‹ Essais critiquesChapitre 18 sur 52 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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prêtres, les officiers et les nobles. Eq dehors d'eux un immense troupeau d'êtres auxquels, par un abus fâcheux, on donne encore le nom d'hommes.

Le curé est le bon curé, le saint curé. Et pour peu que le bon curé soit un bon jésuite, il devient acoiii^ageux comme un zouave; bon et tendre comme une sœur de charité, pieux comme un saint, infatigable comme un Hercule. » Le bon curé a la mission de prier la Sainte- Vierge pour ses paroissiennes, d'enseigner le catéchisme aux enfants. En fait, bien qu'elle nous montre quelques enfants au travail, dès qu'il s'agit d'instruction, la comtesse de Ségur est bien russe. Elle est même unpeucosaqne. Si le bon curé ne devait pas enseigner le catéchisme aux enfants, elle se passerait parfaitement qu'on leur apprit à lire et à écrire!... Et puis le bon curé est l'intermédiaire utile entre les bons châtelains et les gens de peu. Il maintient les paysans simples dans l'état de reconnaissance émue pour les bons châtelains qui leur lont incessamment — et sans métaphore — baiser leurs mains, le pan de leur redingote, ou la trace de leurs pas, avec, bien entendu, des larmes qui coulent à flots pressés.

Les militaires décorent cette société idyllique et ils ont un grand prestige. Ils sont braves parée qu'ils sont pieux. Ils se battent comme des lions, je dis comme des lions. Ils culbutent héroïquement les ennemis ; après quoi ils les soignent avec des tendresses sentimentales.

Ils comprennent les aristocrates et les aristocrates les comprennent. Tout part des aristocrates et tout revient à eux. Ce ne sont que blasons. Ce ne sont qu'armoiries. Les vrais héros de la comtesse de

LA COMTESSE DE SÉGUR lOI

Ségur sont tous nobles. M'"^ de Fleurville est faite pour rencontrer M™® de Rosbourg, et le commun des mortels est fait pour admirer ces deux dames. Les gamins savent la supériorité de la noblesse. Cette petite est Ma-de-moi-sel-le Mar-giie-ri-te de Ros-boiirgH! dit fièrement Paul qui porte ses premières culottes. Les gentilshommes ont toutes les vertus ou plus exactement toutes les supériorités» Cela n'empêche pas M. de Rosbourg d'acheter honnêtement quatre mille francs ce qui en vaut douze mille, et M. de Réan de battre sa femme comme si elle était un simple moujik. Le caractère, le caractère russe de la comtesse de Ségur née Rostopchine reparaît toujours. Grattez le Russe et vous trouverez le cosaque. Je vous l'ai déjà dit : on trouve facilement le cosaque dans les livres de M"^' de Ségur.

Mais il vaut mieux être cosaque que bourgeois. Tel est l'esprit de M"'*^ de Ségur : les bourgeois la dégoiitent. Elle les ridiculise impitoyablement. Les bourgeois sont ignoblement avares comme M*"' Mac- Miche. Ils parlent vulgairement : « Ne te tourmente pas, fifille. » Ils sont laids, et grotesques d'attitudes et de mise. Les Tourne-Boule, bourgeois qui veulent vendre leur château à M. de Rosbourg tout prêta en donner un prix très au-dessous de sa valeur, les Tourne-Boule « étaient ridicules, fiers et communs ». Ils sont obèses et présomptueux. L'obésité €t la présomption sont vices de bourgeois. « On vit descendre un gros petit monsieur d'une cinquantaine d'années, puis une dame magnifiquement vêtue et une petite fille de douze ans environ habillée comme pour aller au bal. » Même grotesques — et

comment ne le seraient-ils pas! — ils comprennent la supériorité de l'aristocratie. « M^^^ Yolande leur parla tout le temps des richesses de son père, de sa puissance, de ses nobles relations. A Paris il ne iwj'ait que des ducs, des pinnces, des marquis, et, par condescendance^ quelques comtes d'illustres familles. ))Ils sont méchants : et comme la comtesse de Ségur nest pas un psychologue ami des nuances, ils sont grossièrement méchants. M"^ Fichini, acariâtre, stupide et bouffonne, martyrise sa belle- fille comme M™^ Mac-Miche martyrise son cousin. Ils sont avides et hypocrites : « Le général lui donna comme récompense une pièce de çingt francs, Le greffier refusa d'abord pi(^ement, puis mollement., accepta tout en témoignant une grande répugnance à donner à ses seri>ices une apparence intéressée. » Notez que ce greffier n'est pas un a type y» dans l'œuvre de M"'^ de Ségur. Il passe un instant. M"^^ de Ségur a tout juste le temps de prêter une bassesse à ce petit bourgeois.., Elle n'y manque pas. Petits ou grands, les bourgeois glissent nécessairement snr les parquets cirés et M™® Fichini tombe, s'étale les jambes en l'air. Heureusement la société et la Sainte-Vierge'remettent les bourgeois à leur place : « M^^^ Yolande Tourne-Boule., ruinée, mal élevée, sans esprit, sans cœur, et sans religion^ se fit actrice quand elle fut grande. M. Tourne- Boule mourant de faim fut très heureux d'être reçu chez les petites sœurs des pauvres. » D'intelligence courte, et entravée dans les préjugés accoutumés qui, chez elle, deviennent plus tyranniques que partout ailleurs, la comtesse de Ségur a des bourgeois une horreur instinctive. Elle sent confu-

