‹ Essais critiquesChapitre 11 sur 52 · L.-A. GARNIER-PAGÈS · texte numérisé non relu

L.-A. GARNIER-PAGÈS

d'accord avec la loi morale, avec la volonté de Dieu. » Il affirma que le fondateur des ateliers était <( un homme d'Etat qui se révélait ». Comme on voit bien Garnier-Pagès se contredisait sans mesure et sans feinte !

Ses contradictions lui étaient inspirées parle plus pur amour du peuple. La force de ses principes déterminait toutes ses variations.

Or, parce qu'ayant été courtier de commerce, il avait Tâme d'un héros, il déversa son héroïsme dans les finances. Louis- Antoine Garnier-Pagès fut le financier de la deuxième République.

Dans la tragi-comédie qui se déroulait, on n'était pas pourvu de financier. Goudchaux tint le rôle un instant, n'y put suffire, y renonça. Garnier-Pagès le joua au pied levé.

Certes, il n'était bon à rien, mais il était prêt à tout. Il ne crut pas que les finances fussent en dehors de son incapacité . Il en accepta le ministère, parce que c'était un ministère et parce que, dit-il, il était « confiant dans la Providence, qui l'avait soutenu parmi toutes les amertumes de la vie ». Sa confiance était mal située, car la Providence l'engagea à affronter les périls, ne l'aida pas aies vaincre, Garnier-Pagès ne fut qu'un ministre parfaitement honnête; mais à cette époque ce n'était pas une originalité.

En vérité, la situation était effroyable. Garnier- Pagès, comme il le dit en son langage, ce l'embrassa

d'un coup d'œil ». — « Les gouvernants... avaient reçu la France dans une tempête violente. » Gomment l'apaiser, sans argent dans les caisses, le peuple refusant Timpôt, les affaires étant paralysées? Ferait-on banqueroute ? La démocratie en faillite ! ô déshonneur! Garnier-Pagès, en cette occurrence, s'efforça de tromper tout le monde par honnêteté. Un y réussit qu'à demi. Il organisa la déconfiture : mais ne prononça pas la faillite ; ce fut la seule fois qu'il eut peur des mots.

Il montre de toutes parts une inexpérience financière excellemment démocratique. Il pousse au plus haut point l'ingénuité.

Il décide que les livrets de caisses d'épargne ne seront j^as remboursés, que les bons du Trésor en revanche seront réduits aux deux tiers de leur valeur... Il contemple son ouvrage. Et la rente baisse, baisse encore.

Garnier-Pagès alors étale son innocence. Il émet immédiatement au pair cent millions de rente.

La rente était à 74 francs : il offrait donc pour 100 francs ce qui en valait 74- H s'étonna que l'emprunt ne fût pas souscrit: en bon financier, il attribua ces résistances aux ennemis de la Répul^lique.

Et l'argent rebelle ne veut point venir aux caisses de l'État. Gomment le contraindre? On décide aussitôt qu'on imposera la propriété immobilière qui fuit difficilement en dehors du territoire. Ressource assurée ! Mais quelle sera la quotité de cette contribution tout à fait extraordinaire? Ledru-Rollin propose I fr. 00, — et, par compensation, il ajoute que les riches paieront tout seuls. Pauvres riches ! D'autres amis du peuple, peu versés dans les finances,.

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