en admiration les estrangers qui le viennent voir, et faire branler, les faisans trembler eux aussi parfois, et se retirer loin à quartier, d'aprehension de sa cheute, quand ils voyent ses branles , et si frequens mouvemens : Clocher encor et Couvent fondez , bastis par ces deux Citadins du Ciel , ces belles âmes d'heureuse mémoire, Messire Jacques de Monmaure , qui par sa valeur et fidélité à son Prince, avoit esté fait Gouverneur en chef du Dauphiné, et depuis sur le char triomphant de ses bien-faits s'estoit porté à la conqueste des Cieux, et M® Antoine Tholozan Docteur es Droicts en ce Bailliage, et delà famille des Marquis qui furent de Cesane; Dieu ayant tellement banni ce bel œuvre, que de l'avoir conservé des l'année mil trois cent quatre vingts dix, qu'il fut fondé et parfait, telle en est sa Cronologie en lettre ancienne au derrier du maistre Autel, et par ainsi prés de trois siècles, contre les feux non d'un Phlegias, ou d'un Herostrate, mais d'une armée d'incendiaires nocturnes et d'assauts, et d'avoir restraint leur fureur au seul bruslement du Couvent, le nous avoir depuis fait rendre et restaurer par la bonne œconomie du bon père Cécile, défendu contre les autres embrasemens depuis survenus, celuy du Grand-Caire qui bluetoit ja sur son toict, et en causa Fabbattement , aussi bien que cette encor plus déplorable conflagration a
nécessité au découvrement de ladite allée les Frères , et à la diligence de puiser les eaux pluviales de leur cysterne, en faire des preparatives dans leurs seaux, bénitiers portatifs, et autres vases de considérable contenance, et en départir charitablement aux voisins pour l'amortissement de leurs embrasemens , en recognoissance aussi du présent qu'ils avoient eu en don de la Ville, pareil à celuy qu'Asope fit à Arante, ou àSysiphe, sçavoir d'une fontaine, mais de la mesure du tuyau, qui la rendoit du gros du doigt dans le réfectoire, par après dans le verger, delà dehors sur le sentier au dessous, et plus bas dans leur jardin , par l'artifice de divers conduits et ressorts d'une seule clef, qui ouvroit cette fontaine à tous les Frères, la fermoit et faisoit sourdre, fluer et tarir à volonté, tantost cy, tantost là, comme qui d'une seule fontaine en feroit plusieurs locales , ainsi que d'une seule mer s'en fait l'Adriatique, la Méditerranée, et semblables, ores que ce ne soit que la mesme, multipliée seulement par la dénomination qu'elle prend des plages qu'elle costoye, des lieux où elle fait ses haures, ses ports, ses abords, ou des Peuples, que l'Autheur de la Nature en a voulu gratifier: Fontaine, dis-je, que Briançon par un pressentiment du besoin que tost il auroit de plus grande abondance d'eaux, avoit par forme de légat pie, ou de don gratuit, laissé à ladite maison Religieuse peu auparavant cet embrasement, à l'exemple des Turcs Mussulmans, qui par leurs testamens entre les mains de leur Tulisman, lèguent pour le salut de leur Ame, des puys, des fontaines qu'ils chargent leurs successeurs de faire venir par les Villes, pour le bien du public; ou par les chemins , pour y rafraischir les passans: Fontaine enfin que le lecteur curieux pourra voir en vers enfin de l'œuvre, sy rafraischir ou franchir, et croire que s'il a veu quelqu'un d'iceux dans quelque autheur, il est plustost icy par un concours d'esprit, que sciemment et par usurpation, pour n'affecter la qualité de cette espèce de plagiaire, non plus que des autres.
Des aqueducts doncques des deux meres fontaines, comme d'un autre Pyriphlegeton de l'Enfer des Platoniciens , ne rejaillissoit plus que fiâmes : et de la cysterne le gravois et limon sale se decouvroit desja, jusqu'aux plus noires et plus basses eaux, estoient ja épuisées et préparées contre les feux s'ils en venoient aux sacrilèges aproches : elles en si petite abondance furent bien-tost distribuées : Par tout où il y avoit quelqu'eau, jusques bien loin de la Ville bruslante, plus prés neantmoins que des rivières, l'abord du monde y accourant estoit si grand, que les plus forts ou les premiers venus sembloient devoir emporter les sources mesmes; on n'y oyoit que castilles, que plaintes, telles que de Latone à des jeunes Villageois de Lycie
Quid prohibetis aquas ? Usus comtnunis aquarum est.
Mais de cellesde ladite cysterne, l'usage en estoit lors plus commun que du Soleil et de l'air; on n'en avoit pas mesmeplus réservé pour la défense de ladite maison Religieuse, que pour les autres layeset bour* geoises du pied de la Ville aucunes desquelles neantmoins estoient à sec, ou abandonnées, les autres secourues aussi par quelques eaux desdites fontaines des champs presque inutiles, eu égard à des feux si grands, et que aussi de difficile traitte, tardives à venir de si loin, et fort basses à leur arrivée, causant que la course et agitation des porteurs les faisoitdans les seaux, ainsi que dans l'Océan, battre au bord de mille eurippes, et petits flux et reflux, ou flotter à vagues et ondes d'une petite mer courroucée, et enfin sortir des limites, arrouser les bruslez plus que les maisons bruslantes.
Le retardement cette fois de venir du voyage des eaux par ceux qui les charrioient à gages, avec la nécessité si urgente, impatienta tellement certain bourgeois, qu'il sortit de sa maison, dans laqueUe il contestoit quelques chambres contre des horribles fiâmes, et accou* rant de colère haster ces marchands d'eaux si tardifs : seulement eutil franchi au delà l'espace jusques où vindrent à s'estendre les ruines t
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rejaillir les toicts et les esclats de si grande masse debastiment, qu'il vint à bouleverser. Ghion Seigneur signalé de la Grèce rendit grâces aux vents qui l'avoient retardé de démarer et partir de Gonstantinople, pour s'en aller en Athènes, jusqu'à tant que Xenophon fut arrivé; et au contraire ledit bourgeois sceut bon gré aux tardifs porteurs des eaux qui l'avoient impatienté et contraint de sortir de chez soy, et comme hors de soy, pour accourir à eux, et dressa son action de grâces à Dieu qui militoit ainsi pour le salut des Citoyens , en les reti* rant de la presse des mal-heurs personnels, et des morts à eux imminentes et imprévues , pendant que sa haute Justice les poursuivoit par les rues , par les maisons , par des proscriptions ou confiscations et bruslement de leurs biens ; le reste de ses larmes luy vint soudain aux yeux, les unes de joye et consolation spirituelle, d'avoir sans y penser gaigné la Parque ou la mort à la course , et prolongé le cours de sa vie , de colère courant à autre fin : les autres de regret de voir son grand bastiment, et de ses ancestres, les chambres parsemées en leurs frises de fleurs de Lys en champ d'azur, reliques du passage du Roy François 1 . ou le logis de certain des Princes de sa Cour, par terre ; les lambeaux ou grumes en champ de sable, ou plustost de noir de fumée, laquelle de sa sombre espesseur souslevée par le vent de l'air battu, pressé sous ce soudain et si grand fardeau précipité, plustost que par sa légèreté, rendoit plusieurs non gueres loin de la, eux, leurs sauvemens et les feux invisibles , tenant les uns enfermez au pied de Ville, les autres dehors, jusqu'à ce que le passage fut ouvert comme sur une montaigne d'attrait, au dessous des dernières vapeurs, lesquelles alloien t roulant en haut pendant qu'une pluye de sablon ardent, de terre, et de poussière, fondoit d'icelle aussi véhémente d'abord, que celle dont fut accablée l'armée de Cyrus , ou de Cambyses par les déserts.
Les auges et bassins desdites fontaines des champs, ja vuides, elles ne donoient plus de Teau qu'à gorgées : l'abord du peuple y estoit
si grand et le nombre des attendans, qu'on y disputoit les premières places, par fois à coups de seaux ; mille castilles s'excitoient à qui premier arracheroit de la barbe de la fontaine l'eau qui en decouloit , et l'impatience en l'attente d'un si petit secours, loin des feux si pressens, faisoit qu'on coupoit à plusieurs endroits les aqueducts où ils estoient découverts, pour multiplier au rejaillissement, les sources et les moyens de puiser plusieurs à la fois, ou en plus grande abondance : mais au contraire, il en advint ce que Gyrus causa au fleuve Gyndés, lequel après l'avoir retranché et fait couler par divers bras et ruisseaux, luy fit perdre son cours ; car aussi on en priva delà sorte les uns, les autres, ou leur ostat le sujet de s'y amuser et quereller, d'autant que tout alloit perdu ou si dispersé qu'il ne valloit pas le recueillir, ce n'estoit que salade à des maisons si altérées. Le monde n'estoit pas seulement en la peine quant aux eaux d'en puiser, charrier, courir, monter, descendre, les appliquer à temps et à propos, mais d'en trouver; les feux qui agissoient à tous momens , brusloient sans cesse la Ville , ne permettoient pas d'en faire les recerches. On eut recouru au Ciel, en terre, aux avirons ; au Ciel, ce que par sortilège souloit faire, s'acheminantau Temple, au mont de Jupiter Lycée le Sacrificateur, après quelques prières et cérémonies vers la fontaine Hagnon, dont il excitoit des pluyes en abondances aux peuples d'Arcadie ; Nous par dévotion estions en coustume de recourir sur le Mont-Genevre en procession , non ja à une plus belle source , sçavoir de Doyre et Durance, ains à S.-Gervais (11), de là au Ciel par prières, faire descendre et ramener la pluye avec nous : Mais ores Improba hœc et immensa naturœ portio (ainsi l'apelle Pline) ce tyran des créatures, le feu, dis-je, n'en donnoit pas le loisir; ce n'estoit pas aussi la saison. De recourir en terre et aux avirons , bien que la loy de Platon prohibe d'aller aux emprunts des eaux estrangeres, que premièrement on n'ait cave, cerché les propres et originaires, jusqu'à la malocene.
l'arsille et dernière espérance d'en avoir : pour éviter neantmoins tant de pauvretez qui nous arrivoient, nous eussions tenté la mesme fortune voire que Pliilippes Roy de Macédoine, pour gaigner des grandes richesses ; il fit, selon que rapporte Seneque d'Asclepiodorus , dévaler bon nombre d'ouvriers avec force feux et lumières en des mines désertes, lesquels marchèrent plusieurs jours dans une nuict profonde sous des terres suspendues , où en lieu de veines d'or, ils y virent des sources eflroyables d'eaux , des grandes rivières , des lacs de merveilleuse estenduë , non pressez de terre, mais en relâche et espace libre; c'est ce qu'il nous falloit. Nous eussions creusé, descendu jusqu'aux entrailles de la teiTe, jusqu'aux rochers souterrains sur lesquels subsistoit la par de la Ville non encor allumée, si on eut sceu d'y en trouver, et puiser à temps; et à mesmes imploré, convoqué par forme de nouvelle espèce d'estappe et contribution les eaux des bourgades voisinales; et aussi fait rebrousser chemin aux rivières qui fluoient à découvert, mais plus loin au conspect de l'incendie, ou remontera suffisance de leurs courantes eaux, si nous eussions eu la commodité des plaines au charroy, le nombre des aydes et instrumens à ce faire, et affaire à des feux si patiens : mais rien de tout cela; l'un de nos triumvirs avoit voirement la première nuict des feux , négligé l'advis d'anticiper la coustume printaniere , de r appeller les eaux des champs, il s'estoit parlé de aqu. quot. et œsi. l'on s'escusoit à la feste , (bien que suivant le Docteur Scœvola.
rivos deducere nulla
Religio vetuitj
Ou à ceux qui avoient rapporté qu elles dormoient mortes sous la glace à plus d'une lieu loin dans leurs canaux , et que jamais si profond dans l'Hyver n'estant venues, on ne les sçauroit ramener. Sera safdunt Pkryges , et tnanè nos; c'estoit ores matin à l'aspect du Soleil ,
bien-que tousjours au midy des feux : septentrion de nos mal-heurs, et sur l'occident de la Ville ; quand la conflagration venant tousjours plus à se dilater, on sonne enfin à la fois les tocsins des feux, des eaux, et soudain qui court au feu, qui aux eaux les falloit aller prendre au delà de deux Communautez , ce sont eaux parties à propos et en sages poly tiques instituées par les privilèges Briançonnois, en ces mots : lÀceat Bedalia c ripagiis levare absque ullo introgio et ser^ vitio (12) contre les embrasemens et pour la nécessité du terroir tost aride après les pluyes, qui y sont fort rares, si lesdites eaux parties , comme lieutenantes des pleyades en terre, n'en reprenoient les brisées, et faisoient les fonctions les trois plus belles saisons, conduites le long des Beats, de là débondées et descendantes par les détours, rifs, canaux, ou menus et privez aqueducts, et d'iceux répandues par les prez, les bleds et terres ensemencées de rayon à autre d'icelles par peyes et quartiers du jour et de la nuict, et du terroir arrousable , et autrement selon nostre droict coustumier quant à ce, ou les loix agraires municipales mieux establies encor et observées aux Villages.
Le Saindu-serre, cloche aux tocsins, et Tunique du clocher planté sur la Ville au rocher sureminent, estoit celle qui seule quelques matins à l'arrivée de chaque Printemps souloit convoquer d'un récréatif clochement, le peuple, pariers, mansiers, et autres officiers électifs et intendans desdites eaux, pour leur aller faire reparer lesdits canaux : elle les y avoit cette fois convoquez si farouchement , que c'estoit aussi estrange de les voir courir de toutes parts et à bandes le long du sentier qui borde leur rivage : Us les eurent en rencontre , et ceux qui premiers les estoient allez détorner de la rivière Cuisane, lesquels rompans la glace qui s'opposoit à leur cours : Elles entrent enfin dans la Ville, chargent le canal , lequel encor à son entier par le haut, les porte aux bruslans le long de la Grand'-ruê, jusques où il
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estoit réduit en cendres , et elle bornée par les fiâmes : A peine en avoit-on oûy le murmure, et fait la découverte, que voilà tout-plein de nouveaux mouvens , et petites guerres civiles ; car lesdites eaux estant les biens venues quant aux uns , réputées pour mal-faisantes et rejettées des autres par le danger de l'inondation de leurs vins , et autres sauvemens dans les caves et cachots , excitoient des troubles nouveaux en leur renvoy et rétention , et les retenues causoient aussi des petites séditions populaires , des ligues et contraires partis en la presse de leur prise, distribution , enlèvement , diversion, port , em* ploy : Yoire certain , pis que les Tyrans ou Séditieux dans Hierusalem assiégée, qui regardoient d'une face joyeuse brusler la Ville, au prétexte, dit l'historien, que puisque le Peuple estoit tué, le Temple bruslé, et la Ville en feu, il ne demeuroit puis rien de reste aux ennemis : Certain, dis-je, de nos bruslez, jaloux que de ses concitoyens, qui quelques heures avant l'embrasement, estoient moins, si peu de temps après se trouvassent plus riches (s'il faut croire au bruit qui en a couru tel) suggeroit ce conseil infernal , de laisser faire aux feux , afin que tout fut d'un esgal bruslé : C'est ainsi qu'il vouloit , dit-on , exercer la Justice distributive, aussi n'estoit-il homme de Justice: que tout passât par les fiâmes , que chaque citoyen eut son bruslement. Ce fameux incendiaire de l'antiquité , pour perpétuer sa mémoire, Phlegias, ou Theopompe, ne brusla que l'œuvre de septante sept Rois, le Temple d'Ephese : Zambry Roy de Juda , ne mit le feu que dans son Louvre : le conseil de Themistocles , de brusler les navires de la Grèce , ne fut à autres fins que pour rendre ses patriotes les Athéniens , Seigneurs de la mer, pour agrandir la seule Republique d'Athènes : Celuy-cy pour se maintenir en son lustre , au rang qu'il tenoit par ses richesses , en suggérant de laisser faire aux feux , afin que tout fut d'un esgal bruslé , pis que ceux-là, ne pardonnoit pas mesmes à sa Patrie, voire à la maison de Dieu, aux Eglises : J'en taise
le nom y pour ne le sçavoir au vray , et pour me conformer au préjugé des Ephores, portant abolition de la mémoire dudit incendiaire d'Ephese : mal exécuté, puisque Strabon le nous a impunément laissé par escrit : Et comme on tire des collections des anciens Comiques , signamment des Sentences de Diphilus, Scitur in execratimibus illud adjid y si quis non rectè monstraverit viam : aut ignem succenderit : aut aquam carruperit : Ceux qui en eurent le vent, detestoient du depuis, declamoient avec des imprécations contre le susdit, si ainsi estoit qu'il eut diverti les eaux et affecté ce détestable soûlas , l'entier bruslement de sa Patrie, et plus grand nombre de bruslez et de compagnons de misère , bien que composé de concitoyens ; à ce qu'un enfer tout entier fut pour ce barbare; mais enfer pour toute commisération tel que celuy de Pyndare, ou de la croyance d'Origene, temporel; des foudres, des feux du Ciel sur cet insatiable des feux et embrasemens de la Terre : ou, puisque les Âpostres mesmes pour semblable souhait , à ce que les feux du Ciel descendissent sur les Samaritains , afin de les embraser, furent tansez par Dieu mesmes ; et qu'aussi un bruit de Ville bruslante, à peine, conrnie non probatoire , pouvoit persuader que du milieu des mal-heurs et de la conflagration, fut sortie telle vipère, laquelle, pis que la Salamandre, cui tantus rigoTy selon les Naturalistes, ut tactum ignem extingat non alio modo quam glacies^ et nunquamnisi magnis imbribus proveniens^ se soit produite en si grande disette d'eaux et de pluyes , pour se plaire plus à l'embrasement, qu'à l'extinction ; On faisoit, dis-je, lesdites imprécations : Ou que, si c'estoient des mesdisances , la loy du talion en sa plus grande sévérité revint en usage pour rendre la pareille à ces imposteurs.