sèment, mais fortement, que les bourgeois sont les rivaux, et que, plus actifs, ils expulsent peu à peu les aristocrates. Elle ne peut le supporter d'eux et elle le leur fait bien voir. Les petits enfants des gentilshommes savent maintenant à quoi s'en tenir. Ils nont aucune pitié pour cette imprudente petite Yolande si vaniteuse, vaniteuse, au point de se comparer à des enfants nobles. Elle est mal élevée. Elle n'est donc pas responsable. Tant pis! Il leur paraît juste qu'elle expie les prétentions de ses parents. D'ailleurs elle se fait actrice I Dieu Ta voulu et Dieu sait ce qu'il veut. Il a puni justement, par la plus cruelle déchéance, celle qui avait le tort impardonnable d'être fille de bourgeois enrichis et parvenus...

Ecartons donc de livres destinés aux enfants tout ce monde immense, laborieux et sympathique des petits bourgeois qui a fait la force de la France, qui est précisément la caractéristique de la France. La cosaque, qu'est M''* Rostopchine, ne peut admettre que la bourgeoise ait plus d'importance en France qu'en Russie où elle n'en a — nous sommes en 1860 — aucune. Elle est violemment indignée par l'ambition de ces étranges bourgeois français. En Russie, pour les anéantir, on les exécuterait. En France, on est réduit à faire des livres pour la jeunesse.

Seuls, en face du peuple, les nobles accomplissent donc leur devoir social par la charité. Enfants, ils ont une charité exubérante. Ils sont bons, ah I qu'ils sont bonsi « Si nous voj'ons de pauvres femmes et de pauçres enfants, nous leur donnerons de V argent. Je vais emporter cinq sous, dit Madeleine. » Et Camille : « Oh! oui, iu as raison, Madeleine;

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moi f emporterai dix sous. » Plus tard, ils ont toujours la même charité. Elle est devenue consciente d'elle-même et encore plus condescendante. Les pauvres gens comprennent bien qu'ils ne sont pas analogues aux gentilshommes. Ils restent persuadés qu'il y a, non pas une espèce humaine, mais plusieurs espèces humaines, au moins deux. Ils sont humbles, si humbles ! Ils sont éperdus de gratitude. Et devant les maîtres de la société, ils font tous comme le serviteur de M""^ de Rosbourg. « Lecomte se jeta à genoux devant M"^^ de Rosbourg et baisa le bas de sa robe. » Allez, mon ami, baisez, baisez!..

Et c'est (( ça » qu'on veut glorifier par une statue !

Aucun talent de style, aucun naturel dans le récit, un certain sens de la puérilité menue des enfants du premier âge, une aptitude évidente à s'intéresser aux mille détails anodins auxquels ils s'intéressent et à radoter comme eux, tous les poncifs avec toute leur suffisance, l'incapacité absolue de voir la vérité, les plus burlesques inventions, une fantaisie surabondante, plate comme la steppe, et interminablement fastidieuse : voilà l'œuvre littéraire de la comtesse de Ségur !

Vous connaissez son œuvre sociale.

Je ne sais pas de livres qui aient exercé une nfluence plus funeste que l'influence exercée par les livres de M"^^ de Ségur. Ils sont lus par des lecteurs trop jeunes pour avoir contre eux aucune résistance. Ils sont les premiers livres d'imagination dont on inflige aux enfants la lecture d'autant

