SUR LE PASSAGE DU ROY LOUIS XIII PAR LE BRIANÇONNOIS
porte, comme le Dictum de la sentence prophétique de nostre bruslement, jà une année auparavant qu'il survint. Au devant aussi et à Topposite d'une autre des premières rebasties, sur le frontispice de laquelle le Maistre Fermier des Gabelles pour lors, y avoit fait graver avec le millième ses nom et surnom de la sorte :
Ce que par forme de devise avec risée , le monde qui passoit , exposoitaulong,
G. Renversé.
Et à propos ; car tout y renversoit : les murailles, les voûtes qui tombarent depuis, et furent seulement radressées à l'arrivée du Roy, et sembloit que Dieu fit parler, comme par merveilles, du mesme endroit et milieu de la Ville, les maisons et les choses inanimées, et exprimer en peu de lettres la vérité de beaucoup de choses.
Sa Majesté fut le matin à la Messe aux Cordeliers , et désira de voir ceste singularité , bransler le clocher : mais le temps un peu couveil empescha beaucoup la descouverte du bransle et mouvement. En sa veuë et descente de lieu sadite Majesté jettoit ses yeux de compassion sur les pauvres habitans , et sur le parterre des plus beaux bastimens bruslez, Urbem in urbe quœrebat , sans en rendre les places bruslées, comme l'Empereur Vespasian celles de la ville de Rome, du droit des genSyprimi occupantis aut reœdificantis ^ présupposant que son passage et séjour aux Italies nous lairroit ou emmeneroit des richesses à suffisance poumons restaurer; ce qui estoit infallible, si nos greniers, nos denrées, et biens meubles ne fussent jà passez par les flammes ; si du moins nous eussions esté exempts de tant de logemens des gens de guerre, et de calamitez suivantes. Il remarquoit qu'on ne mettoit pas après Chrysippe le Philosophe, la félicité à construire grands bastimens, ains à rebours des Rhodicns qui se faisoient
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des maisons perpétuelles , comme s'ils ne deroioit jamais mourir. Les brusiez de Briançon se rebaslissoient peu à peu ; mais comme s^ils dévoient tousjours brusler : je veux dire de telle matière , et ainsi , que s'ils disposoient leurs maisons à les rendre susceptibles , et prqiarées à des embrasemens nouveaux: Que ce nestoient jà de nids des Alcyons basiis à preuve des tempestes ; mais bien tel que du pauvre oisillon Cincalus, des bastimens faits par Faide d^autruy , fort légers, de beaucoup de fustaille ; et tels qu'il estoit possible à eux, grandement appauvris des feux et des malheurs.
Le Roy estant à table, un des Seigneurs de sa Cour luy dit: Sire, en ceste ville y a deux vieillards dont Tun ne boit que du vin, l'autre ne boit que de Teau ; et si est-ce que tous deux virent au delà de quatre vingts ans sains et gaillards, (je nay pas apprins la repartie pour l'insérer icy.) On esperoit en cette \i\\e Limitrophe que le séjour fut tel que celuy du Roy François, aUant aussi aux guores d'Italie d'un mois : mais voyant ores Briançon si «strange déformé des feus, peu logeable, rude aussi de YUyyer et depourveu, partit le lendemain matin qu'il faisoit bize et neige, traversant le Uarvhé si fameux, sans appréhender la rigueur du temps non plus que ceux
Quos nutrit natos glacies et m-iirU ab alvo.
Tout le peuple grandement satisfait, se pressoit de voir le Roy et abandonna la ville: le marché courut après jusqu'au Lieu-ras, de Taise qu'on avoit de le suivre, et de là plus outre, de mille bénédictions et «îOiihaits, qu'il pleut à Dieu le r^amener acoomfNagnê de victoires ou de la \}T(f9i\>iiT\Ut de «ses armes , et accomplissement de ses désirs.
\j:% ^lanré/.'S allarent bien-tost à si haut prix, que favoine qui se W\\sh\i jKiur trente sols, par le livre des gros fruits, se trouvoit avoir iUu'ii qu^;lques jours e.sté communément vendue six firancs le cestier. I>; foin ^;^tre venu d'un à quatre francs le quintal et ainsi du reste; les
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proiBts neantmoins en furent petits, d'autant que les magazins n'en estoient pas grands pour avoir esté bruslez, et que certains estrangers en avoient ja fait amas, avant que le Briançonois eut esté fait certain de la venue du Roy.
Son passage fut celuy que tint Ânnibal, si incertain neantmoins du lieu parmy les Âutheurs, et si certain si semble par ces raisons tirées de l'incertitude mesmes , en laquelle en est Tite Live qui le d'escrit: le voicy au vray.