Certains autres plus ardens en leur avarice, que leurs maisons en leur embrasement, pour sauver quelque vin cuit, ou reboûilli dans les tonneaux ja fiottans sur les boûillonantes eaux eschapées de U
main des puiseurs et escoulées dans leurs caves , taschoient de bannir arrester loin le cours des eaux publiques de la Yille : les autres de les y chèrement recevoir, qui pour les faire fluer sur les brasiers, lesquels empeschoient l'abord de leurs cachots , afin de tost en retirer reliquias Daiuium, leurs restes, dis-je : ou estre asseurez d'une autre grande perte : Qui pour sauver quelque membre rosti restant de leurs maisons; qui aussi pour dégager des feux, les leurs encor dressées et allumées, et des autres tout fraischement attachées aux fiâmes, faisoient des nouveaux amas d'eaux et des aydes , pour (ne les pouvant par terre) les y faire porter à brocs et à bras.
La Ville ainsi assiégée par les feux, les eaux en lieu d'estre distribuées et prises par ordonnance , par payes et rateparts, la violance par fois en faisoit la distribution ; Il y avoit certains directeurs et commissaires des eaux arrivées, lesquels establis de l'authorité de leur passion et nécessité privée , détroussoient sur les carefours les servantes et ravissoient les seaux et les eaux aux plus foibles : seaux lesquels ores que de peu de valeur, pour lors neantmoins si exquis et recerchez à l'occasion de la défaillance de la brocherie, et autres vases à porter des eaux aux embrasemens escartez, et plus hauts que du cours naturel d'icelles, excitoient des aussi grands débats que des Dieux Apollon et Hercule pour raison du Tripier où se rendoient les oracles : ou que si c'eut esté la marmite d'or contentieuse entre les Milesiens et Ioniens , et le pescheur qui l'avoit par le jet de ses rets tirée de la mer ; car cela faisoit, que qui s'impatientoit de se voir puis oisif en si grande presse d'affaires , et de considérer sa maison brusier sans cesse , fluër au devant de soy les remèdes , les communes eaux courantes , et n'avoir où en recueillir pour les y aller appliquer : qui faisoit des exclamations , qui des sousmissions de payer le rachat de son propre seau au prix de sa plus grande valeur, et enfin n'y estant receu , estoit contraint d'en venir des prières et refus du prix aux
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mains ; Ces ravisseurs d'eaux privées , ou que Tautruy avoit ja fait siennes , inexorables à la restitution , nyoient et Tenlevement et les identitez, ores se couvrans du prétexte de la nécessité qui les autorisoit en ce qu'autres-fois leur eut esté illicite, ou que l'usage des eaux estant commun , celuy des seaux le devoit estre aussi , autrement ceux-là seuls qui en avoient , se rendroient propre et particulier tout le secours des eaux ; plusieurs mesmes s'entrequerelloient pour une seule femme qui en estoit chargée, sa volonté estoit aussi bien servante que sa personne. Certaine autre au Temple, nous figuroit le simulachre qu'Usone avoit chez les Phœniciens dressé au feu, au vent; ou plustost qu'arrestée et debout, prés des feux, tenante de sa main la cruche sur sa teste, elle faisoit ressouvenir de l'idole Menelas, que le sacrificateur Canopé s'estoit forgée et figurée pour son Dieu au défi, en la bataille du feu. Dieu des Caldeens, contre celuy-là, et les autres Dieux des nations; de son seau, comme du tonneau des Danaîdes , ou d'un arrousoir de jardin où l'eau distilloit de tous costez des menus feux voisins en cet alte, en auroient peu estre estains : aucunes demeuroient comme des Thermes, plantées au coing des rues sous l'indifierence forcée à qui elles seroient, sans en oser répandre une goûte , tant on les tenoit précieuses , tellement elles estoient fermes en leur irrésolution ou entreprises et esperduës , par fois en l'incertitude de la distribution de leurs services, ou de voir des si sévères exacteurs de leurs eaux. A la descouverte du nouveau Monde, le peuple de Ganonor aux Indes, allant à l'assaut contre les Chrestiens, couroit de grande furie avec des instrumens et feux artificiels, dont il en estoit fort effroyable, mais non ja tant que certains de nos bruslez, qui avoient eue l'entrée et sortoient de leurs cachots tels que des diables détachez, suivis de leurs Mégères pour aller tormenter ces brigands d'eaux, ou pour reprendre sur eux leurs servantes détroussées, diverties, et forcement menées comme pri-
sonnieres de cette ^p^^MxUj à des autres embrasemens; ils y accouroient par fois à bandes contraires, sans s espargner non plus que les Âdolescens d'Esparthe à leur combat, ou qu'Ulisse dans Homère, avec un tison de feu ardent pour pocher l'œil de Polypheme ; la confusion des maistresses et des servantes en l'accusation et recognoissance de ces larrons d'eaux , ains soit pour seconder leurs maris et leurs maistres , (sans faire reflexion que par où ils pensoient éviter, possible ils encouroient la peine du feu , bien-que différente à celle du Canon si guis dixerit fratri suo racha^ reus sit gehennœ ignisj leur faisoit dégorger les péchez des femmes adversaires, ou les unes des autres en public : le cœur bouillant et bruslant de colère faisoit sortir les injures à la bouche, tout ainsi que la chaleur es marmittes bouillantes pousse dehors la lye, l'escume et la saleté cachée au dedans. Pendant lesdites esmotions ,
Ignescunt irœ et duris dolor ossibus ardet.
On ne voyoit quliarcelemens, que meslées. L'un des sept Sages ne se manquoit point, disant qu'il ne faut pas moins vite esteindre un courroux entre les hommes , qu'on court à esteindre un embrasement de maison, par cette raison qu'à la demeure est le dommage, la dilation aigrit la playe : elle y met le feu , et dit S. Ambroise , Subitus ignis furoris plerumque nostram depascitur innocentiam : la dispute icy neantmoins n'estant que de l'eau , et l'embrasement continuel d'un chacun les nécessitant ailleurs , abbattoit tost le feu de leurs colères : les forçoit de faire soudain paix ou tresve , vuider de gorge leurs differens , ou comme Âristides et Themistocles furent d'accord de laisser leurs inimitiés aux montaignes pour aller à leur ambassade : ils estoient forcez de laisser au courant des eaux leurs querelles pour faire chemin aux feux qui brusloient, agissoient sans cesse et sans souffirir leur attente.
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Le charroy de ce seul remède se rendoH enfin libre ; ces eaux arrÎToient à port en si grande abondance au dessus des maisons militantes le long du canal, qu'à bon droict m § j?, Instit. de sertis prœd. l'Empereur Justiman appelloit flumen les eaux qui fondoient fluoient par les larmiers à bas des couverts y les chambres dont Ton abbattoitpar lesfenestres les fiâmes, estoienttost après humectées, mais tost après asséchées de nouveau ; les gens, les eaux, les feux, fat Ville, tout estoit en action et passion.
Trois de nos Isles Yulcanes commençoient d'estre traversées par eau y portée : on avoit frayé un chemin humide et frais à travers Pinfelice moisson des fiâmes croissantes sur les collines ou les bosses des bastimens atterrez et comme cela fendue la presse des feux par la descente et les marques de la Grand-rue, les bruslez y alloient cerchans les reliques et les places de leurs maisons mescogneûes , et renversées les unes sur les autres, jettans les yeux sur les morceaux des plinthes, tronçons des chapiteaux, desbris des comices et rustiques , pour y prendre leurs adresses , documens, et aboutissans : on n'y voyoit que charbons et tisons ; les anciens en usoient aux fondemens humides de leurs maisons, et pour bornes de leurs héritages»
Von le peut recognoistre en la loy 167, ff. de verb. signif. et dans Vitruve Boëce ; icy ce n'estoient que les limites dont estoit borné leur estre ou leur durée.
Alexandre le Grand allant aux Indes contre le Roy Ponis, fut allarmé d*une armée de Guenons, qui avoient dans leur forest drins des bastons de la longueur presque des picques, en main, croyant que ce fut une embuscade, et ce n'estoit qu'un gros desdits animaux qui imitoit son exercite : De cette veuë aussi on decouvroit sur un angle de deux parois subsistantes parmi plusieurs autres ja atterrées et couvertes de brasiers , une assemblée de chats de la Ville ardente , de noirs, de gris, de barricolez, mais tous des anciens (les jeunes
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aussi-bien que les rats estoieut morts en la bataille, et réduits en poudre, ou s'estoient laissez prendre au trebuchet, par les feux, dis-je) ils avoient ja leurs queues , leurs culs pelez comme des guenons , la peau toute tachetée , mais des attaintes des bluettes ; aucuns d'iceux ne se trouvoient plus revestus que du parchemin ridé , poursuivis par les premiers feux et de leurs maistres , par la crainte qu'ils ne les portassent où ils n'estoient encor, sous les licts et dans les fenieres ; ils s'estoient réfugiez là de compagnie de maison à autre au mioler et horriblement pitoyable rapeau les uns des autres, et tous des premiers fugitifs qui reclamoient leurs semblables en mal-heur si commun ; les feux les avoient investis par le demolissement de tout ce surquoy ils pouvoient grimper, passer à leur évasion , ne leur ayant laissé autre sortie que par leur précipitation dans leur petit enfer à travers d'un grand parterre de brasiers : Ce double rang de chats eschappez jusques là, et pressez les uns contre les autres sur ces deux murailles aboutissantes audit coing, siegeoient, se levoient haut en arcade sur les quatre colomnes de leurs pieds, sou£Qoient, se tournoient devant, derrière, selon leurs chaudes inquiétudes à ce les mouvans, mais avec des si farouches minois en leurs moustaches et poils grillez, au concert de tant d'hurlemens et miolers extraordinaires, déguisez par leurs organes ja falsifiées, qu'on eut dit avec ce talmud que c'estoit une assemblée de démons en guise de tant de petits monstres, qui de la presidoient à nos mal-heurs ; seulement ]eurs yeux paroissoient tels que des petits globes de feu.
 l'instant arriva la nouvelle funeste d'un Picque-pierre de nom et de faict, qui ayant voulu contre l'advis obstiné de sa femme, faire encore un voyage aux meubles , aux feux , la dernière maison de la Ville luy renversa ardente au dessus ; elle et luy proches de la sortie par la porte Royale n'en sortirent jamais plus : les rats pressentent la ruine d'un bastiment, et l'évitent par la fuite; luy, maistre masson
moins prudent {ignoscant defuncti dneres) et préoccupé des feux de son avarice s'y laissa attraper : ce dernier édifice que luy mesme s'estoit fait, quasi turris in Siloa quœ suos œdificatores contrivit, l'accrasa : il luy en advint ce qu'aux vers à soye qui se bastissent avec beaucoup d'artifice une maison , et l'ouvrage achevé, se trouve que c'est une prison perpétuelle, un tombeau pour eux, dans lequel ils bruslent ou demeurent estouffez : c'estoit luy , qui lors de la peste dont cette pauvre Ville fut aussi affligée Tan 1588, faute de lancette ou de rasoir, mit son charbon entre le tranchant de deux pierres, et picqua si fort de la troisième (dont il print aussi ce nom de Picquepierre) qu'il crevât, fit sauter le charbon à terre, et se guérit de la sorte de ce feu contagieux qui le brusloit; il eschappa celle-là, et ores après plusieurs voyages heureux à l'embrasement , presque tous ses meubles, sa personne, et sa famille sauvez : Enfin comme on voit les papillons bavoler tant autour de la lumière qu'ils y bruslent leurs aislerettes , il y brusla tout vif. Les Poètes après avoir descrit Hercule eschappé de mille hazards, entré et sorti mesmes des enfers sans brusler : à la parfin attrapé qu'il fut par la prinse d'une chemise envenimée, ou par sa femme qui la luy envoya, s'estant bruslé de rage surlemontOele, le tansent de témérité, dont celui-cy sans comparaison pouvoit estre blasmé ,
Nemo se tutè periculis offerte tam crebro potest Qtiem sœpe transit casus^ aliquando invenit.
Pour dire que tant va le seau à l'eau , et le Picque-pierre au feu , qu'ils y demeurent.
En mesme temps aussi la première des femmes du Sergent Major de la Ville {quœ in freto vixerat, moritur in portu) elle avoit évité tous les dangers d'un si grand embrasement, jusqu'à la porte ou au port, quand ladite dernière maison de la Ville ardante, une tempeste
de pierres bruslantes de ladite muraille fondit aussi sur elle et la fit mourir à lestoufée, mais si soudain qu'il estoit bien vray de dire ce que Thaïes Milesius en autre sens, Inter vitam et mortem nihil interesse ; car de la vie à la mort de celte bonne femme, et d'elle à l'autre qui a tost après succédé à son lict nuptial, n'y eut que cinq ou six pas d'intervalle, et seulement s'estoit perdue la voix des derniers accens de son congé fatal qu'elle venoit de prendre en ce sien patois (adiou ? à m'en vau , jamay nou sey tournou qu'ey nou m'adusan lou péé premié) que voilà aussi-tost la prophétie accomplie. Ce Bragmane qui allant à sa mort volontaire par la voye des feux, ou de son propre bruslement, ou pour user des termes de l'Orateur Romain, Ad mortem proficiscens Calanus Indus mm incideret in rogum ardentem et Alexander eum rogaret^ si quid vellet ut diceretf optimè, inquit, propè diemte videbo^ ne prédit pas mieux par cette repartie à ce grand Monarque la mort qui luy survint dans quelques jours après en Babylone, que cette defuncte bruslée s'estoit présagé, auguré la sienne aussi par sondit Adieu : car sur le champ où ces paroles finies, tirant en bas pour sortir de la Ville par le chemin de son refuge, elle sortit de cette vie par la voye de son trépas ; peu s'en fallut que certain de Fores-villes n'y fit le troisième, mais au bransle de ladite muraille, la peur, ou la grâce de Dieu le transporta en sursaut au delà du péril; il allarmat, avec l'épouvante de l'autre susdite femme, tout le pied de Ville : plusieurs des réfugiez au Couvent y accoururent ; on fit toute diligence de trouver et lever les deux corps , de l'authorité qu'il fut possible, comme du temps de Sainct Grégoire Rome bruslante manqua de Sénat, la Justice icy fut aussi , si sembloit, intermise : mais les trouvans tels que des anatomies qui se découvrent des caravanes ensevelies parmi les sablons bruslans du midy, ja réduits en momie, en noir d'Espalthe, ou ginllez , escarboûillez , sans ame et bonnement sans figure humaine : on ne fit que séparément
130 THOISIÈME JOURNÉE.
en veloper de couvertes leurs carcasses roslies , les venir prendre des Cordeliers et porter à la manière des moindres trespassez sommairement, mais dans le cloistre auquel par ce moyen se retiroient les vivans et les morts : on les y laissa voire plus que du temps canonique aux attentes de leur sépulture, ou avant que leur pouvoir rendre les honneurs funèbres, si grande estoit encor la presse des feux, des dangers , des sauvemens ou des pertes , des ruines et des affaires : Moriuo rege apud Persas, ignis quisacer dicebatur, extinguebatur donec funus esset absolutum ; Diodor. Sicul. en fait la remarque : ainsi Alexandre le Grand fit esteindre les feux pendant les funérailles d'Ephestion : on eut volontiers fait les obsèques des susdits trespassez, bien que de basse estofle, avec cette observation là, si pendant leur pompe funèbre on eut eu ce relasche de l'embrasement; ce bien que tous les feux de la Ville fussent esteins ; mais on ne le pouvoit plus espérer que du Ciel.