LA COMTESSE DE SEGUR lOO

plus agréable pour eux quelle est leur première lecture « de distraction ». Plus tard les garçons se libèrent. Les fillettes restent pour jamais modelées selon les livres de la comtesse de Ségur. Elles nont nulle occasion de réagir. Elles acceptent tous les préjugés de ces livres. Elles en demeurent les victimes et les esclaves. Victimes satisfaites! Esclaves enchantées ! La veulerie et la servilité coutumières de la petite bourgeoisie française proviennent pour beaucoup des enseignements que la comtesse de Ségur a prodigués aux adolescentes étriquées des couvents modestes... Et toute une littérature écœurante est sortie de ses livres. D'innombrables basbleus démunis d'argent, et qui auraient mieux rempli leur destinée comme cordons-bleus, ont fabriqué au rabais des œuvres falotes à la manière de la fille de Rostopchine. Ils ont répandu dans la gélatine étendue d'eau de leurs phrases rances, la fadeur de leurs sucreries sentimentales, le parfum éventé de leurs âmes innocentes et niaises, la marmelade sûre de leurs idées rétrogrades! Us ont donné à la jeunesse des lectures faciles qui combattaient tout l'effort de l'éducation moderne. C'est ainsi que l honnête comtesse de Ségur a été pendant des années un danger public... Est-ce pour cela que quelques snobs veulent célébrer aujourd'hui par un monument son œuvre enfin surannée, accorder à cet auteur trop heureux chez les libraires un hommage que son talent ne justifie en aucune façon? En tous L-as, il dépend des représentants du peuple parisien d'accorder ou de refuser le terrain nécessaire pour ce risible monument. Us refuseront. Refuser, ce n'est pas être sectaire. C'est simplement ne pas être dupe.

LE STYLE DE PAUL BOURGET

Les critiques prudents ont presque toujours négligé d'apprécier le style de Paul Bourget. Ils ont bien fait, car Paul Bourget est un méchant écrivain. J'admets qu'il soit un grand psychologue. J'admets même qu'il exprime, depuis qu'il a quitté les alcôves pour entrer dans les sacristies, les principes d'une sociologie raisonnable. Paul Bourget est un méchant écrivain. On sait que Paul Bourget exerce une immense inûuence sur les quatre théoriciens néo-royalistes qui forment l'Ecole de Tarascon : Charles Maurras, dont le pédantisme est outrecuidant; Léon Daudet, ce fort en gueule des salons dont la violence est parfois si grossière; le simple Henri Vaugeois... Tiens, ils ne sont que trois... mais cela n'empêche pas ces trois fondateurs de l'Ecole de Tarascon de faire du bruit comme quatre... Et comme les trois maîtres de l'Ecole de Tarascon ont peut-être un disciple chacun, ces six anabaptistes du royalisme moderne chantent la gloire incomparable de Paul Bourget, la puissance de ses idées et, pour tout dire, la supériorité de son génie. Je les défie de célébrer les qualités de son style. En tout cas, s'ils veulent démontrer que tout

i. Les Détours du Cœur et Œuvres complètes, 'Pion, éditeur.)

est pur aux purs, et que Paul Bourget connaît personnellement la langue française et qu'il la respecte, je les supplie de faire état d'une appréciation toute littéraire de Jules Lemaitre — lequel, en ce temps lointain, en ce temps heureux, n" avait pas encore entrepris de réformer l'Etat mais s'adonnait tout entier à la critique aimable de ses contemporains de la littérature.

C'était en 1886 et Bourget avait publié, avec ses poèmes, ses Essais de Psychologie contemporaine ,. ses romans Cruelle Enigme, Crime d'amour, André Cornélis. Il allait publier Mensonges. Il n'était pas systématiquement « bien pensant », il était déjà mondain jusqu'au bout verni de ses godillots qui se donnaient des airs de bottines de la meilleure société. Jules Lemaitre écrivit alors une étude qui ne fut pas inutile à la réputation de Paul Bourget dans les milieux élégants. L'étude de Jules Lemaitre estten^ drement bienveillante ; elle est très jîénétrante néanmoins.

Jules Lemaitre a la gentillesse de distinguer en Paul Bourget des contrastes qui le rendent très intéressant. Il voit en lui un dilettante de décadence, affecté et artificieux, maladivement sensuel et d'un mysticisme équivoque, et par ailleurs, un esprit très grave, d'une gravité de jorêtre, très préoccupé de vie morale, sérieux au point de tout prendre au tragique... C'est exact. Et maintenant la gravité a définitivement refoulé la frivolité, le prêtre est devenu prédicateur et Bourget plus que jamais prend tout au sérieux, même lui.

Mais Jules Lemaitre ajoute : « Son style offre les mêmes contrastes : il est mièvre et il est fort; il est

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pédantesque et il est simple ; tout glacé d'abstractions, roide et guindé, et soudain gracieux et languissant, ou plein, coloré, robuste. Il est excellent ■et il est, peu s'en faut, détestable. » Jules Lemaitre est bien bon lui aussi, il s'en faut en effet de très peu, comme nous Talions montrer tout à l'heure, que le style de Paul Bourget ne soit détestable. Quant à être jamais excellent...