Le Roy passa par le Briançonois y entré par Pertus Rostan , ainsi le vulgaire du pays appelle Feutrée par cette advenue , par corruption de vocable, tirée de Pœnis rupta (supple Rupes) ou per Pornos Rupianij comme qui diroit au long : Via quœ tendit per Pœnos Ruptam ( mpple Rupem ) , car indubitablement c'est le rocher ou l'un des rochers qu'Annibal en son passage en Italie par les Alpes fit ouvrir et rompre, ut non jumenta solum sed Elephanti etiam deduci possefit : Car en efiect ses voyers ou explorateurs des chemins, se méfiant des guides du pays, avoient jà tenté de faire passej l'Armée tantost , et vray semblablement par la Combe de Vivier, (longue, estroite, pleine d'escueils ou de mauvais pas et de destroits y ayant environ trente petits ponts de bois sur la rivière du Guy, qu'il faut passer tout autant fois) tantost par la Bastie-neufve , et les traverses de Yignaux. Mais la Cavalerie et les Elephans n'y pouvans passer à cause aussi des. glacières et des neiges, sans danger évident de leur perte : et c'est ce que veut dire TAutheur des guerres d'Annibal par ces mo\^ ^ per inviapleraque^ et errores quos aut du^ centium frauSj aut ubi fides iis non esset, temerè inita valles à conjectantibus iter, il fut nécessité de se frayer un chemin asseuré ou le faciliter ; Premièrement par l'ouverture et rompement de ladite roche, et sic per Pœnos ruptam, luy ayant laissé cette denomina-
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tien , que le vulgaire du pays par succession de temps et corruption du vocable , a depuis en son patois n'entendant pas ce termelà, appelle Pertus Rostan. On void mesmes encore aujourdliuy une fort ancienne et longue muraille , prise et continuée à l'endroit de ladite roche ou rupture d'un costé de la vallée à l'autre , possible faite pour lors afin de lui fermer le pas et l'entrée dans le Briançonois. On veit à un autre endroit antecedant du mesme Autheur, Ducibus Massiliensibus , auxiliaribm Gallis Annibal ab Druenlia campestri maxime itinere ad Alpes , incolentium ea loca Gallorum ptrvenit. Or voilà qu'il cottoyoit la Durence alloit par terre, et que le Briançonnois siz aux Alpes estoit bien ja des Gaulois , puisque Brennus venant par l'Oysaiis y avoit ja basti une rué , que César de Bell. Gall. appelle Brennovicus, et c'est là où en y passant Annibal mainstint ou fit par Sentence arbitrale Brancus Roy des Allogrobes, que certains disent avoir donné le nom de Briançon, et les premiers fondemcns à celle ville où cela fut fait Accolunt propè Allobroges, etc., dit le mesme susdit Aulheur Tite Live, n'y ayant bonnement qu'une (lisnéc d'icy en Savoye. Regni certamine ambigebant fratres. Se peut juger encore parla suite, nono die ad jugum Alpium perven-tum est , qu'est à dire au Mont-Genevre, estant vrayement le coupet des Alpes; puisque jusqu'à la croupe d'iceluy on monte tousjours venant de la France, et dès iceluy on va tousjours descendant de l'autre costé aux Italies , tesmoin ses deux fameuses rivières. Nobste, ce qu'aucuns ont observé , et veulent inférer de ce que Vitruve faisant mention que les Soldats d'Annibal porloient des rameaux d'Olivier, que ce n'estoil par le Briançonnois où il n'y a point d'Oliviers : car au contraire on y en porte à Pasques fleuries annuellement, et lesdils Soldats en porloient du Languedoc ou de la Provence d'où ils venoient de passer, et pour tesmoigner la paix, ou comme avoit mandé dire Annibal au Roy d'Arles, au Comte de Provence et autres par là
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pour lors, qu'il qualifie Roitelets, se non ut hostem^ sed hospitem advenisse : afin d'avoir d'eux libre passage.
Et pour résoudre cet autre doute que &it Tite Live, que ce ne soit parle mont Penin en Queyras, vallée du Briançonnois ; outre que pour y parvenir, il falloit passer par ladite Combe de Vivier, et par ainsi environ trente ponts qu'il y a, et vray-semblablement inaccessible aux Elephans. Il n'est croyable que pour aller fondre droict à Turin , ils eussent quitté le plus court et plus aisé chemin : Ducibtis Massiliensis auxiliaribm GalliSy pour prendre le pire. Il est ainsi d'ailleurs que ladite montagne de Penin n'est pas un passage , et ne prend sa dénomination de Pœni^ , mais de penè intus , pour dire que là on est presque dans le Piedmont; où pœna intus, qu'il y a de la peine y estant, d'en sortir; et par ainsi comme qui diroit Pœn'ins: tout ainsi qu'en la vallée de Ghasteau-Dauphin contiguë, il y a un village , ou tout une Communauté, qu'on appelle Belins, pour dire qu'elle est belle au dedans ; ceux de ces vallée-là ayans ce terme [ins] fort fréquent. La suite confirme tousjours mieux que c'est par le Mont-Genévre, biduo in jugis stativa habita^ non jà tant de lassitude, comme c'est que vray-semblablement ils avoient esté advertis du danger des Lavanches causant que le marin tiroit (ainsi que marque l'Àutheur ). Mais en fin oitendnque jumenta prope famé absumebantur , namsi quidest pabuli obruunt nives. L'armée Carthaginoise fut nécessitée de commencer de filer et prendre la descente , accidente jam sydere vergiliarumy qu'est l'heure la moins dangereuse; et neantmoins d'autant qu'il faisoit vent et temps marin, voilà l'avalanche, que nous appelions la Rousse, qui vint à courir ou la Perensiere (22), nivis etiam casus ingentem terrorem adjectif per omnia nive oppleta cum signis prima luce motis segniter agmen incederet, pigritiaque et desperatio in omnium vultu eminere. Et ce fut pour lors qu'Ànnibal pour donner courage à ses Soldats vint sur l'eminence d'un pro-