Ces deux là doncques furent despeschez de ce monde en l'autre pour y porter de si déplorables nouvelles à certaines âmes de nos defuncts concitoyens , autheurs et jadis les maistres d'aucunes des maisons et richesses bruslantes : Âmes lesquelles encor parmy les peines de Purgatoire, ou dans les fiâmes de la Justice divine, à nous invisibles, n avoient veu nos feux en la présence de Dieu, de laquelle ils n'estoient encor bien-heurez, ny en notice d'iceux par communication des Anges : Ames encor, lesquelles vray-semblablement pouvoient estre curieuses de le sçavoir pour Finterest qu'elles y avoient en l'appauvrissement de leur Postérité et bien-facteurs , et perte de quelque fondation de légats pies à elles Ames par elles mesmes laissez avant leur trespas , Fatendum est enim , dit le droict des Pontifes, cau8. 13. q. 2. quod tiesciunt mortui, nequidem boni qui adhuc sunt in igné Purgatario, fcùm nundum fruanlur visione DeiJ quid in hoc mundo agatWy sed postea per mortuos qui hinc ad eos
TROISIÈME JOURNÉE. iSi
movendo pergwtt , sciunt et audiunt non quidem omnia sed quœ illis ab eis audire et scire permittuntur et quœ mortuos referentes recordari licet , aut per Angelos qui présentes sunt rébus humants.
A lentente de cette nouvelle , bien que la mort soit terribilinm , terribilissimum , dit Aristote 3. œthic. en lieu neantmoins d'estonner les bruslez, elle ne laissoit d'eslre indifférente, voire enviée par aucuns d'iceux qui en eussent fait le chois, ou que ces jours sicalamiteux, les derniers de la Ville ardente, fussent aussi les derniers de leur vie, que de survivre languissans à tant de raal-heurs, ef aller tousjours mourans de mille morts mentales seulement. Pausanias met en avant une loy nulle par nos loix, pour estre impossible de nature, par laquelle il estoit défendu aux malades de mourir dans l'enclos du Temple d'Esculape et de son boccage en Epidaure : l'Empereur Caracalla y fut mesme sujet dans le Temple de ses Esculapes, dans l'enceinte, dis-je, de ses Médecins, qui ne le pouvoient faire vivre, ny le laisser mourir, quand il s'escrioit, quam miserum est^ vellemori et mori non passe : Il sembloit que cette sanction prohibitive de la mort en ce lieu là , le fut aussi dans le pourpris de nos feux pour certains susdits malades d'esprit de l'affliction de leur bruslement, ils en seroient bientost venus à l'exclamation de ce Souverain malade.
D'autres neantmoins accreurent tellement leurs autres frayeurs à cette funeste nouvelle , que si la Parque fut ja errante par tous les carrefours de la Ville, par les feux, par les avirons au ravage des autres bruslez , ou cachée derrier chaque muraille ardente pour la renverser sur chacun d'iceux. La mort du susdit Philosophe Indien donna de l'admiration à tous les Gentils, à Ciceron mesmes. prceclarum (disoit-il encor) discessum è vita , cùm , ut Herculi contigit , mortali corpore cremato , in lucem animus excesserit : la mort de ces deux là donna plus de l'estonnement à ceux-cy.
Les heures nocturnes approchantes bonnement sans obscurité , ny
13â TROISIÈME JOURNÉE.
ténèbres, esclairées de l'incendie, rendoient tousjours toutes choses plus funestes et plus tristes : celte nuicl ne differoit des autres deux, que parce qu'elle faisoit la troisième ea la continuation du bruslcmenl, et de ce que s'y estoit passé, et par des plus grandes résistances et extinctions qu'on y rapportoit, au moyen de l'abondance survenue desdites eaux, par la diligence aussi de desenterrer des brasieis , ouvrir et vuider les crottes et réduits secrets.
LE lendemain encor presque pareil , nous pensions d'abord découvrir au Ciel quelque signe de paix, leur sérénité, beauté et grâce ordinaire : ou bien le voir couvert de secours et remède pour nous, ennuagé de pluyes antumnales, ou des grandes neges de nos hy vers , mais il n'y parut pour lambris que les feux et fumées de l'embrasement de nos maisons , et le Prince des Astres qui nous regardoit d'en-haut, comme par une fenestre ronde, tousjours tout enflammé , tenant ses rais cachez. La Ville ardente , ça-bas paroissoit plus que jamais défigurée : les habitans par les rues de feu , tous estranges : la jeunesse en apparence toute envieiUie de tristesse : ceux d'iceux qui y suivoient l'attrait , en faisoient rejaillir telle espèce de poussière blancendrée, qu'on les y voyoit tous en barbes blanches et cheveux si chenus en leurs couleurs (avec ce que l'excès de fascherie et de fatigue ternissoit leur teint et ridoit leurs grimaces) que si c'eut esté une peuplade d'octuagenaires ; une Ville blanchissante de vieillards ; la meilleure cité du monde , par la mesme raison qu'un Philosophe de ce enquis par Pyrrhus Roy des Epirotes, disoit estre Molerde (lieu de douze cens feux en Achaye) à cause que tous les murs sont
de pierres noires , et tous ceux qui la gouvernent ont des testes blanclies. La face de cette Ville se presentoit voirement telle; les murailles y estoient noircies , mais de nos fumées : les testes blanches plustost (le la poudre et des cendres de la Ville bruslée, que des vieillards, en estant vefue, noircie de dueil, et fort clair semée par tant d'affaires ou de calamitez , dont elle a esté affligée ce sien dernier siècle.
Plusieurs n estoient ja si abbattus de voir jusqu'à leurs deux, trois maisons changées en foyers, qu'ils estoient accablez de douleur aussi-tost qu'ils ont découvert leur dernière espérance, comme l'attente des Chimistes, réduite en fumée : leurs richesses de celles de la caverne de Cezelius Bassus, chimériques: les cavernes mesmes, je dis leurs secrettes éventées, perdues ou comblées de cailloux ardens, avec ce que de leurs autres denrées ils yavoientaussi resserré, comme en asyle et lieu de sauveté, et y ont veûes en poussière, consumées plus que si mesmes ils se fussent peinez de choisir les feux les plus actifs à leur défaite et combustion , ou que si le desespoir les eut portez à immoler le tout aux plus cruelles fiâmes.
Aucuns neantmoins par leur extrême diligence, ores secondée d'eaux et d'amis y accourus , tiroient encor de parmi les ruines et l'attrait plusieurs choses, mais ja déformées et amoindries de leur valeur : mais la larme à Toeil à l'aspect de leur dégast , quelque tapis de chasse comme rostie toute vive dans les forests de sa représentation : qui des noms , des obligations actives pupillaires , cassées et annuUées par les feux, qui en avoient emporté , falsifié la lecture et les seings, des cottes de taffetas changeant, et autres choses si changées par l'embrasement , que l'argent Test en azur, et le plomb en ceruse, par les hqueurs ou matières aigres, et le feu; on en a sorti qu'il n'y restoit que les bandes et lisières attelées , ou tenantes par quelques eschantillons du fonds de l'estoffe; des beaux grands plat-bassins, lesquels (comme ces trépieds qu'Homère apelle «jn>o»ç,
conservez, dit-il, exempts du feu pour appandre au Temple des Dieux à cause de leur beauté) on resorvoit icy pour servir d'ornement aux maisons, d'honneur aux baptesmes, de parure et embellissement aux Paradis et aux Autels , estoient ores tout défigurez. Je tais des Biblioteques , le bruslement desquelles ne cedoit pas à celuy de celles si fameuses d'Alexandrie sous Gesar, et de Constantinople , sans parler non plus des cours des loix réduits en forme de vieux parcelaires, des Docteurs tous fumez : tout exprimoit en soy la rubriche au Gode de Incend. min. et naufr. gasté à quelque endroit par la fumée et le feu ; froissé par la ruine et tempeste des maisons , laquelle leur avoit donné dessus; fondu, souillé, destrampé, cuit ou submergé dans l'eau des esteignemens, les destrampis de la chaux, les cendrées et autres meslanges que causent les embrasemens : des habits mesmes des Diables de l'histoire de la Passion en sortoient tels que s'ils eussent trainé par toutes les voiries , pour ne dire pas les enfers : habits lesquels on gardoit pour anticailles et mémoire de ceux qui en avoient dignement joué les personnages (13) : en souvenance aussi de cet stratagème ; Un surnommé Hugonis convenu en action réelle, ayant succombé en ce Siège : en l'instance d'appel voyant qu'il ne pou voit éviter le bien jugé avec sa suite , pour ne perdre sa cause il gaigne les grandes feries, et pendant icelles , un jour qu'AUois Ocel l'intimé labouroit la terre auprès de Plamveimet ( lieu les Briançon , fort solitaire et célèbre en ce que le bruit est que le Sabbath s'y est autresfois fréquemment tenu ou l'assemblée et danse des Sorciers) ledit Hugonis sort de ce bois touffu , revestu qu'il s'y estoit de ces susdits habits de Diable, et court de furie, ne respirant que feux et fusées contre ce pauvre Laboureur sa partie, tout esperdu et plein de surprinse : et fort robuste, et grand qu'estoit ledit apellant, il se charge l'intimé sur le col, puis comme s'il l'emportoit en corps en ame, proférant d'une grosse et profonde voix déguisée, cette menace,
Si contre Hugonis Vinjuste plaid quitter Tost tu ne fais , je te porte en Enfer.
Il court de grande vitesse comme une furie vers la route aux précipices voisins, à tant que le bon-homme prenant l'appellant pour un grand Diable infernal, ravi, alloit criant comme un perdu, miséricorde et respi pour quelques heures : Soudain ce Diable le lance tel qu'un fagot à terre, et disparoissant de sa présence , se tourne jetter dans la forest, se métamorphose en Hugonis invisible à sadite partie, par la reprise de ses propres habits et figure humaine, et du chemin de la Ville par autre voye que celle qu'il luy vit tenir, et se trouve à la porte Meane quand le mesme intimé plein de frayeur et à grosse haleine y arrive, le prie, le somme de sortir d'affaires; et Hugonis dissimulé s'eiiquerant du sujet pourquoi, luy sans pouvoir qu'à peine repartir, requiert au premier Notaire qu'il trouve non gueres loing de là, actes comme il offroit de passer tous actes de despartement et quittation à l'appellant du procès qu'estoit entr'eux. J'ay depuis esté consulté sur les moyens d'estre relevé de la transaction par les héritiers dudit Ocel s'estans aperceus de la fourbe, mais l'embrasement les en a refroidis par le dépérissement des papiers et des preuves, et aussi le nombre des Hyvers ensuivis.
Les eaux qui entroient dans les caves et concavitez de la Ville, y faisoient des petits lacs, lesquels tout-ainsi que la Mer à Missene et es avirons de Mylès certain temps de l'année, poussoient au bord et au dessus, des pattes, des lambeaux des choses bruslées: les débris des naufrages avec du fient et semblables excréments, qui boûillans et petillans , exhaloient une odeur si puante que si on y eut establé, non suivant les fictions Poétiques les chevaux du Soleil; mais les porceaux et autres animaux plus infects.
Les trois premières nuicts ardentes Vulcan et Vesta festinoient la
QUATRIÈME JOUKMÉK. 137
Ville : on n'y voyoitque rôtisseries, quaprests^que biscuits, quinl'essances : consumez, et viandes à Testouffée dans des grottes comme dans des rafours sous des maisons brusiantes : mille marmittes bouillantes, tous les fours et cuisines cuisoient, ces faux Dieux mettoient tout bouillir à la fois toutes les provisions des années passées, et de la présente et de tout un monde , les loix Lucinia et Julia , faites contre le luxe et superfluité des festins , n'estoient point en observation parmi eux, ils estoient si horriblement splendides, que pour flambeaux les sales mesmes et les chambres, de la Ville estoient allumées. Certain Empereur aux funérailles d'un sien amy Ephestion, bruslaplusde cinamome et de l'encens que n'en produisent en une année les terres, les forests encensieres de l'univers; icy les boutiques entières des Apoticaires embrasées, leur servoient d'encensoirs à exhaler les odeurs de l'encens , du baume et de tout ce qu'estoit de plus odoriférant; ce n'estoient lors que feux, parfums et fumées, que poudres de senteur ; les bruslez estoient tous du festin. Alexandre le Grand invité à souper par un sien amy en Hyver, se plaignoit qu'il n avoit fait apporter à la sale qu'un petit foyer, sur lequel n'y avoit que bien peu de feu; nos susdits invitez se mouroient de mille regrets, de voir tant de foyers et de feux, au contraire de ce qu'E venus dans Plutarque disoit, que la meilleure sauce du monde estoit le feu, ils trouvoient , et nous, que c'estoit l'eau pour l'esteindre : pour suffoquer leurhoste, lequel (au dire des Poètes, le bruit du feu est le ris ou menaces de Vulcan et de Vesta) rioit, sifiloit ses invitez , comme le susdit Roy de Carthage son hoste immortel, de ne s'estre pas mesme repeus du leur, ou que des odeurs et fumées; et si faisoit à chacun d'eux payer son escot au prix à aucuns de tout leur vaillant, à d'autres de plusieurs mille escus, et enfin glotton {ignis edax rerum) devoroit les tables, les mets, les tonneaux et les caves, les sales et les maisons toutes entières, voire la Ville et ceux qui estoient du
festin ses citoyens, s'ils n'eussent tost vuidé les places assiégées et se fussent retranchez chez les plus hauts habitans qui dévoient estre de la dernière table, ou dans les maisons d'iceux réservées pour le dessert.
Homère raconte qu'aux nopces de Medée chez Apolonius, au chant des Argonautes , tous les Dieux furent appeliez sans en oublier un seul : a ce banquet desdites trois premières nuicts sembloit que tous les esprits malins fussent invitez ; il n'y manquoit pas d'ailleurs non-plus qu'aux convives des Antropophages , des chairs humaines rosties , grillées de l'un et de l'autre sexe : et ainsi qu'à ceux du Médecin Pasetés à la parfin tout disparoissoit de la présence des honunes y s'en alloit en fumée , ou cooune il advint à Néron estant assis à table à Sublac , la viande fut frappée du tonnerre et sa table ren veinée : tout renversoit les tables, et les maisons foudroyées de l'embrasement.
Mais ce jourd'hui la cuisine générale estoit bien différente, il y cuisoit des pierres, des clous, des carreaux d'acier, des chiens, des chats pelez; on trouvoit des vaches grillées toutes entières, des chapons rostis : un encor tout vif, volant conmie les oiseaux Caristiens, ou qu'une Pyralide à travers des fiâmes, dés son jucher tout fréchement prius des feux au dernier quartier du Chasteau, en bas par les ruines , par la descente des rues embrasées sur la teste des spectateurs, si efiTarouché en son vol à plein midy , qu'il ne se laissa jamais prendre ; son plumage reluisoit bonnement si fort que des oiseaux d'Hercynie, in Hercynia Gennaniœ saltu, dit Pline, inusitata avium gênera aepimus quorum plumœ ignium modo colluceant noctibus : ses yeux estoient tels que du Cocuïo (oiselet de l'isle Espagnole , dont les Haïtrens se servent pour s'esclairer, et y voir marcher la nuict par le bois) pour dire qu'ils estoient grandement estincelans ; enfin à défaut de son vol , il alla fondre sur un grand
brasier, y finit son ame, son corps, sa vie, et tout son estre: Ainsi sacrifié à Yulcan, que à Esculape le coq que Socrates mourant légua par son testament , lequel depuis on sacrifioit brusioit à ses autels.