Jules Lemaitre tient à prouver tout de suite que ce style peut être excellent par moments : « Et l'on sétonne, dit-il, que le cruel début de Cruelle Enigme et l'adorable récit de la rencontre des amants à Folkestone, ou le puissant tableau du duel des deux sexes dans l'amour d'après le théâtre de Dumas fils, soient partis de la même main. Dans ces dernières pages si belles tandis que je les parcours, je suis sans doute arrêté par des phrases éclatantes comme celle-ci, qui termine un morceau sur le rôle de l'amour dans le développement de notre être moral : « Tout au long de nos années, il sest donc enrichi ou appauvri, au hasard de cette passion souverainement bienfaisante ou destructive, le trésor de moralité acquise dont nous sommes les dépositaires : infidèles dépositaires si souvent et qui préparons la banqueroute de nos successeurs parmi les caresses et les sourires. )>

Jules Lemaitre est un critique Uttéraire aussi loyal que narquois, et je ne le soupçonne pas du tout d'avoir choisi cette phrase par ironie : mais je suis très assure et je tiens pour certain que son goût mesuré, délicat, ne peut pas s'accommoder de la lourde métaphore qui l'encombre et du galimatias qui la termine. Il est évident que ce trésor de mo-

IIO ESSAIS CRITIQUES

ralité dont nous sommes les dépositaires est, par tous pays, la plus lamentablement banale des métaphores. Et il est évident que si nous sommes les dépositaires infidèles du trésor, c'est-à-dire si nous détournons le trésor, c'est nous-mêmes qui ferons banqueroute, nous-mêmes ou les véritables propriétaires du trésor dont nous ne sommes que les dépositaires, et nos successeurs feront ce qu'ils pourront, mais leur banqueroute sera tout à fait indépendante de la nôtre ou de celle des propriétaires du trésor. Et, par conséquent, la phrase éclatante dont Jules Lemaitre veut bien se déclarer enchanté démontre péremptoirement le penchant de Paul Bourget aux métaphores médiocres, usées, et, si j'ose dire, éculées, ainsi que sa tendance àprolonger jusqu'à l'excès ces métaphores et son incapacité de les développer logiquement ou de les suivre sans se perdre du commencement jusqu'à la fin. Néanmoins Jules Lemaitre continue de citer des phrases de Paul Bourget avec intrépidité. Et il admire toujours impitoyablement : a Ou bien ce passage m'éblouit comme un magnifique éclair : c( L'amour seul est demeuré irréductible, comme la mort, aux conventions humaines. Il est sauvage et libre malgré les codes et les modes. La femme qui se déshabille pour se donner à un homme dépouille avec ses vêtements toute sa personne sociale : elle redevient pour celui qu'elle aime ce qu'il redevient lui aussi pour elle : la créature naturelle et solitaire dont aucune protection ne garantit le bonheur, dont aucun édit ne saurait écarter le malheur. » Je suis ravi de cette beauté de pensée et de forme», dit Jules Lemaitre.

LE STYLE DE PAUL BOURGET III

Je suis déjà charmé de ce petit morceau, disait Philinte. Moi je trouye le morceau un peu gros. Et je cherche en vain sous quel prétexte Jules Leinaître peut être ébloui par cette phrase mastodonte qu'il consent à nommer un magnifique éclair. Jules Lemaître est trop au fait des phénomènes météorologiques pour ne pas savoir que le propre de tout éclair est d'être bref et rapide. Or l'éclair de Paul Bourget tire en longueur. Et il ne tire pas vite. Enfin, relisez la phrase et vous conviendrez que cet éclair n'est pas d'une clarté aveuglante. L'idée que Paul Bourget veut exprimer n'est qu'un lieu commun. Mais elle est tellement embarassée dans des mots vagues et vides qu'on finit par se demander ce que Paul Bourget a voulu dire. L'idée du moins perd toute sa vigueur et tout son relief. Bourget semble avoir été moins entraîné par la manie commune aux mauvais écrivains de réunir — pour affaiblir la pensée, croyant la fortifier — tous les mots synonymes ou analogiques : les conventions humaines, les codes, les modes, les édits. Il a aggravé son cas par telle façon gauche de construire la phrase bien pénible pour le lecteur qui lit avec le dessein de comprendre. Qu'est-ce que : « la créature naturelle et solitaire dont aucune protection ne garantit le bonheur, dont aucun édit ne saurait écarter le malheur? » Beaucoup de bons esprits admettront que la femme qui se déshabille pour se donner à un homme redevient la créature solitaire. Pour qu'une femme se donne à un homme et réciproquement, il faut être au moins deux : un homme et une femme. Donc la femme dans cette situation quelquefois agréable n'est pas une créature solitaire... Alors,

pourquoi Paul Bourget dit-il qu'elle redevient une créature solitaire ? Parce qu'il ignore le sens des mots et parce qu'il emploie volontiers les mots les uns pour les autres... Et, s'il vous plaît, qu'est-ce donc encore que cette créature dont aucune protection ne garantit le bonheur^ dont aucun édit ne saurait écarter le malheur? Certes une protection peut, en français, garantir le bonheur d'une créature: je ne suppose pas que un édit puisse, dans la même langue, écarter le malheur de la même créature. Mais si un édit avait ce singulier pouvoir, Paul Bour- «■et devrait écrire de toute nécessité : « la créature de laquelle (dont) aucune protection ne garantit le bonheur, loin de laquelle (dont) aucun édit ne saurait écarter le malheur. » Paul Bourget veut user du pronom relatif: il lui prête dans la même phrase deux sens différents et ce n'est pas ainsi que les bons stylistes se comportent... Bref, il suffit de presser une phrase de Paul Bourget, une belle phrase, pour en faire sortir des fautes de grammaire, des impropriétés de termes, et tous les éléments du galimatias. Jules Lemaître lui-même, après avoir eu la générosité cruelle de se montrer a ravi de cette beauté de pensée et déforme », confesse : « Je tourne la page et j'y trouve une « floraison » ou un « avortement » qui « dérive » d'une certaine qualité d'amour. J'y trouve que « la Dame » est un être supérieur et charmant « fait de sécurité inébranlable », comme sila sécurité était dans la dame et noni^as dans l'adorateur. Ou bien ce sont des afféteries de langage pâmé : « Que faire là contre? S'agenouiller devant la sœur douloureuse et l'adorer dètre douloureuse... » Ces choses-là me désolent. »

LE STYLE DE PAUL BOUKGET Il3

Elles ne nous désoleraient pas, nous, si elles étaient exceptionnelles, ou bien si, contemporaines des débuts de Paul Bourget, elles n'avaient pas persisté depuis cette époque. Mais tous les vices du style de Paul Bourget ont persisté : ils sont devenus rédhibitoires.

Vous vous rappelez le succès de Mensonges. Il fut colossal. Il a duré. Mensonges reste un de ces livres qui porteront témoignage de la littérature d'un temps. On a le droit d'exiger qu'il soit écrit correctement. Le moindre faute de style, dans un tel livre, est un crime contre la littérature française.

Au commencement du premier chapitre de Mensonges, Bourget raconte ce fait tout simple quun jeune homme en habit et pelisse descend de voiture. Vous voulez dire ainsi qu'il fait froid, Acis, dites : Il fait froid. Vous voulez dire qu'un jeune homme en habit, etpeUsse, descend de voiture, ne dites pas autre chose, et dites cela avec toute la simplicité naturelle et rapide qu'un fait insignifiant à ce point réclame impérieusement.

Vous écrirez donc :

(( Un homme jeune descendit de voiture. Il était en habit et parce qu'il faisait froid, il avait pris sa pelisse. »

Comme, en réalité, on ne prend sa pelisse que lorsqu'il fait froid vous écrirez plus sobrement :

« Un homme jeune descendit de voiture. Sa pelisse cachait sa toilette de soirée. »

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Vous écrirez ainsi parce que vous avez du goûl, parce que un conteur ne doit jamais s'appesantir sur des détails négligeables, et doit toujours adapter lexpression à l'idée... Mais vous n'êtes pas romancier psychologue et les grâces du style ne vous sont pas familières. Paul Bourget, lui, les connaît <( dans les coins ». Il écrit donc :

a La portière s'ouvrit pour donner passage à nn homme jeune qui releva frileusement le collet de loutre de son pardessus et avança sur le pavé des escarpins découverts. Les souliers vernis, les chaussettes de soie à fleurs, le pantalon noir et le chapeau d'étoffe témoignaient que, sous la fourrure, ce personnage cachait une complète tenue de soirée. »

Relisez :

c( La portière s'ouvrit pour donner passage à un homme jeune. »

Ah ! portière qui s'ouvre pour donner passage à un homme jeune ! Ah! pathos! Vous supposez que Bourget devait avoir ses raisons pour s'exprimer aussi mal et qu'il a voulu attirer tout de suite, attirer spécialement notre attention sur la portière qui jouera peut-être un grand rôle dans le roman. Et vous vous demandez évidemment si la portière s'ouvrit, toute seule, par distration, ou bien parce que, étant donné qu'une portière doit être ouverte ou fermée, la portière dont s'agit s'ennuyait d'être fermée. Vous vous demandez encore si quelqu'un n'aida pas la portière à s'ouvrir, et si ce quelqu'un n'était pas par hasard l'homme jeune. Non, non, la portière a dû s'ouvrir, toute seule. Elle s'ouvre, en effet, pour donner passage à un homme jeune.