Nulle autre besle vive en la Ville bruslante ne parut, l'espace des airs aorne, je veux dire jusques plus haut que du vol des oiseaux, leur estoit fermé par les fiâmes, fumées, ardeurs et senteurs: Les eaux n'estoient pas encor de leur cours naturel arrivées au pied de Ville , retenues par le grand nombre des premiers puiseurs : les reliques allans perdues par les concavitez et ardeurs soustereines, arrestées aussi comme en petits estangs ou bains chauds, tenans de la senteur prédominante du soulphre bruslé dans des boutiques, ou causée, ainsi que par les torrens, par les débris et ardeur de la tempeste des pierres des bastimens, lesquels fondus les uns sur les autres, de leur estenduë et bouleversement avoient comblé la granruë, et tellement aplani Tassiette d'icelle par où elle estoit penchante , qu'il sembloit plustost que le haut eut calé pendant ces vacarmes, et qu'il n'y autre inégalité que des bosses et montuositez des maisons fondues : D'oùprocedoit que ceux du bas quartier de la Roche n'ayant que peu ou point d'espérance ou de soulagement esdites eaux si distantes et tardives de nous à eux, ou d'un cours, accès, conduite, et port si difficiles , aprehendoient encor si fort un plus grand débordement de leurs feux lors en leur cryse, ou plus grands que les nostres, lesquels estoient en leur déclin; ains soit quelque orage nouveau excitatif d'iceux , qu'ils avoient fait tout-plaîn de brèches es bastions de la Roche , pour delà jetter hors la Ville par les petites plate-formes et rochers descendans en Durence, tant de meubles qu'ils avoient escartez des feux par le cloistre , cimetière, et autres places par là moins asseurées , postposans le débris qui s'en feroit par ces escueils et lieux precipiteux, au danger de leur totale combustion.
140 QUATniÉME JOURNÉE.
Tout autrement ceux à qui les feux avoient pardonné, ja ennuyez des trois mauvaises nuicts qu'ils avoient eues, campez sur la dure par la campaigne, au devant de la Ville, portez dailieurs avaris ignibuSj d'un excès d'avarice de tenir le marché curieux du landemain , tournoient ja charrier leurs danrées et leurs licts dans leurs maisons : là où des plus sagement aprehensifs tenoient encor tousjoui*s débagagé , sauvé jusques au bois à brusler, et aux biens de dernière traite, murmurans avec aussi les porteurs des sauvemens tirez des cachots à chaque rencontre des contraires porteurs, qui comme il advint à Persepoly en Syrie, où tandis que les soldats du camp charrioient des eaux pour esteindre les feux, le Monarque susdit et les autres de sa Cour portoient des flambeaux et matières combustibles pour les allumer, et brusler ces superbes bastimens; en lieu aussi de transporter, rapportoient des matières de feu en une Ville ardente , et leurs biens aux maisons si voisines des bruslantes , et plusieurs fois plus dangereuses par leur architecture et voisinage de tant de feux, qu'elles n'estoient à l'arrivée de l'incendie, loi*s qu'à ceux là mesme , terre et temps manquoient de la haste qu'ils avoient de saccager tirer à l'impossible , loing de là leurs propres édifices : lors une maison embrasée leur donnoit plus de la terreur qu'ores les trois quarts de la Ville allumez.
Les feux commençoient ja voirement de s*affoiblir, céder au jour et à la nuict, et les nous laisser recognoistre parmy eux; ils alloient neantmoins encor presque du pair, si que la continuation de l'excès insensible de travailler au sauvement d'une Ville embrasée, le concours de tant de maux et de lassitudes, avec les dangers de la nuicf tousjoursplus grands que du jour, ayans fait retirer les personnes des rues es lieux de repos ; on estoit contraint faire des rondes avec baft^ tement de marteaux aux portes des maisons pour y tenir en esveil les gardes ; pu les confidens des propriétaires d'icelles , pendant que
partie d'iceux estoit aussi de garde de leurs sauvemens par les lieux de refuge , contre le danger des larrons de la plus damnable espèce que Tenfef ait peu produire que ceux qui commetent leurs larcins dans les calamitez et la confusion d'un embrasement.
Un silence plus grand de tant de personties retirées cette nuict, et cessation du fracas qu elles menoient les précédentes par les carrefours, rendit la diversité des feux, des ruines, des eaux, de l'embrasement, et tout ce charivary d'autant plus horrible, qu'intelligible, et cette solitude tousjours espouvantable. Les nuicts, signamment d'hy ver, semblent estre es temps de sérénité, plus serenes et plus claires icy qu'en plusieurs autres contrées , causant l'assiette du lieu haut eslevé , constitution des montaignes , pureté de Tair, plus diaphane, candeur ou esclat du paysage blanchi de nege; et de la sorte qu'une chambre lavée ou plastrée à neuf, paroit plus claire en pareille clarté qu'une noircie d'antiquité ou de fumée, il en est plus esclairé par le bril des neges, repercution desdites clartez lunaires: et es nuicts d'Esté aussi, par les réverbérations et renvoy des niesnies clartez retenues par les prochaines montaignes exposées à l'esclat de la Lune dans l'enclos de cette vallée, ainsi que dans un miroir ardent et par juxtaposition des ombres non gueres esloignées, et comme cela plus opaques et plus sombres, qui font paroistre leur contraire de plus grand esclat. Le grand luminaire nocturne de l'univers , jamais neantmoins en sa plénitude, ou es nuicts de sa plus grande splendeur, par ses lumières d'emprunt les plus belles, n'esclairat si fort que ces feux brilloient êncor par les Soleilloirs de la Ville restante : ils en estoient si enluminez, que leurs paroîrs sembloient crespies ou incrustées et couvertes de feuilles d'or bruni : l'ombre figurée de leurs balustres, parebandes, ou râteliers bien formée et d'une obscurité parfaite à merveilles : toute lettre lisible dans lesdites chambres les plus estoigoées , et à d'autres du voisinage des feux , bien que non
autrement touchées d'iceux, on y eut fait cuire des œufs et bonnement boulir des marmites des ardeurs y engoufrées , si de temps en temps, coup à coup on ne les arrousoit d'eaux, tapissoit, t)attoit de couvertes mouillées.
L'antiquité considérant te climat, la disette du bois à brusler, la rigueur des hyvers , le long séjour des neges et froidures , avoit esté nécessitée de recourir au Ciel , et (comme on feint que Promethaee y fut prendre le premier feu duquel ont esté allumez tous les autres du monde) en attirer aussi le Soleil par ses rayons, puis le retenir en la Ville :ry recevoir habitant et domicilié, ayant disposé et basti le haut des maisons en forme de théâtre pour mieux voir ce beau spectacle de l'univers, le Prince des Astres, avec la Royne, et les Estoiles, courir leurs lices célestes , paroistre sur toutes choses , et ores s'eclypser, pour en tirer aussi et percevoir des plus sensibles bénéfices et commoditez, qu'il ait accoustumé d'influer et communiquer aux mortels : II luy avoit expressément dressé sa chambre privée, qu'à ces fins ils appeloient Soleilloir par les maisons au plus haut estage, et lieu plus à 1 abry et plus susceptible de ses feux : du costé où moins donnoient les vents si importuns en cette contrée dans ces chambres solaires; ce bel Astre reposoit en passant ses clartez, ses feux tempérez, sa beauté, sérénité et splendeur dés son Orient ou arrivée, jusqu'à son despart plus tardif d'icy que plusieurs autres lieux, en laissant l'usage aux Citoyens pour y desecher les lessives, grains, bois : y faire leurs faciandes d'hyver; jouer, passer le temps en sa présence et à sa lumière, leur rendant le froid et les saisons hyemales plus tempérées, beaucoup moins rudes et dispendieuses ; y servant à chaque habitant comme de feu particulier de poile ou de chaufepanse (14).
Un embrasement nouveau pour sérénades de ceux de la feste de Saint Crespin, nous fit encor entendre quelques tocsins au rappeau du monde à la place au Temple, où le feu s'estoit prins de nouveau à
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l'enseigne des trois Maries par un lict y demeuré de reste : Il sembloit devoir recommencer le ravage et bruslement de celte bande d'autres logis y tenante : Trois hostesses qui prenoienl haleine, assises au haut de l'escalier, iceluy venant à manquer et fondre , demeurèrent haut suspendues sur le 45. degré de leur élévation, ou situation, pensentes y périr de plusieurs morts à la fois par la veuë d*un grand et si soudain précipice à leurs pieds : du bruit espouventable de ces ruines : suffocation de la poussière et de l'air pressé et des feux nouveaux au derrier : elles furent tost secourues et retirées du milieu des dangers, mais le secours vivement repoussé en ce qu'il presumoit d'abattre et combler le reste du mesme logis pour estouffer l'embrasement nouveau , à ce qu'il ne se print aux autres. La cause sans comparaison du premier ou second Temple qui fut oncques basti, ou des Advocats plaidans par devant le Roy Ptolomée, l'un le demolissement, l'autre la subsistance ; celuy qui succomberoit, estoit ja avant que plaider, condamné à mort, ne fut pas soustenuë plus ardamment et avec tant de péril, que celle pour la défense et protection de ce logis au Temple, car la fureur portoit bien avant les hostes voisins par l'aprehension de leur embrasement secutif , ou que ce feu nouveau ne dévorât un logis après autre contre le pouvoir de tous autres remèdes qu'on y auroit peu rapporter.
Le bransle des sonnettes par la Ville se dansa d'un autre air ce soir que des années précédentes ; les gardes des maisons , veillées , et les dormans furent plus allarmez de ce seul petit embrasement d'un lict que de toute cette grande estenduê de feux lesquels s'alloient consummans au reste des Isles infortunées presque toutes abandonnées et livrées à leurs fiâmes.
LES marchez se tiennent le Jeudy; THyver ils sont icy comme des petites foires , mais de menu commerce, par le grand abord des villageois qui y fréquentent , mieux pour lors que jusqu'à quatre mille en sont absens , et par des pays loingtains ; qu'en Esté qu'ils sont avec nos harondeles presque tous de retour, mais retenus chez eux en plus grand nombre, par la presse des terrémens , transailles , routes, reconduite des eaux , et autres espèces de labourage, leurs terres avancent leurs fruicts et moissons plus et plus vite de jour à autre qu'es platpays , ores que plus-tard ; ains soit d'autant plustost que les plus belles saisons sont plus tardives , courtes et précipitées . Ce Jeudy neantmoins , ores que les montaignes fussent libres, peu de gens estoient venus au marché; ce peu de Ville estoitplus vuide, ores que tout y fut réduit, qu'es jours de son entier, qu'il n'y avoit que la moindre partie; les uns pour avoir eu en horreur de venir de leurs Villages voir si grands mal-heurs, telle désolation : les autres possible de craintes d'y estre commandez en des actions périlleuses , ou rendus participes du blasme qu'on donnoit à aucuns , qui signamment lorsqu'on s'empressoit au concours de l'embrasement et des
orages à dégarnir les maisons , s'estans glissez parmy ceux qui nous estoient venus en amis, parens et bons voisins secourir, faisoient aussi des bons valets , sauvoient les biens des mais très tant qu'ils pouvoient des feux , mais si bien que , quel nombre de flambeaux qu'il y eut en une Ville si allumée pour les esclairer, ils ne les voient jamais plus : ils disparoissoient lors comme des invisibles de leurs présences , pendant que leurs esprits estoient distraits et occupez à tant de parts , de personnes , de choses , et d'affaires si pressans , à remuer tout une Ville; avant, dis-je, qu'estre recogneus eux et les charges des biens qui leur estoient commises aussi inconsidérément qu'à la haste et sous la foy publique.
Des villageois venus au marché tanquam in forum Vulcani , il y en avoit de si pitoyablement munifiques, qu'ils alloient cerchans leurs parens bruslez, et avec des souspirs, des larmes de compassion à leur première entreveuë , leur faisoient des petits presens selon leur portée, à qui de quelque chemise et bonet de nuict, à qui des linceuls, des œufs , des légumes et semblables menus secours fort opportuns en si soudaine disette et famine générale impreveuë.
D'autres se rendoient aussi recommandables par les autres bons offices qu'ils rapportoient fidèlement au bien de la traite des meubles des cachots de ceux qui d'aprehension en les essorant si tost, d'y recevoir quelque eschet, avoient jusqu'à ce jour souffert l'impatience d'en avoir l'ouverture; certain neantmoins habitant de la Val-des-Prez, qui aidoità découvrir nos deux petites grottes , se jactant de pouvoir arrester par charmes le feu de l'embrasement; on attendoit de luy les merveilleux effects, dont on exaltoit Gaupona la Royne des Sorcières dans Âlpulée, Est divini potens, cœlum deponere et terramsttspetidere : fontes durare: montes diluer e: sydera extinguere; pour dire que si elle sepromettoit d'esteindre les feux célestes , tarir les fontaines, applanir les montaignes ; que ce seroit bien au pouvoir d'i celuy d'es-
toufer les feux de Tembrasement, ou faire venir à suffisance d'eaux pour les esteindre : on presumoit que ce seroit de ceux, quos constant. Cœsar in L 6. c. de Malef. et Mathem. lib. 9. tradit magicis artibus élément a turbare, qu'il troubleroit les feux, emousseroit leur pointe , leur osteroit la vertu d'adustion ; ou comme un autre Ârnuphis Philosophe Egyptien aux Romains réduits, aussi-bien que nous, à une grande disette d'eaux; il feroit à l'instant ramasser, distiller et espraindre les nues à Teffect de ladite extinction ; suivant doncques le conseil de la loy eorum.4. C.Eod.nulli8,cnminationibusimplicanda esse remédia; nous sans y rapporter autre empeschement , nous laissâmes aller à cette curieuse attente : le susdit doncques commença d'amuser la compagnie , et travailler à Teffect de ses belles promesses d'un tel remède gênerai, quoy-que si tardif, mais en ses Ignispices, autres que de l'invention d'Amphiaraus, en ses façons de faire et cérémonies, on l'eut prins pour un Sacrificateur d'Apollon Lycée, et qu'il en effectuoit l'oracle rendu aux Sicyoniens , lequel pour conjurer les loups qui gastoient leurs troupeaux, leur dit qu'ils regardassent où il y avoit une poutre gisante à terre et secho etc. Car celuy-cy se print à jetter l'œil sur un grand poutre tombé d'un plane et gisant à terre : et du costé qu'il n'estoit encor embrasé, il alloit faisant teste nue, tantost de l'ongle , tantost de la joincture du pouce en marmotant , des croix et autres caractères, d'un sérieuse, triste et fort attentive grimace , avec des inspections coup-à-coup et mauvais regards aux feux de l'embrasement qui estoient de cet aspect , pendant que sa femme et d'autres par forme d'aides , portoient à belles brassées ce que de nostre meuble on avoit tiré hors des grottes ; mais tout-ainsi que les Mages de Perse ayans voulu faire à croire à Isdiberges, que le feu qu'ils adoroient parloit; ce Roy découvrit que c'estoit un homme qu'eux avoient enterré, caché tout vif dans une fosse sous l'Autel du feu, leur Dieu , dont il les condamna tous à mort, à jetter au sort de
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dix en dix, Thistoire en est dans Niceph. Cal. lib. 14. Hist. Eccl. c. 18. Nous trouvasmes aussi que ce n'estoit qu'un trait de mattois sans y recognoistre autres effects ou finesses de cette magie, sinon que le soir et à Tabsence du prétendu Magicien on s'apperceut que le diable , ou quelque autre pour luy, en avoit emblé, emporté un balot, vray-semblablement pendant que les spectateurs amusez à Tattente de quelque merveille avoient manqué de prendre garde à certain des porteurs moins curieux , qm estoit sujet de se manquer de porte , ou au port à un lieu pour autre : Deux femmes de la mesme vallée , lesquelles estoient en ayde à l'un de ceux qui tournoient ja réduire dans la Ville , après avoir fait le voyage de la colombe du déluge , firent puis celuy du courbeau , elles estans de retour aux meubles hors la Ville, y arres* tarent autour d'un pot d'environ quatre esculées de noix confites , y joûarent à la dernière; le maistre, surnommé Imbert, sortit comme Noël de l'arche du déluge de sa maison sauvée de l'embrasement, et les alla trouver sur le faict; elles sentoient jà la canelle, et si alloient faisans le miel et la cire comme des abeilles, et eut bien-tost fallu erier au feu, tellement le corps du logis de leurs personnes estoit enflammé , signamment au dedans la cuisine de leur estomach , et par leurs sale-basses.