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La plus jolie portière du monde ne peut donner que ce qu'elle a... Une portière donne passage : et c'est aimable de sa part .

Bref — quand je dis : bref 1 — « La portière s'oiiçrit pour donner passage à un homme Jeune qui releva frileusement le collet de loutre de son pardessus et avança sur le pavé des escarpins découverts.»

Cet homme jeune qui, en style de maçon, avance sur le pavé des escarpins découverts, nous fait rire. Mais nous rions de tout et de rien. Cependant, mon cher Bourget, la duchesse ne vous a jamais dit lorsqu'elle vous conjurait de descendre avant elle :

« Eh ! marquis, avancez sur le pavé vos escarpins découverts ! » Elle ne vous l'a pas dit parce que vous n'êtes pas marquis, parce que, dans l'aristocratie, on ne s'appelle jamais par son titre — on a tellement peur que les titres ne soient faux — et parce que les escarpins sont toujours découve-rts. Escarpin vient, en effet, du bas latin scarpus et signilie, dans tous les mondes, soulier découvert à semelle très mince. La duchesse que crée mon imagination ardente, dirait donc : « Avancez sur le pavé vos escarpins! » Elle n'en dirait pas davantage, pour éviter le pléonasme. Elle n'en dirait même pas tant parce que, enfin, on n'avance pas des escarpins... Il me semble aussi (mais sur ce sujet, je n'ai pas consulté la duchesse), qu'un collet de fourrure et particulièrement de loutre ne s'adapte guère qu'à ce vêtement doublé de fourrure que nous appelons pelisse. Par conséquent, mon cher Bourget, si vous le voulez bien, nous prendrons la pelisse et nous

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laisserons le pardessus au vestiaire. Nous prendrons la pelisse, car la loutre est un sacr^ petit animal carnassier et aquatique dont la fourrure coûte très cher, et on ne met pas des collets de loutre à des paletots de grands magasins, et il faut toujours, toujours employer le mot propre.

Mais continuons ensemble, mon cher Bourget, ce petit voyage d'exploration à travers une de vos phrases :

ce Les souliers vernis, les chaussettes de soie à fleurs, le pantalon noir et le chapeau d'étoffe témoignaient que sous la fourrure, ce personnage cachait une complète tenue de soirée. »

Ce personnage, et ses puériles chaussettes de soie à fleurs et son ingénu chapeau d'étoffe font mes délices. Mais n'insistons pas. Le principal est de savoir qui a tort ou qui a raison. J'ai raison, et, avec votre loyauté habituelle, c'est vous, mon cher Bourget, qui me donnez raison. Tous dites que les souliers vernis, les chaussettes à fleurs, le pantalon noir et le chapeau d'étoffe témoignaient — je n'aurais pas osé demander leur témoignage — que sous la fourrure, sous la fourrure!!! oh! ce grand mot lâché ne vous fait-il pas rougir de honte ? Je pensais bien moi, que le collet de loutre n'était pas d'un simple pardessus mais d'une véritable pelisse. Maintenant, eussiez-vous l'œil de feu Lynx lui-même, vous seriez incapable de discerner à neuf heures et demie du soir, dans une ruelle éclairée seulement à son entrée par une lanterne suspendue à une corde transversale, — c'est vous qui précisez — les chaussettes de soie à fleurs d'un individu, mettons d'un personnage pour vous faire plaisir, qui avance ces

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escarpins hors d'un fiacre, ce fiacre fût-il un fiacre de cercle, comme vous dites si bien ! Sait-on jamais si des chaussettes qui prétendent être des chaussettes de soie sont vraiment des chaussettes de soie? On ne distingue bien ces choses-là qu au toucher. Encore faut-il être « du bâtiment ». Alors pourquoi insister sur ces détails ridiculement médiocres que vous ne pouvez pas connaître mieux que nous ?

Mais on se persuade que dans cette phrase vedette, dans cette phrase essentielle du roman psychologique de la grande époque, Bourget a voulu rassembler toutes les naïvetés qui constituent le fond de son talent d'observateur des mœurs mondaines, et aussi, toutes les impropriétés d'expression qui trahissent son ignorance absolue du vocabulaire, tous les caractères de son style difficile et comme entravé d'obstacles, terne, vulgaire, pesant, pataud, avec des affectations de galanterie badine et qui se trémousse...