Laissant à part autres semblables traits de passe-passe : on voyoit découler des yeux de certains bruslez, des larmes mipattiesdejoye et de tristesse, et sortir du profond du cœur dessouspirs et des eslans d'aise en la découverte et ouverture de leurs petits et profonds cachots sains et sauves; mais merveilles qu'ils eussent tenu bon, et l'antiperistase du frais y reserré si petite et neantmoins si résistante! puisque sous la charge de deux picques d'hauteur d'attrait de brasiers et de fiâmes, et ensevelis de toutes parts dans semblables matières si ardantes ja des quatre premières nuicts , qu'ores qu'à ce iour on y eut fait fluerde l'eau du canal, voire versé quantité de seaux, on ny voyoit
que résoudre, pétiller, liquéfier et bouillir des pierres, (liquescit et lapis Pyrimachus ut stillet et fluat , càm ab excellenti igné tangitur, Âristote le tient, et aucuns que ce sont pierres à feu) le pays en produit d'assez bonnes : J'ay aprins qu'il y a aussi en la cité de Gaystre en Negrepont des pierrières, où s'en trouve de telle nature, que passées par les fiâmes il s'en peut faire du filet, tellement elles se ramollissent et peuvent subtiliser; il serabloit que toutes pierres y boûilloient comme celles delaVchaux dans leur destrampis, mais de telle fougue qu'enfin on fut contraint de détourner les sources et planchers d'ais par où il falloit passer pour n'y brusler des pieds. On admire les neges quinefondentpasmesmesen Esté, au coupet delà montaigne d'Ethna, tant elles sont hors du danger du feu , quoyque prochain ; le frais des grottes estoit encor plus admirable par l'antiperistase , d'avoir si bien conservé le tout, qu'on eut le contantement d'en voir sortir, comme du profond de l'Océan de nos feux, du papier aussi-blanc et meilleur que jamais: un pourreau demeuré seul des y plantez dans le sable, aussi verd et frais que s'il sortoit du jardin, ou que le fruict du corail verdoyant au plus profond de la mer , y croit et demeure en sa mollesse, Mathiol. in Diosc. un. S. Hierosme avec la sortie de son lyon , fait autres fois es heures de récréation, aussi naïf que s'il sortoit de la caverne de quelque désert habitable, le noir d'espalthe dont il avoit esté glacé et tout le colori en ses carnations, les cendres d'azur et autres couleurs^ des esloignemens du paysage et de sa chapelle, nullement fumées ny ternies; mais comme le Ghrysanteme ne se fane jamais , ains recolore sa verdure aux plus cuisantes chaleurs, aussi-bien que l'Âgerate, elles se retrouvoient aussi fraisches et vives (avec ce que couchées à la Vénitienne, fort espesses) que si seulement l'œuvre partoit du pinceau ; de voir ainsi sortir de cette grotte ce S. personnage , ores que ce ne fut qu'en peinture , se battant d'une pierre l'estomach, les genoux au pied d'un Crucifix, et en estât d'un si austère
pénitent y cela avec tant d'autres pitoyables objects mouvant tousjours plus les puissances, donnoit dans le cœur, renovoit les doleurs comme si ce ne fut plus en tableau, mais à escient , d'horreur de cet embrasement : de terreur et d'admiration de la grande Majesté Divine ces grands jours : ou que cette prière, Sancte Deus! Sancte Fortis! Sancte et immortalisa miserere nobis; résonnât du palais de sa gorge au retentissement de sa poitrine, battue, dis-je, non d'une pierre figurée , mais telle que si tirée de nos ruines , si saine que la pierre que les Grecs appellent àpuxîvrov, laquelle ne brusle et ne souille jamais au feu, ains en devient beaucoup plus belle: Prière qu'on avoit quelque temps auparavant le biiislement, commencé et cessé de chanter le soir dans l'Eglise S. François.
Mais demeurant au récit de l'ouverture des cachots, ceux qui avoient eu l'entrée de la caverne (ainsi 1 appelle-je, puisque plus dans le roch que dans la voûte du voisin , oublians tous mal-heurs y arrestarent autour d'un monceau de pommes , les croyans d'abord n'estre plus que celles de Sodome et Gomorrhe , ou qui croissent autour du lac Âsphaltide, à l'aspect voirement belles et délectables, mais à l'entamer que poudre , cendres et fumées ; et tout autrement elles furent trouvées si saines , belles , bonnes et bien aprestées de l'embrasement, qu'on n'en pouvoit sortir ces mangeurs.
Aux ruines de la Gran-ruê , on trouva aussi et exposa en public par merveille, des pièces d or toutes autres et que ce qu'en tiennent les metallistes ; ils asseurent que l'excellence de l'or parmy les métaux, est qu'il se rend indomptable au feu violant , et n'en déchoit rien , non-seulement quand il ard, fut-il bien mille ans dans le feu, mais aussi quand on le purge avec les mixtions qui sont propres à cela : rerum uni^ dit Leononus^ nihil in igné dépérit, tutus inter incendia, rogosque durante materia: quinimo? quo sœptus arsit, magis proficit ad bonitatem , aurique expérimenta ignis est : Et si est-ce
qu'en l'or mesme , la contraire experiance nous fit voir, qu'une quadruple d'Espagne (le Consul l'ayant laissée tomber par inadvertance, lorsqu'on la consideroit, sortie de l'embrasement) alla en tant de pièces, qu'à peine les peut on recueillir : quatre autres doubles doublons entiers, mais consolidés ou réduits en masse, aussi au coing d'Espagne, tellement quintessentiés et decheus de leur alloy et valeur, et du poids par les feux, que dans Lyon il ne s'en trouva que trente six francs d'argent monnoyé ; des pièces de quatre au coing du porc aspy, et de beaux escus sols, se trouvoient tous norcis de l'incendie , et tels que si d'ardoise, pour ne dire des fueilles du sabbath, soit que ce fut par des feux de paille, ou des plus vehemens. Ce que contre l'advis des susdits Âristote , et d'Alexandre Aphrodisée , me feroit incliner à l'opinion de S. Thomas , qu'encore qu'il se trouve quelques corps qui soustiennent la violence et la tyrannie du feu pour un temps, que neantmoins à la parfin ils se rendent et se consument tout à fait, et encor plus aisément parle feu de l'embrasement (il veut dire du monde) comme beaucoup plus violant et actif que tout autre feu; de manière que où lamonnoye de Domitian l'Empereur brusloît en effigie les outils et instruments de guerre et choses y gravées, la nostre brusloit en elle mesmes activement et passivement.
Du logis où pendoit pour enseigne le tableau S. Marthe, on tirât une placque de plusieurs métaux , que ledit feu Grégeois ardant par la forge d'un maistre serrurier opposite mit en fonte dans ladite cave , à l'imitation de la foudre, sans la démolir, ny mesmes ébouler, si bien qu'il n'y paroissoit d'entier que quelque pied de marmite fondue, des chandeliers du lotonja si chancrez des feux, que s'ils eussent longtemps esté entre le sel et le sublimé, ou le verdet, l'eau-fort , et autres corrosifs : on sortait aussi des ruines d'un marchand grossier , cnru/Mic TpiTvc^QLç^ pour user des termes d'Homère , ains soit des seaux d'airain qui n'estoient propres à mettre au feu , fondus neantmoins à demy et
réduits en masse avec d'autres métaux, il falloit en forgerons avant que les pouvoir toucher des mains , les d'estramper dans deux, trois eaux.
Ce n'estoit aussi encor tout, comme Strabon fait l'Isle de Sicile creuse, poreuse, pleine de feux, de fiâmes, et de rivières; que concavitez, fours, rafours, forges , fournaises , fontes, cuisons, bouillons, destrampis , feux et fumées : on ne voyoit que fluêr des eaux le long de la Gran-ruê, et neantmoins que brusler des poutres, bouillir des tonneaux vogans dans des caves presque inondées: fumer et sentir les greniers enterrez: cuire, résoudre et calciner les pierres: liquéfier les métaux, comme si Yulcan toumoit fondre et reboûillir la Vile j et changer toutes choses en des nouvelles formes.
Cette nuict que plusieurs commençoient à se résoudre de leurs pertes etembrasemens inévitables, il sembloit qu'en lieu des histoires qu'on representoit en public par le passé, on y jouoit ores au jeu des petits enfans Juifs; 11 y avoit certain jeu peu parmy eux, auquel rangez en deux bandes opposites , ces petits Hebrieux, quasi vitam déride-bant, dit Tautheur qui en traite; car les uns se lamentoient d'une part, les autres de Tautre joûyoient des instrumens, chantoient, rioyent ; et un parti n'estoit point esmeu et ne se soucioit des passions de l'autre; ainsi aussi pendant que dans la Ville embrasée les uns des citoyens se lamentoient , souspiroient et s'y peinoient de défendre leurs maisons; les autres aux champs, du moins à nostre Fontrougiere (sans comparaison neantmoins, quasi chorus apud jEschylum in Agamennone, dansant autour d'un feu de joye ob nufimm capte //ît, sur la nouvelle de la prise, dis-je, et bruslement de Troye) regardoient dansans, faisans le rigole t, ains soit ainsi que Fulvie nob. et généreuse Dame Romaine, à l'enterrement de son mary, outrée de douleur fondoit en larmes, meslant ses cheveux et deschirantses vestemens toute pasmée, puis voyant brusler les os, elle
donna la main comme Romaine à Romain à l'un des Sénateurs qui la consoloit et soustenoit sous le bras; plusieurs esplorez et fondus en larmes à l'embrasement de leurs maisons , icelles bruslées ou encor dans leur incendie, mais inévitable, commençoient , résolus de leurs pertes, à se donner la main, sinon en signe d'alliance, du moins par manière de consolation et divertissement entr eux; ils dansoient aux chansons à l'aspect de la Ville bruslante, et à l'air du philosophe Bias, lequel bruslé aussi comme nous en sa maison en la ville de Priene» sa patrie pillée , s'en alloit chantant par le chemin tirant en Athènes , où il se sauvoit, disant à ceux de son rencontre (qui trouvoient en luy cette humeur bien estrange) pour repartie, ces raisons de sa consolation et rejoûyssance, ceux qui disent que pour avoir perdu ma cité, ma maison et mon bien, je dois estre plus triste, ne sçaventque c'est de fortune , moins sçavent que c'est de Philosophie; car si le feu a bruslé ma maison , aussi-bien estoit-elle ja vieille et incessamment combattue des vents, le bois d'icelle chancre de la vermoulure, et les fondemens clochez , ou quasi minez des eaux, tellement qu'elle fût tombée quelque jour à l'improveuë, et m'eut accablé, d'autant que l'envie, la malice, et la maison vieille, sans heurter à la porte, assaillent la personne; l'élément du feu a aussi, disoit-il, fait comme généreux, en ce qu'il m'a osté le soin que j'avois de reedifier ce qu'il fa bruslé, et le coust de l'abbattre et l'occasion de procès entre mes héritiers, car souvent sur la contention d'une pauvre maison , il se dépend plus d'argent qu'il n'en faudroit pour en édifier une bien riche. Par semblables raisons consolatoires aucuns chassoient la tristesse loin d'eux ; d'autres aux remonstrances , telles que du Sage des Garamantes à Alexandre le Grand , si nous estions immortels nous aurions sujet de nous condouloir en la perte de nos maisons ; mais puisque bien-tost nous devons mourir et estre réduits en cendres, peu nous doit chaloir, que nos maisons le soient plustot que nous; que leur
durée çà-bas soit moindre que la nostre; celuy est fol qui pense demeurer tousjours en la maison d'autruy, comme en la sienne, ma maison n estoit pas à moy, puisque la fortune me l'est si tost venue vindiquer : Qui encor disoit en soy , après le Philosophe Stîlpon parlant à Demetrius Polyorcetes , je me suis dégagé sauvé des ruines de ma maison , et ay traversé le feu, les fiâmes, dont j estois environné ; je ne sçay que sont devenus ces biens périssables qui changent de maistre , quant à mes vrais biens, ils sont et seront avec moy ; les riches ont perdu leurs richesses, les ambitieux ne vont plus es lieux destinez pour faire monstre et ostentation de leur fascheuse vanité; les procès et l'auditoire sont bruslez, les avares ont perdu leurs registres et papiers par vertu desquels ils eussent fait possible plus de mal que l'embrasement à nos maisons , lequel y a encor laissé les places et l'attrait ; puisque aussi leurs superbes bastimens de si gros entretien s'en vont en fumée, et que nous voila nécessitez d'habiter par les masures , les estables , les cavernes et petits réduits, le siècle d'or oseroit revenir, qu'on nous figure avoir esté aussi
cùm frigida parvas
Prœberet spelunca domoSy ignem que y larèmq; Et pectis et dominos communis clauderet umbra.
Il y en avoit aussi qui se consoloient en nos loix, certain que sa maison estant asservie à une pension viagère, ou légat du droict d'habitation et usufruict la vie durant d'une personne sans souci, il n'en esperoit jamais la pleinejoûyssance et consolidation, là où certissimum est dit le texte de la loy repetij ff. quib. mod. ususfr. vel us. amitt. exustis œdibus, ou pour user des termes de Justiniam L'Empereur, §. /En. inst. eod. si cèdes incendia consumptœ fuerint extingui usum fructum et ne areœ qui dem deberi et nudœ proprietatis dominus incipit plenam in ra habere potestatem, voire qu'estant la maison
so
ainsi fondue par le bruslement, il luy seroit permis la rebastir ex ilsdem cementis, tinisque, affranchie neantmoins de l'une et l'autre desdites servitudes , L. quid tamen 9. ff. eod.
Qui encor la sienne ayant aussi esté applanie et consumée du' feu par le mesme droict pretendoit avoir recouvert les espaces libres de la pouvoir relever au pied de cette règle triviale, cujiis est cœluniy efus et usque ad eœlum, se tenant asseuré que le moyen estage seroit flambé et perdu à celuy qui l'avoit en plein domaine avant le feu, per textum in d. l. quid tamen, et que tout-plein de boutiques par la Ville lequelles appartenoient à autruy, sizes sur les caves, estans fondues seroient mesurées de mesme droict.
Certains autres tiroient leur consolation de cette maxime dimidium plus toto; Des propriétaires de ce que leurs bastimens n'estans qu'à demy bruslez, la moitié restante excedoit le tout en valeur: des usuaires et usufructuaires que par la loy, si oui insulœ eod. Thabitation et l'usufruict léguez leur estoient encor deubs; et les membres qu'ils y avoient en plain domaine , ores que le maistre de la maison vint à la reparer et rebastir ; car comme il est noté en la gl. in verbo area in L 36. eod. et par la loy in ter stipulantes, §. aream de verb. ohlig. et autres y citées, si non usque ad aream deposita essent tigna, eadem domus diceretur.
Les acquéreurs, que la maison estant bruslée après qu'elle a esté vendue, ils peuvent demander que du moins la place leur soit livrée /. venditor. i2 in f. ff. de hasred. vel act. vend, qu'en tout cas ils la rebastiroient à leur fantaisie.
Les créanciers se confioient en la loy incendium œre alieno non libérât C. si cert. pet.
Les pauvres obérez, que succurritur grave damnum passis puta incendii, ruinœ tôt. tit. De incen. ruin. et naufr. bien que lors, ny du depuis nul en soit venu au respi ou quinquannelles.
Tout autrement un moderne acquéreur pour consolation se persuadoit, que n'ayant dequoy tenir plus long-temps dans la maison de son acquisition avant le bruslement, la place estoit ores imprenable, d'autant que les feux avoient bruslé le supplément du légitime prix à son vendeur, qui Fauroit un jour attaqué par le remède de la loy 9. C. resc. vend, osté Taffection au prochain lignager qui la vouloit par voye de retrait, l'envie au créancier postérieur qui pretendoit y venir par droict d'offrir, l'espérance au fideïcommissaire, n'ayant laissé que le sol et les cendres pour les detractions au vendeur héritier grevé, fils au premier degré du testateur ou à l'acquéreur qui le représente, et la preferance en hypoteque à celuy qui la pretendoit pour avoir reparé et fait à neuf le couvert de bois, tant est loin quœ salvam fecerit totius pignaris causam^ qu'au contraire il avoit mis, tout perdre, attendu que c'estoit par là que les feux s'estoient prins à brusler telle maison, et que si tous ceux là ores y venoient, ils s'y brusleroient les pieds; et si bien ladite loy, domo, ff. de ping. act. en reservoit la place aux créanciers hypotecaires , elle estoit trop petite à tant de personnes , où le premier d'iceux se trouvoit encor.
D'autres pauvres bruslez se promettoient qu'il leur seroit fait tout plein de donations pour leur restauration, puisque si favorables, que faites pour la réparation d'une maison bruslée, l'insinuation n'en est requise de disposition du droict Romain. L. si guis pro redemptione, C. de donat. et ibi notât, per gl. Prax. Pap. gl. 8. n. 6.
Il n'en manquoit pas non-plus de ceux qui esperoient qu'il auroit ordre pareil à celuy lequel du règne de Yespasien fut donné dans Rome à qui y voudroit vacuas areas occupare et œdificare si passessares cessarent {Sext. Aurel. vict. in Vesp. le rapporte ainsi, ou que comme cela hic Ramam deformem incendiis, veteribus ac ruinis reparavit permissa si Domini deessent volentibus œdificandi licencia : que par ce moyen, ainsi que dit aussi Plutarque in CamillOy ja beau-
coup auparavant , après neantmoins l'embrasement de Rome par les Gaulois, chacun bastit sur le sien, sur la place d'autruy comme bon luy sembla et que la Ville fut toute rebastie dans Tan révolu.
Encor la loy m ratione ff. ad L Falc. asseuroit s'il n'y avoit de leur coulpe les légataires du bien-fait des testateurs, que les embrasemens et les ruines survenans après le decés d'iceux, hœredi pereunt.
Quelques locateurs menaçoient que leurs inquilins ou locataires leur «n seroient, suivant l'opinion A'Imola in L fi. si damus, ff. de lega. i. et qu'ils avoient leur intention fondée contre iceux, en ce que de Droict la présomption seroit qu'à leur coulpe l'incendie s'estoit prinse aux maisons par eux prinses et tenues à louage, gl. Bart. et Bald. in L si creditor, c. depign. act. et que tant est loin qu'ils eussent moyen de se justifier, comme ils estoient tenus ut per Bart, ibid. et in L si guis ex argentariis ^.^ prœtor ait ff. de eden. sçavoir de s'estre portez contre Tincendie en bons pères de famille ; si vendita insula combusta esset^ dit la loy ii, ff. de per. et comm. rei. vend, et venditor diligentiam eam adhibuisset in insula custodienda quam debent homines frugi, et diligentes prœstare nihil ad eum pertinebit ^ et neantmoins Salie, sur la mesme loy et Franc. Marc. dec. Delph. quœst. 52i. n. 2. tiennent que le vendeur est tenu prouver d'y avoir rapporté, cette diligence et par identité de raison le locataire.
Et tout autrement les locataires s'estoient trouvez depourveus du vinaigre {ignis aceto maxime visco et ovo extinguitur^ dit Pline, nat. hyst. lib. 33. cap. 5, et d'autres semblables matières d'esteignemens du feu; voire d'eaux, de syringues, et autres armes défensives, et amusez à debagager en lieu de faire démolir et fondre les édifices bruslans qui les avoisinoieift.
Au contraire avec la plus commune opinion des Docteurs attestée par Gurt. et autres citez par Mascar. de prob. concl. 467. n. 8. que conductor nm tenetur nisi de dolo^ lata et levi culpa^ L cantracluSj
/f, de reg, jur. et que licet prœsumpHo sit incendiutn ortum culpa habitantiumy quod tamen talis culpa prœsumitur levissima^ et par ainsi on soustenoit que d'icelle ils n'estoieni responsables, et d autant plus pour n'avoir empesché les locateurs et propriétaires des maisons d'y rapporter les défenses nécessaires : que la disette de toutes eaux esloit générale ; les vents indifferamment contraires; la saison froide et sèche ; rhyver : depourveu de neiges ; l'heure nocturne, à tous incommode; la surprinse universelle, et le premier feu de l'incendie n'estoit sorti des maisons louées.
Encores quelques bruslez du quartier du Chasteau sembloient s'en vouloir prendre aux insulaires de la Roche; aucuns de la région orientale delà Ville, à ceux de l'occidentale ou de l'Isle du Temple, d'autant que d'eux estoit sortie la calamité publique.
Mais ils se sauvoient tous par ces raisons, qu'en faict de jugement de dommages et interests d'une incendie, on ne manqueroit ja à la raison naturelle conforme aux principes du Droict in § 15. inst. quib. mod. re cofitr. oblig. et ibi Ang. Aret. où est dit, non teneri de in" cendio si alterius culpa fiât , et que pour leur regard c'estoit un cas fortuit , quandoquidem quœ prœvideri non possunt ut pote aliunde pendefitia, fortuita sunt , nec alteri quàm facienli imputantur l. quœ fortuiti% C. depign. act.
On rechargeoit, que si bien le premier feu n'estoit si semble sorti des maisons louées , que neantmoins ignem non extinxit vel ita non minuit ne evagaret, culpam admittet et tenebitvr de damno dato^ sit Gains scribit in l. si (zdes 9, §. fin. ff. de inc. ru. naufr.
Mais à cela le Balde estoit pour eux consil. n. incip. quidam nomine Restoriu in 5. vol. que si les habitans de la maison estoient coustumiers d'estre vigilans, si autres indices ne les chargent, ils ne seront tenus de l'incendie , licet incendium pra^sumatur ortum culpa habi-
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tantium Alex, estoit aussi de ce parti in d. l. si guis ex argentariis , § prœtor ait, col. ult. ff. de eden. de Mars, consil. 77. n. i3.
Outre que chacun disoit d'avoir fait à celui-cy ce qu'on avoit accoustumé faire, voire plus qu'aux autres embrasemens survenus à la Ville, et par ainsi que consuetudo excusât à culpa. l. pignus. et ibi gl. fin. et DD. C. de pign. act. Franc. Marc. d. l. n. 3. que la coustume n'estoit pas de pratiquer le demolissement, que en la loi si guis fumo, ff. ad l. aguil. non-plus que de la loy 7. §. est et alia^ ff. guod vi aut clam ; ains seulement de descouvrir, comme on avoit fait d abord, les maisons approchantes des feux, et n'y avoit droict municipal, n'y autre qui obligeât les particuliers habitans d'estre munitionnez d'eaux, du vinaigre, du glu, de l'alum, non-plus que de syringues et autres armes et matières contre les embrasemens survenans qu'il est bien vray que après Pegasius le Législateur en ladite loy guœsituniy il est dit instrumentum domus id esse guod tempestatis arcendœ aut invendu causa paratur et instrumenta ea esse guœ ad tutelam domus pertinent y et qu'au § suivant dans le dénombrement qu'il y fait des instrumens à esteindre les embrasemens, il y met Siphones, acetum guogue guod extinguendi incendii causa paratur mais il ne dit pas que parandasit et il est vray que c'est à la maison de Ville d'y avoir tel appereil ou arcenat comme autrefois : Aussi Caius sur la mesme loy n'estime pas que ce fut par disposition d'icelle, ains par la bonne œconomie des bons pères de famille Romains.
Il venoit aussi à plusieurs cette pensée, que de tant de procès bruslez il n'en seroit non-plus que de ceux que certain Empereur fit jetter dans un grand feu à Rome in foro-ClarOj ou qu'ils seroient censez vuidez et esclaircis de la sorte, tanguam vi majore^ par l'incendie , lequel est mis au rang des cas fortuits , gui à nemine prœstantur.
Ce que neantmoins renouvelloit plus le courage des bruslez estoit
l'espérance que Briançon par cet embrasement ne deviendrolt que plus beau, qu'on le rebastiroit en meilleure assiette, en édifices plus beaux et moins sujets à tant d'aliarmes des feux , en part où les fontaines, les rivières toutes entières se trouveroient portées au besoin.
Aux attantes de ce , et que faute de tant de vivres bruslez, cor non edenduniy suivant le symbole de Pythagore, qu'on expose tout à propos, qu'il faut bannir tout soucie et se distraire tousjours plus des maux , que la solitude et sollicitude nocturne rapporte aux esprits plongez dans leurs noires et profondes pensées, au souvenir de tant de desastres ; le concours des expedians esloit de fréquemment s'entrevoir : chacun desiroit d'estre condisciple de Themistocles en l'art d'oublier plustost que de mémoire. Plusieurs donc s'estoient réfugiez dans les métairies, qui par droict d'hospitalité, qui de plein domaine, qui à titre d'inquilin , d'affinité, d'emprunt, d'hébergement, de compassion ou commisération (les granges et maisons champestres sembloient Âmœniana, les espelonques où jadis habitoient tous les hommes ensemble , ou des colonies et petites communautez , tellement elles estoient peuplées de bruslez, ou comme de familles des basiez Cyclopes) ils commencent dis-je à s'entrevisiter, la cheute et les veillées estoient où l'accès et le lieu se trouvoient plus libres, les personnes plus constantes et résolues au support des disgrâces, plus revenantes à la récréation des esprits, plus consolées et consolatrices.
Et bien que tout un monde eut fait cette resolution de (comme un autre Zoroastes) n'avoir plus que peu en usage le feu, seulement pour ses nécessitez, ou parce que, dit Lactance firmien, Soli homini datumj nos enim quoniam cœleste atque immortale animal sumus, igné utimur qui nobis in argumentum immartalitatis datus est ; pour ne vivre dis-je, en bestes {jdeo pecudes , dit le mesme autheur, neque in cœlum suspiciunt quoniam ab his usus ignis alienus est) nous
voila revenir à l'usage du feu ; toutes fois plus exactes à y prendre garde maintenant, que les Guzerats qui n'osent la nuict allumer que des lanternes bien closes de peur mesme que les mouches, les papillons (le bruslement desquels chez eux est crime de meurtre) ne s y aillent brusler. Là dis-je, autour d'un feu d'assez grand circuit, précis en ses efiects , réglé en l'hauteur de ses fiâmes , ascendant et vol de ses bluëttes , ejaculation de ses ardeurs , retranché , veillé en ses excès et qualitez malfaisantes et bien policé de toutes parts (merveille que le feu, lequel hors de la considération susdite, sembloit qu'en deussions avoir en horreur et en détester de tout notre pouvoir la mémoire, l'aspect, l'objet et les approches désormais) ait esté aussi tost (ô qu ainsi fust en nous de nos ennemis) la loy de feu de l'Apocalypse , ait esté dis-je le feu de nostre refuge. Les Gaulois ne laissoient de bienveigner et rendre grâces au vent Circius , et l'Empereur Auguste luy dresser un Temple pendant son séjour en Gaule pour la bonté de l'air qu'il leur rapportoit, ores que parfois il renversât leurs bastimens, causât des incendies, et fit des grands degats par leurs vastes campagnes ; ainsi nous, ores que le feu dévorât nos maisons et la Ville, ne laissions aux champs de l'avoir pour agréable, comme la femme et la mer ; non sans cause le feu est par les Grecs mis en la cathegorie des. maux nécessaires, on ne se pouvoit passer d'y recourir, voire de siéger autour ; et suivant ce trait de bien-seance de Phocylides in carmin, aureis.
Mh Ss fxaTÀw iri mtp xseOmcç fuvO^,; ^iXov , pour dire apud ignem sedentem non debere in vanum^ cor minuëre, celte séance estoit plustost par récréation que par le froid, car les grands feux avoient ores presque chassé de la contrée l'hyver par l'altération de sa saison, embrasement mesmes des airs , débordement des chaleurs ignées sur la surface de la terre, ardeurs et inflâmations si estranges. Faisans doncquesle cercle auprès du feu , assis le chacun sur des sièges de son invention
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(laissant à part les maisons des champs mieux , mais ores non suffisamment meublées) il n'estoit ja question de commencer par cette proposition de certaine assemblée de communauté Villageoise. Or çay que diren nôuf chacun estoit si bien instruit de ce qu'il avoit à dire , si prompt, si prest au récit de l'histoire de son bruslement, si copieux en matière de feux et sinistres adventures , que les chaires n'estoient que trop basses et peu dignes de si relevez orateurs, tant ils rendoient les auditeurs curieux , persuadez et attentifs à la suite de leurs discours et succès de leur mal-heur, jusqu'à tant qu'on n'y reconnoissoit plus rien de singulier et que les feux se trouvoient les avoir presque tous traittez d'un égal, en riches ou pauvres br usiez, surprins en si urgente nécessité de transporter, cacher et mettre hors des dangers tant de biens.
Le récit par le chacun de son bruslement n'avoit pas fait le tour, que l'affection portoit plusieurs à couper le fil du discours aux derniers pour recommencer ores par la déduite de leurs propres pertes et taxe de leurs préjudices; lors nul Philosophe Stilpon, qui après le pillage de sa maison et prinse de Hegare sa patrie mise à feu, interrogé de sa perte, dit qu'il n'avoit rien perdu : nul qui eut cette devise, amnia mea mecum porto ; chacun se disoit des perdans : vray est que qui appetissoit ses pertes plus que de la venté : qui au contraire se faisoit plus bruslé, que si sa personne encor et toutes ses reliques y eussent estérosties; qui seulement rehaussoit son bruslement jusqu'à quinze mille escus de son vaillant, et encor luy falloit-il un peu tirer la manche; qui saturnin et triste comme un bruslé n'en sonnoit mot, n'en faisoit autre expression que par quelque soupir eschappé, et son mal-heur n'estoit gueres au dessous cette somme là : bref le plus grand bruslé estoit le plus petit et qui en disoit le moins.
Et quant aux sauvemens, qui se resjoûissoit de les avoir faits, par lesdits cachots, qui par les rochers , par les cimetières, les Eglii^e^^,
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les chemins, les jardins, les ruines du fauxbourg, qui à bas des murailles et des précipices , et par les aydes des Villageois accourus : et mi pauvrette ! disoit certaine, que rCay pâ sauva^ non pâ uno viro per me bitâ au d^en ! non pâ la mendro obligation , et aussi-tost à pleurer, et les autres à rire, qui sçavoient bien pourquoy, et aussi que'Vulcan estoit cette fois la accusé à tort, car à correction il n'esloit pas venu arracher les bagues des doigts es femmes de la Ville, sauf que ce fut à celle là l'enfant de deux mères.
De ces discours on passoit à ceux des remèdes et plus grandes résistances qu'on pou voit avoir rapporté à l'embrasement, à l'exemple de la femme d'Asdrubal, laquelle avant que se jetter au feu avec ses deux enfans, luy reprocha que vilainement et laschement il s'estoit rendu aux Romains : qui aussi mettoit au devant à certains propriétaires des maisons bruslées, qu'ils avoient esté imprudens etlaschesà se défendre: qui encor disoit, six seaux d'eaux ou du vin sauvoient tel bastiment, mais le maistre n'avoit pas eu gens pour les y porter; assés afleré luy et ses aydes à son principal manoir.