Naturellement, il ne croit pas avoir encore assez fait, et il démontrera que son style peut être encore défectueux d'autres manières. Lisez page à page Mensonges^ non pas avec l'attention malveillante d'un enquêteur, mais avec la nonchalance bienveillante d'un lecteur qui ne demande qu'à s'abandonner au plaisir des belles pensées, à la joie du beau langage, vous serez arrêté incessamment par des phrases comme celle-ci :

Ci Le secret du culte idolâtre dont Emilie enveloppait son Jeune frère, dérivait tout entier de la masse de sacrifices quotidiens représentés par ce chiffre de revenus. »

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O style ! O souffrance ! Malheureuse langue française! Le secret d'un culte qui dérive d'une masse de sacrifices qu'un chiffre de revenus représente...

C'est ainsi que Paul Bourg^et écrit...

C'est ainsi que Paul Bourget écrit lorsqu'il se flatte de renouveler le roman, lorsque, ayant multiplié les essais de jeunesse littéraire, il est enfin un écrivain, maître de lui-même, lorsqu'il avance d'un pied triomphant et lourd dans la gloire mondaine...

Vingt ans après ! Paul Bourget a continué d'écrire avec une régularité patiente. 11 a renouvelé une fois déplus le roman; il est toujours en possession de son talent tout entier; sa gloire, sans péricliter, est devenue plus austère : les mêmes femmes frivoles qui l'adoraient jadis, l'admirent aujourd'hui et elles sont de graves douairières augustes. Comment Paul Bourget écrit-il maintenant?

Lisez donc ce livre de nouvelles : Les Détours du Cœur. C'est dans les nouvelles que les charmes du style sont le plus appréciés, c'est dans les nouvelles qu'ils sont le plus utiles. Un roman peut, à la rigueur, être écrit médiocrement : les développements de l'histoire dramatique ou comique, les mouvements des héros, les analyses psychologiques, tout cela qui s'étale sans nulle gêne, peut suppléer dans une certaine mesure aux qualités du style. Dans une nouvelle, rapide, où les complications romanesques, où les analyses çont nécessairement sommaires, il faut que le style emporte tout.

Je choisis la dernière des nouvelles réunies en ce

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livre : Les Détours du Cœur. Le hasard seul détermine mon choix. Je n'ose dire à quel point le sujet de la Parole donnée me semble naïf et faux. Gomment Paul Bourget a-t-il écrit La Parole donnée?

Il commence :

ce Certains coins dénature, dune beauté si douce quelle en est humaine, si délicate qu'elle en est tendre, semblent avoir été faits exprès pour recueillir les grandes douleurs. y>

Va pour le coin de nature! Mais considérez le balancement des épithètes. Des mots. Des mots. Paul Bourget paraît leur refuser délibérément une valeur précise : si douce, si délicate... délicate répond à douce, mais humaine refuse obstinément de correspondre avec tendre. Et d'autre part, la douceur, beaucoup plus que la délicatesse, appelle l'idée de tendresse ou de tendreté (car je ne sais pas exactement ce que Paul Bourget a prétendu dire), et par conséquent, Paul Bourget aurait dû écrire : d'une beauté si douce qu'elle en est tendre, si délicate qu'elle en est humaine... Mais il est incapable vraiment d'assurer Tordre et l'homogénéité dans la progression des qualificatifs accumulés. Je cite : (c Tout près, la rivière qui a pris aux glaciers le reflet pur de son eau rapide, court entre les énormes troncs d'arbres séculaires, noyers lustrés, frênes argentés, tilleuls embaumés dont les branches.., » Cette rivière qui prend aux glaciers le reflet pur de son eau : Cathos ne dirait pas mieux, et Madelon ne dirait pas plus mal. Mais vous voyez les épithètes : séculaires, lustrés, argentés, embaumés. L'une évoque l'idée de durée, l'autre de frottement qui polit, l'autre de couleur,

Fautre d'odeur; telle est aussi spéciale, telle aussi générale que possible, et toutes sont cependant interchangeables, donc aucune d'elles n'est indispensable, donc on peut, sans inconvénient, les supprimer toutes. Parfois, l'eftet produit est pire : a Quelques semaines avaient suffi pour que l'influence émanée de cette tranquille et sauvage nature, commençât de calmer un peu cet organisme dévoré par les chagrins, ravagé d^nsomnies et de cauchemars, chez lequel Vidée fixe exerçait le ravage d'un véritable empoisonnement. » Que de catastrophes, n'est-ce pas, dans cet organisme î Bourget dirait : « Que de catastrophes chez cet organisme ! » Et pourquoi est-il dévoré par les chagrins et ravagé d'insomïiies, plutôt que ravagé par les insomnies et dévoré de chagrins, et pourquoi les chagrins dévorent-ils et pourquoi sont-ce les insomnies qui ravagent, ne pourrait-on pas supposer des insomnies qui dévorent et des chagrins qui ravagent ? Quant à cette idée fixe qui s'en va exercer le ravage d'un véritable empoisonnement chez un organisme déjà ravagé et déjà dévoré, j'estime que c'est une idée fixe bien impertinente... Bourget, cependant, est en verve et il fait des adjectifs tout ce qu'il veut.