La Vestale Tucia accusée d'avoir violé le vœu de sa chasteté, esteignit les feux de sa condamnation avec un plein crible d'eau, qu'elle porta aux Pontifes pour une merveilleuse justification de son innocence , il eut assi suffi d'une criblée d'eau pour amortir l'embrasement en sa naissance et sauver une Ville toute entière , puisque un seul bout de chandelle allumé en estoit le boutefeu : qui au contraire avançoit, que si on n'eut fait l'advant, ou en dernier lieu usurpé au préjudice des Ordonnances le projet sur l'entrée de la ruëauxPenitens, les feux n'eussent ja eu par là leur passage à l'Isle des Fontaines ; mais bien, disoit un autre, si on n'eut comblé la Gran-ruë des ais du couvert y abbattu , veu que la Ville estoit en défense du coslé des aziles , voire les vents n'eussent fait tel traffic de nos danr ées par les boutiques , ny eu si bon marché de nos maisons : ha ! s'escrioit un
âuire, si chacun eut tenu le devant d'icèlles dans ses limites , gardé les proportions des rues, dont on voidles vieilles marques; mais si du moins on eut fait jouer le mouton ; ou si ( comme respondit Gatilina Catoni, dit Ciceron, /br/r^^'mo viro indicium minitanti et denuncianti si quod esset in suas fortunas incendium cxcitatum , id se non aqua, sed ruina restincturum ) on eut à faute d'eaux, esteint l'incendie, du moins par la ruine et demolissement de deux ou trois bastimens d'autour du premier bruslant! La Ville estoit sauve: ouy-bien, repliquoient d'autres , si on eut jette le Merle au feu ; mais il print la fuite de Marot par les montagnes , saisi d'autant de froid par les Alpes au Montgenevre , ores que sa maison fut toute en feu et la Ville en fiâmes, que luy quand il brusloit dans Paris en mesme temps que sa personne mouroitde froid par les Pyrénées; le Merle donc vuida la Ville aussi-tost, voyant au jour d'un si grand embrasement, que son alibi-forin qu'il avoit trouvé au fonds d'une taverne (se rapportant voirement au temps, à l'heure de sa feste et du desastre) en lieu de luy servir de pièce justificative pardevant la fureur du peuple bruslé, portoit plustost sa perte et sa propre condamnation; comme c'est la vérité que loy videamus ff. locat. et la loy si servus servum, § si fomicarius , ff. ad l. aquil. et instit. de obtigat. quœ ex quasi delict. nasc. attendu qu'il y a du moins de sa coulpe, ne veulent qu'il demeure sans peine, à le prendre mesme au pied d'un embrasement fortuit etimpreveu; et où sa peine les premières nuicts ardentes, n'estoit que des biens de la fortune pour les dommages et interests des intéressez (s'il en eut eu autant qu'il en estoit depourveu) /. capitalium, § incendiarii versic. fortuita incendia^ ff. de pœn. ains soit par la loy Salique, à présent que deux estoient demeurez morts au feu, ou tuez de l'embrasement, il n'eut peu éviter d'estre puni par le feu et bruslé, suivant la loy qui œdes^ et les suivantes, ff. de incend. ruin. naufr. sans qu'il se fût, peu excuser, ay-je
dit, par la loy fortuito, au mesme titre, au prétexte (si ainsi est) que le premier feu avoit esté mis en sa maison fortuitement et furtivement par autruy et par imprudence, car cette loy, et la loy si œdes eod, n'exemptent le particulier de la maison duquel le feu est premièrement sorti , que par exemple si le feu eut esté tel que celuy qui survint en la dite maison Consulaire l'année mil six cens dix-huict, un feu du Ciel, de la foudre, ou semblables impressions ignées, la cheuteet l'événement desquelles , tanquum vis major j ne peut estre évité par la prudence humaine , il n'en n'estoit tenu , ores qu'il en fût ja venu à la consommation de plus que de la moitié de la Ville; la raison en est aussi donnée in C cognoscentes ext. de pœn. res enitn quœ culpœ caret in damnum vocari non convenit; mais il faut ad vouer que,
Multa cadunt inter calicem , supremaque labra aut inter pocula et sciphos, dont on pourroit éviter la cheute ; et quand ce n'eut esté que d'un bout de chandelle allumé dans la paille, c'estoit plus que je ne puis dire: le Merle pour, par maUheur, avoir ainsi misérablement laissé brusler sa Patrie, et sans estre foûy,y revint neantmoinset parut quelques jours après en la place au Temple ; certains bruslez ley ayant découvert, les uns le fuyoient comme un excommunié, l'y refusoient l'entrée des maisons restantes; les autres commençarent à luy jetter des grands coups de caillons ; d'où voyant que les habitans luy faisoientja l'accueil, qu'Ëlectra dans Euripides in Oreste attendoit de la Ville d'Ârgos, quand elle se lamentoit ainsi, Argiuis autem edictum est, nec nm tecto recipi: neque ignis usu muari: nec quenquam nos alloqui fas sit ut parricidas : hœc autem prœsinita dies est in qua sententiam feret Argivorum urbi annos lapidibus obrutos perire oporteat ; \e iierle àiS'jej se voyant traité delà sorte, print le vol des Oyseaux Diomedeens , on ne le vit jamais plus.
L'Empereur Alexand. Severus faisoit suffoquer à la fumée ceux qui la vendoient, Avidius Gassius à un tref de cent pieds d'hauteur fit
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attacher et haut eslever , puis mourir les criminels , les uns à petit feu, les autres par le torment d'une grande fumée.
Et Phalaris Tauro violentas membra perilli Torruit.
Et quand au Droict des Pontifes in c. pessimam 24 et c. qui^ membrorum q. 8. il condamne à une pénitence annale transmarine, ceux qui ignem subjiciunt autjubent subjici : Le Droict Civil fait brusler tous vifs par la loy 6. ff. ad. l. JuL peculat. les sacrilèges : par la loy 2 C. d£ Judœ. un Juif qui persécute Tautre se convertissant à la foy Catholique; par la loy prem. de immunit, non concéda lib. i. C. celuy qui fabrique un faux instrument d'exemption ou d'imminuté; par la loy fin. de fais, monet. les faux monnoyeurs ; et par la loy si quis à Bar baris^ § fin. C. lib iO et § fin. dere milit. lib. i2. C. ceux qui ont part aux pillages faits par les ennemis , et leur prestent ayde et faveur, ou qui se jettent du parti contraire, et vont découvrir les secrets de leur Prince: j'estime encor plus rigoureuses les peines de feu du Martyrologe, que au 7 de Machabées, et celle que en la loy /En. d. tit. de incend. ruin. et naufr. par laquelle qui ob inimicitias vel prœdœ causa incenderunt si humiliori loco nati sint, bestiis subjici soient. Tout cela neantmoins n'estoit icy que pour les brusleurs des granges , lesquels suivant la plus commune opinion des Docteurs ne sont punis que de moindre peine, ou que de la corde. Ces sanctions, ces peines n'estoient ja assez sévères pour un Merle, pour nos prétendus incendiaires, on les eut voulu voir lapidez, bruslez, estranglez, et en croix au supplice que de plus que de ces peines de l'ancienne loy, les Juifs avaient emprunté des Romains, voire encor qui faisoit du Phalaris ou du Perillus en la recerche des inventions des tourmens nouveaux contre lesdits présupposez boutefeux; on advoûoit bien avec les Ambassadeurs de la republique d'Athènes aux Etoliens, que souffrir de l'ennemy des brus-
lemens de blez , ruines d'édifices , quoy que ce fussent choses misérables, n'esloient pas pourtant indignes d'estre souffertes; mais endurerque pour des folastres amantes, ou pour un Merle, neantmoins tous patriotes, et par leur imprudence la Ville périt, ains soit que par l'improvidence de ceux qui en dévoient avoir le soin , il n'y ait pas eu des outils, ny d'eau , de neges, de diligences, ny d'hommes pour y esteindre un bout de chandelle allumé , ou ses feux. Que cela n'estoit de raison, de paix, ny de guerre, d'estat, ou d'endurer , ains chose du tout insupportable et indigne, et qu'aucuns des Administrateurs du public le dévoient supporter en leur propre. Qui encor faisoit du Dragon en Testablissement des loix plus sanglantes en faict des feux , des eaux , des mansiers, du maistre fontanier, qui de l'Aristote aux Politiques. Et comme du règne de Severus,et de Caracalla, les Gentils imputoient aux Chrestiens tous les mal'heurs qui arrivoient au monde : Si TyhcriSy dit Terlullien, qui estoit de ce temps là , ascendit in mcmia : Si Nilus non ascendit in arva : Si Cœlum stetit : Si Terra mauit , si famés, si lues,statim Christianos ad leonem: De mesmes icy le peuple imputoit à des Administrateurs du pubhc, non seulement la disette des eaux, le tarissement des fontaines, mais bonnement quand la Ville n'avoit estépourveuë de neges, esclairée du Soleil lanuict, secondée du secours et des remèdes , tant du Ciel que de la Terre, et qu'on y avoit souffert comme une révolte des elemens. On eût (disje ) bien tost prins les Consuls à garens, aussi bien que les peuples de Mexique : leur Roy après qu'ils luy ont fait prester le serment de faire que le Soleil luise, qu'il rende les jours et le Ciel des rosées et des pluyes opportunes , si puis il en arrive autrement.
Il nous semble souvent que du feu de nos colères et violans mouvemens nous devons réduire en poudre les coulpables : Et au contraire, subitus hic ignis furoris nostrammet depasdtur innocentiam^ dit S. Ambroise, et d'effect l'Empereur Justinian en est mort: l'on trouva
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que ses parties internes estoient sechées et brûlées de colère. Falut donc icy aussi-tosl distraire les esprits de la reprinse de leur fougue ou mal-talent , et oster cette acrimonie par quelque bon compte.
La première nuict incendiere , une bonne femme à plusieurs chiens fuyans, courans comme des enragez par les rues , ha! de mou chins, disoit cette vieille courante après eux , avec un pot de laict à la main, qu elle avoit sauvé pour leur donner, sans pouvoir ramasser, prendre porter ces fugitifs , ny secourir le cadet qu'elle entendoit abbayer, urler contre les feux , qui ja s'en prenoient à luy demeuré prisonnier dans la chambre ardante , ha ! qui me sauvera mou chins? s'escrioit la pauvre dolente; chacun qui connoissoit le personnage, sans le nommer, oublioit à présent tout pour admirer cette espèce de désolation parmi les autres d une Ville embrasée : on figuroit que celle vieille estoit autant empressée à sauver ses chiens, que tous les citoyens à sauver leurs maisons, la Ville et leurs personnes.
Au bout du compte, on ne laissoit de faire des sorties, pour voir à l'aspect de cette Ville desastrée , comme périssent les Villes jour et nuict embrasées de leurs autres feux excessifs et reprouvez : on consideroit qu elles font bien plus de bruit et d'esclat, mais de peu de durée , de beaucoup d'horreur et de scandale aux spectateurs plus oculez et contemplatifs, et qu'ainsi d'elles-mesmes se bastissent bientost leurs ruines et leurs nuicts , voire leur enfer on leur néant.
Sur ce chacun relevoit son courage abbatu des feux, et à part soy pensoit au dire de Seneque : Nature qui t'a engendré, et un lieu meilleur et plus asseuré t'attend : les vents ne sy entrechoquent point pour faire (ou comme icy ) attiser les feux, et bouleverser les maisons, les nuées, les embrasemens n'y déforment point les Villes, les Pays ; on n'y redoute nullement les naufrages , ny les pestes , ny les feux allumez çà et là, pour réduire en cendres lesM^orps des plus grands et des plus petits : chacun s'en alloit faire ses moralitez et
itt8 CIMQUIËHE JOVRHÉE.
n'iraitci) , mal en édifices , bien édifiez ea etu-mesmes : eo ladite considération , et au mcspris de la perte des choses si périssables , de si longue neantmoios et ai pénible acquisition , ou dont le nombre , la quantité peut estre certaine, mais les soucis et procès qu'elles eutraincnl, infinis; lesquelles (dis-je) n'estoieot qu'amorces à tant d'espèces de feux, d'embrasemens visibles et invisibles, des moyens pour nous perdre dans un moment.
1TERUM maria naufragi repetunt le jour neantmoins n'estoit pas , dis-je , sitost de retour , que les bruslez desd. maisons des champs et granges aux grands feux à la mer rouge de nos flammes ; de la sorte que Demosthene avec les artisans, ils joûoient entr'eux à qui se leveroit plus matin, mais pour aller fouiller la Ville, cercher l'or et l'argent, et autres métaux perdus : empressez aussi à retrouver les meubles , que surpris de l'embrasement , on avoit esté contraint laisser espars par les estages des maisons.
Toutes les Eglises estoient encor ce jourd'huy, comme qui diroit en duel : leurs cloches avoient, si sembloit , déslors cessé toute autre sonnerie que des tocsins , et ne nous faisoient entendre du haut de leurs grands clochers aucuns carrillons ne signes de réjouissance, ou festivité solemnelle. Le canon qui a prohibé ces restes d'idolâtrie , la coustume des Romains d'arborer , garnir leurs portes de lauriers es festes particulières de leurs maisons, ne visoit pas contre nous : ne Tertullien quand par forme de reprimende aux Ghrestiens de son temps qui l'avoient à contre-cœur, il apostrophoit de la sorte : Ergo ,ne hoMT DEI est laurus in postibus (car jamais les lauriers ne furent
si abondans en nos portes) mais lucerniz pro floribm et ignés compitaies (qu'est l'autre partie de ladite coustume) n'y manquoient pas à ce jour de S. Nicolas , ancien Patron de nostre pauvre Ville : vray est que ce n'estoient pas des feux d'idolâtrie, ne de joye ou solemnels , mais des signais d'une Feste bien estrange pour nous , et tels que plusieurs ne s'appcrceurent pas mesme des modes et convocation des bruslez à la Messe : ils estoient tous entiers , chacun endroit soy , leurs esprits au profond de leurs pensées aux choses qu'ils avoient affection de retrouver : et leur corps enterrez dans les cavemens {effbndiuntur opes) par où ils jugeoient et presumoient la trouve plus soudaine ; ou la cheute et le comblement des choses perdues : de manière qu'ils perdirent la mémoire du service Divin , ne furent pas mesmes à TEglise, ne s'appcrcevans qu'un jour si infauste, fut la Feste, ores que grandement et d'autant plus chomable ceste fois qu'elle estoit du Sainct et ancien tutelaire de la Ville bruslante , et sous le tiltre duquel son unique Parroissc estoit fondée d'ancienneté; mais depuis environ un siècle changée du haut du cimetière sur le grand chemin de France, rebastie, et attiltrée sous le vocable de Nostre- Dame: aussi ne fut la Feste festée de la procession annuelle par les rues ores ardentes, avec les clercs mariez (ce sont des Confrères, sous l'invocation susdite, coadjuteui^ des Prestres parfois en petit nombre; servans de choristes et porte-crobc , revestus de leurs surpelis, quatre desquels alloient clochans de leurs clochettes en main; Papon en son recueil d'Arrests rapporte y en avoir aussi en la Ville de Toulouse ). La Feste ne fut pas non plus solemnizée par aucune distribution des miches ; ce pain-là , et celuy de la seigle , sont icy de conserve à qui les veut garder; mais à plus d'années encor que celuy dont vivoit mon Patron , titulaire et Prince des Anachorètes, S. Anthoine aux déserts de la Thebayde« Ce travail nouveau en public , à plein jour solemnel , dans une Ville
de peu de Religionaires, non seulement n'estoit pas estrange et messeant , mais revenant et licite, et aussi tolerable qu'insupportable
Sunt qnœ feslis exercere diebus
Fas et jura sinunt.
L'un de nos anciens Docteurs, Scœvola, respondit qu'il estoit loisible de faire les jours de Feste , tout ce qui pourroit nous apporter du dommage n'estant point fait; la nécessité urgente des feux couverts et souterrains qui alloient oonsumans toutes choses occultes , sembloient tenir lieu de dispense générale, et n'y avoir de différence que comme la Sybille jugea d'entre ceux qui cerchoient parmy les vers du Poète Latin le plus beau , celuy-cy,
Discite justitiam moniti et non lemnere Divos.
Geùx-là des cerchans avoient trouvé la plus belle de tant de choses, lesquels trouvoient en eux-mesmes in tetriplo Spiritus Sancti la révérence qu'ils avoient porté à la Divinité , que de l'avoir adorée el recerchée avant tout œuvre. Aucuns neantmoins se laissoient tellement recognoistre en leurs excès de rapacité et d'avarice plustost que de nécessité, qu'on eut leu en leurs faces et façons de faire à l'extérieur, qu'impies ils laissoient aux Prestres dans les Eglises, ainsi que Fabius Maximus aux Terentins, lorsqu'il fouUoit aussi leur Ville, les Dieux courroucez.
Geste peine toutesfois et pœnitence insolite les necessitoit de tost chômer de lassitude la Feste sans y penser, ou de revenir aux métairies pour s'y rafraischir, et appaiser un essaim d'appétits bruyans; chacun signamment des bruslez , recitoit par merveille sa faim , sa soif, son manger excessif puis le déclin des feux , et qu'il luy falloit oysif ou en action, tenir deux, trois fois le jour plus fréquente et longue table à son avidité de manger, à sa volumie : Hypocrate tient
qu'elle procède d'un air froid et de l'eau, qui engendrent, dit-il , ceste voracité; mais ores elle provenoit plustost de Tembrasement, et de ce que les personnes estoient si fatiguées tout-à-coùp : la viande fondoit à la bouche , de mesme que si de la main qui la y portoit , il sortit un feu dévorant, ainsi qu'on feint du doigt d'Isis, mis dans la bouche d'Osiris : lequel feu se couloit par les veines dans tout le corpa de cet enfant, et luy consumoit tout ce qu'il y avoit de terrestre : c'estoikicy que nature reparoit lesbruslez, que tant de fièvres ardentes avoient exténuez, affoiblis, dechamez et affamez.
L'on commençoit de voir au devant desdites métairies repasser, si sembloit, l'exercite d'Hannibal, ou des Gaulois sous Brennus, ou l'armée de nos Roys Henri II, et celle qu'on y vit es années 1514. et 1515 de François I (15). C'estoit à présent quelques Regimens d'une autre armée Royale ; lesquels avec ce que d'ailleurs c'estoient tous de bons hommes, filoient de tel courage et disposition à la guerre de-là les Monts, qu'on eut dit que l'Italie leur avoit esté promise et jurée à tiltre de conqueste ceste fois indubitable : que le ciel aussi , favorisant leur party , avoit jà ces jours passsez , fait courir les vents tous premiers , pour leur ballier les chemins , enflammer le feu de leurs courages ; et retenu l'Hy ver et les neiges par la moyenne région de Tair, pour leur donner le passage libre çà bas par les croupes des Alpes : desseiché la terre : banny, fondu les glacières : chassé les pluyes, pour ne les incommoder, ou n'arrester le service du Roy : et qu'au lieu des neiges et des eaux du ciel , il devoit ^bientost pleuvoir des palmes, des lauriers, et des couronnes toutes faites pour eux : que jà nos saules et peupliers n'avoient esté effueillez le long des chemins que pour y estre tost érigez en trophées ; chaînez, couverts et enrichis des despoûiUes qu'ils rapporteroient des ennemis : que si les grands feux allumez par sus les festes des maisons et partout , n'en estoient jà lea feux de joye, ou pour brusler le comble desdites despouilles et butins, à
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la mode des peuples, ou du Roy de Servie ayant triomphé de ses mnemis : ou à l'exemple de celuy de Narzinga , lequel voulant aller en personne à la guerre , fait mettre le feu par toutes les maisons de la cité de sa demeure, sauf comme icy , aux Palais, aux Forteresses et maisons d'Oraison, à fin que tous aillent à la guerre avec luy ; que du moins la Ville ardoit pour tempérer la rigueur de l'Hyver, ou servir de suject à faire voir en passant leur magnanimité de courage; et de faict que ceux-cy donnoient plus de l'admiration que les choisis de Gedeon : car au lieu qu'eux ne firent que prendre de la main , de l'eau en passant, pour estancher leur soif; ils prenoient des yeux passagers nos grands feux, ou l'horrible veuê figurée de la Ville bruslante, comme qui diroit, que ce fut pour voir si c'estoient des feux ennemis, et ce sans arrest , sans estonnement : vray est que la plus grosse fougue des feux estoit passée : ils ne sçavoienl, disoient-ils, chemin faisant, et gaussant, si nostre mal estoit Latin ou François , tant est que nos rôtisseries et suëries estoient bien grandes.
D'appréhension neantmoins du passage desdits gens de guerre, et qu'on n'en vint aussi aux mains, à prendre ce qui se trouveroit le ong des chemins : on les avoit jà vuidez et préparez : et s'empressoit aussi fort de démeubler le reste de la campagne , et à tourner parer, garnir la Ville, plustost par la difficulté de la garde des biens espars et par l'incommodité de coucher si longues et fascheuses nuicts par terre à la serée, que d'asseurance qu'on eut encor aux maisons subsistantes ; c'estoient ceux des Isles fortunées , les favoris des feux ou du ciel : ceux-là , dis-je , qui avoient encor des retraites en Ville. Les bruslez en revenoient tous hâves et d'un regard ténébreux , semblables aussi aux Seigneurs de Quicama et Goama au Royaume de Gevola, ou de Grenade aux Indes, (on dit qu'ils sont farouches et pauvres) avec leurs baguettes ou bastons bruslez au bout, et leurs fiu^es noircies du charbon : quelques femmes de mesmes avec des
marques de Noblesse des jadis Dames des Thraciens, lesquels après les avoir acheptées bien chères , les marquoient de feu au front avec un fer chaud.
Nul enfin des bruslez, du moins de nostre voisinage, nerevenoit de l'embrasement, ou des ruines et des cerches, sans lassitude, sans soif, sans appétit , sans quelque chose rostie , ou singularité recouverte, ne sans marque des nouveaux efiects des feux, histoire ou compte nouveau , c'estoit indécent de revenir ex Africa nostra , je (lis, de nos solitudes bruslantes , tel qu'on y estoit allé, vuide et sans quelque suject d'entretien , d'admiration et d'estonnement.
L'on recitoit par merveille qu'à l'aspect du logis embrasé d'un bon hoste, on voyoit son'habit de Pœnitent noir, ses heures, tout son meuble de dévotion sain et sauve, comme qui diroit au mitan des flammes, sur un peu d'ais réduit en tison, tenant d'un bout à un angle (lesmaistresses murailles de la Ville et dudit logis, et encor cet ais pardessus un parterre de brasiers, au passage des ruines et des planchers fondus ; et à un endroit hors d'apparence que l'artifice des hommes y eut peu attaindre. La nouvelle parcourut les bruslez, recognoissans en cela quelque chose surpassant la portée de beaucoup d'esprits.
A ce propos des Pœnitents, les cendres et la mémoire qu'on célèbre en leur Eglise , par prières hebdomadaires d'un mien oncle premier fondateur de leur Compagnie militante, ou instituée sous l'invocation du Nom de JESUS , m'oblige au récit de ceste histoire incidente. C'est qu'en action de grâces à DIEU quand quelques mois après le grand Comète qui parut l'an 1619, le bruslement de nostre Grand-cayre, party du cabaret d'un surnommé Coct, porte à porte delà leur Chapelle (possible par un juste jugement de DIEU, de ce qu'il y vendoit et echangeoit aux pauvres du vin pour leurs aumosnes , lesquelles on donnoit puis aux mulets) l'avoit seulement couverte de
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bluettes sans labrusler: ladite Compagnie deuëment licenciée, s'en estant allée en procession au S. Suaire à Thurin , eut la presseance sur toutes les autres Compagnies des Penitens , mesmes d'Alexandrie, et de Testât du Roy d'Espagne y venues, et l'honneur d'estre fort splendidement traittez par son Altesse. L'Archi-preslre et Curé de Briançon (lequel avec sa voix tonnante , sa belle barbe et sa bonne mine fut par le peuple de Thurin prins non pour Primat des Curés du Briançonnois 9 ou tel que celuy de S. Germain en Laye, jouyssant des droicts episcopaux, mais pour un Evesque formé) estant leur conducteur, accompagné de deux ou trois des principaux, rendre les devoirs et tres-humbles remerciemens , et s'en acquitta dignement : son action fut agrée. Ils n'eurent non plus dequoy s'excuser quesadite Altesse ne les fît suivre de mets qu'on avoit desservy tous entiers, et des meilleurs vins, disant que c'estoit pour leur viatique, qu'ils auroient peine de trouver en chemin de retour; certains de sa Cour neantmoins leur sifflarent aux oreilles, que les Piedmontois ne mangeoient pas les restes des François. Six qui esloient en ladite Compagnie en habits aussi de Pœnitens, l'un desquels estoit mon cadet, furent aussi festinez dans Suze par le Consul et Recteur des Pœnitens du lieu : et si avoient jà projette d'en ériger une Compagnie de blancs, et de s'y rendre, et eu pour Chapelle S. Second au Cloistre S. François en ceste Ville, et les provisions laxées par le Diocésain de ceste part, du Bailliage le Seigneur Archevesque et Prince d'Embrun. L'un d'iceux a voirement depuis prins l'habit, mais gris et plus austère, faisant estât avec David et la vérité , qu'encor melior est dics una in atriis Domini super millia : ou suivant l'Oracle , que très heureux ceux qui esloignez des Villes , et retirez en un petit angle de terre , changent leur désir de vivre (qu'est Tune des plus puissantes loix de la Nature) à la resolution de la mort : les autres cinq trop lents à l'exécution, et refroidis par l'embrasement depuis survenu, se sont
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désistez de leur entreprinse , à l'occasion aussi de tant de pauvretez, ou de nouvelles pœnitences ensuyvies.
Une nuict non jà si farouche que les passées arrivât tost après le retour des absens bruslez : la Roine des Astres survint nous faire acte de voisine, accompagnée seulement des estoiles plus apparentes de sa Cour: nous aivons peine de les recognoistre si décolorées; elles n'avoient assez emprunté de lumière pour se faire bien voir au ciel en terre ; les feux sembloient encor à ce coup leur porter le defy au jeu des clartez, à qui mieux illumineroit les choses terrestres : ceste Lune n'estoit jà pasle seulement de nos troubles, mais en signe d'un peu de secours quelle promettoit que le ciel nousdoneroit le lendemain, pour nous aider à sauver du moins le demeurant, tost amortir les brasiers avant le retour des vents, des approches desquels elle nous viendroit aussi donner advertissement de là haut par signes ou par ses livrées.
Les avant-coureurs de l'embrasement : des fumées si estranges sortoient de nos feux , et occupoient si loin la région de l'air, qu'elles couvroientl'Oysens; et arrivées jà le mercredy sur la Ville de Grenoble , fumoient ses brouillards , faisant augurer avec effroy et estonnement de plusieurs, que quelque grand desastre seroit survenu, sans sçavoir neantmoins
(Inde tremor terris ,
D'où ce vacarme? Sur qui seroit tombé le sort? Jusqu'à tant que voilà arriver des plaidans de nos Villages, lesquels n'osans estre les premiers porteurs de si mauvaises nouvelles, tous tristes neantmoins, sans pouvoir tenir de si grands malheurs secrets, les alloient secrètement publians à l'instant de leur arrivée , sous des termes couverts revenans à ceux-cy , bien entendu que c'estoit de la Ville de Briançon
qu'ils vouloient dire ; les uns presupposans que ce fut un feu de dissentions,
Virgil. Hen quo. discordia cives
Perduxit miseras ?
Nunc cinis est ubi Trdia fuit !
Les autres,
Vidimus undantem ruptis fomacibus jEtnam Flammarumque globos, liqiiefactaque voluere saxa.
D'autres encor,
errât Vulcania pestis
Nusquam stante tnalo.
Dont ceux d'icy qui estoient à Grenoble poursuivans, qui la revision des comptes Consulaires de Tannée précédente, qui la suppression des Offices de nouvelle création : La Requeste Civile contre l'Arrest au faict des Assemblées et semblables , entendans un talmud , ce bruit sourd qui couroit de brusiement, avec ce que le cœur leur en disoit mal jà dés le songe que l'un d'eux ladite nuict S. Heloy , avoit fait audit Grenoble, et à eux recité le lendemain; sçavoir, que le feu s'estoit prins à Briançon ; les voilà d'abord en appréhension de la vérité : aux escoutes: aux sommaires apprinses de tous ceux qui venoient de ces quartiers, ou qui les en pouvoient rendre certains: ils oyent encor dire quelque chose de pareil à ce qu'on lit dans Hieremie, Complevit Dominus furarem sHum^ effudit iram indignatianissuœj succendit ignem in Sian et devoravit fundamenta ^'us : non crediderunt universi habitatores urbis : comme c'est la vérité qu'on avoit à Briançon quelques heures avant l'arrivée des feux, presché au prosne Tembrasement , sans qu'on l'eut voulu croire. Voilà
aussi qu'ils considèrent lesdites grandes fumées estrangeres de la Ville de Grenoble, et y survenantes : Ils accourent au devant de quelques autres qui venoient de ceste advenue; des premiers d'iceux ils n'ont autre que semblable response :
Virgil. Quis cladem illitis noctis? quis funera fando
Explicet ? aut lachrymis possit œquare labores ?
Des autres ils apprennent, avec ce qu'il est ainsi, que
Vires acquirit eundo ,
le bruit et famé publique estoit que Briançon brusloit : qu'aucuns estoient appendus par la ceinture haut en l'air dans les rues , pour en abattre les flammes : d'autres tombez à bas des eschelles ; certains demeurez morts et accrasez sous des murailles ardentes : que presque tous y estoient fumez , délabrez et défigurez des feux, et tout en fort pitoyable estât , comme dans les tormens de cet enfer de Virgile :
Ergo exercentur pœnis , veterumque malorum Supplicia expendunt alii, penduntur inanes Suspensi ad ventos: aliis sub gwgite vasto Infestum elvitur scelm aut exvritur igni.
En mesme temps leur arrive aussi messager exprés pour les asseurer de ceste horrible vérité du bruslement.
Soudain les voilà tous allarmez , et aux larmes : et enfin en fuite jour et nuict : ils alloient cerchans le chemin de la Ville bruslante avec une lanterne allumée par la Combe de Maleval en profonde nuict sombre.
Martial Dux lanterna vice, inclusa feror undique flamma
Et tut a est gremio par va lucerna nieo.
In me utinam sic dansa, dédit quœ incendia, lampasf Quœ périt heu flammis! Urbs quoque tuta foret.
L'Hautaret et ces autres Alpes interposites avec les ténèbres de ladite nuict toutes au dernier d'icelles, les empeschoient ide voir un object si visible et si lumineux, que celuy de l'embrasement: Il ne fut jà question d'aller esveillant les Echos assez sourdes et endormies le long dudit Maleval, ne de leur crier, Date viam Consuli ? ou que celle dans Cardan respondit sur le Debo passar qui? passar qui? il ne trouvoit que trop de chemin à faire pour tost arriver audevant des feux , ou au port de leurs naufrages ; il n'y avoit pas de Loule , escueil , difficulté ne danger qu'ils ne surmontassent.
La lanterne du droict chemin, ce beau Phare, leur Cynozeure, paroissoit jà sur ledit Hautaret, lorsque
Quisque suam admota succensam quœritat urbem Cemere lanterna
Mais elle ne pouvait pas porter leurs veuës assez loin dans les feux '• où le pauvre Briançon pourtant ne se voyoit pas bien : les eaux du déluge estoient jà basses : ou les flammes de Icxpirose par trop abattues : les derniers feux achevoient de dévorer la Ville ardente au dernier d'autres plus bas rochers sis à bas, par la longue, estroite et bossue campagne : il leur estoit bien loisible neantmoins de faire d'un lieu si eslevé , des beaux Almanacs pour le reste de ceste année crytique, et de la Saincte suivante, sur la grande lueur et clarté des feux ou phœnomenes qui paroissoient à eux au ciel de la Ville : ou sur les Vergeliennes , lesquelles estoient jà sur leur Occident.
Luc. Et ignés
Soli Lucifero fugiebant astra relictosy
les regardant du Ciel avec quelque peu de signe de pluye, et de tardif secours pour eux.