Il écrit : « A chaque seconde, un funeste projet peut surgir dans cette pensée à peine convalescente ^ un autre malheur se produire, plus irréparable que Vautre. » A d'autres ! un autre malheur n'est pas plus irréparable, il ne saurait être plus irréparable qu'un malheur précédent. Un malheur est réparable ou irréparable, il ne saurait être plus ou moins irréparable. Et de même, lorsque Bourget parle de

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« la force d'un système nerveux très intact » il oublie qu'un système nerveux est intact ou qu'il ne l'est pas, mais qu'il n'est point intact plus ou moins, et de même, lorsque Bourget parle de cette tragédie si pareille à celle où son père avait trouvé la mort, il oublie qu'une tragédie n'est pas plus on moins pareille à une autre, mais pareille simplement et cela suffît, et qu'il y a dans la langue française dés épithètes absolues, exclusives de tout degré. Et lorsque Bourget écrit : « les aspects... de cette approche de VOherland », il oublie que ap~ proche signifiant abords, accès, ne s'emploie qu'au pluriel : les approches de l'Oberland. et que lorsqu'on emploie ce substantif au singulier, il signifie: mouvement vers, c'est-à-dire tout autre chose. Et lorsque Bourget écrit : « C était bien l'assassine de l'infortuné Steenacker s y), il oublie que le substantif assassin, assassin de quelqu'un, est systématiquement un nom masculin et qu'il ne consent en aucun cas à devenir un nom féminin, et Bourget a tort de l'oublier, et c'est un tort impardonnable à un écrivain.

Le plus souvent, Paul Bourget se contente d'être un virtuose du galimatias. Toutes les espèces de galimatias lui sont familières. Il écrit :

« Sa table était voisine de celle du comte Serge Komoiv, Vhomme d'État le plus impopulaire de cette époque, un de ces martyrs de V autorité auxquels Vingi'atitude du peuple qu'ils ont essayé de sauver, n' accordera jamais les couronnes que sa sottise prodigue aux imposteurs ou aux insensés qui le perdent. » Forte pensée, mais expression embarrassée.

Il écrit : ce T ai senti un esprit de repos émaner de ce paysage. » Admirons silencieusement...

Il écrit : « A V époque de l'adolescence^ la révolte, c'est-à-dire le désaccord entre nous et notre entourage^ traduit neuf fois sur dix Végoïsme foncier, l'orgueil dominateur, toutes les chances, pour V avenir, de la sécheresse et de La dureté, » Vous plaît-il de me dire ce que vous pensez de cette révolte qui traduit toutes les chances, pour l'avenir, de la sécheresse? Vous n'en pensez rien de bon, certainement.

Il écrit : « Sa rencontre précoce avec une si tragique surprise du sort n avait pas atteint en lui la foi religieuse. » Oh î cette rencontre avec une surprise du sort ! El cette rencontre précoce ! ? Paul Bourget, évidemment, ne connaît pas le sens de i'adjectif précoce. Précoce signifie : mûr avant la saison, et, par extension, formé physiquement ou moralement avant Tàge normal; une poire est précoce, un enfant est précoce. Une Rencontre ne peut être précoce sous aucun prétexte.

Mais voici que une conversation donne à François de Bessay un tressaillement de cœur. Et voici que les simples mots de je ne sais qui « produisirent cependant sur François de Bessajun tel effet de bouleversement, qu'il demeura longtemps immobile, et sans doute, nous devinons la pensée de Paul Bourget, mais un styliste attentif éviterait de nous faire rire. Et voici que « le silence du château endormi était si profond, qu'il entendait son cœur sauter à coups redoublés dans sa poitrine. » Après avoir vu ou entendu ce cœur sauter à coups redoublés, nous pouvons, sans inconvénient, quitter le château et tirer l'échelle...

LE STYLE DE PAUL BOURGET

La preuve est faite que Paul Bourget n'est pas un styliste. La preuve est faite que Paul Bourget est un écrivain qui dénature la langue française. Il écrit comme un barbare. Constructions incorrectes, locutions vicieuses, mots détournés de leur sens : tous les défauts les plus graves du style s'accumulent dans une seule page écrite par Paul Bourget. Naguère, un jeune écrivain se proposait d'étudier tous les écrivains qui avaient exercé sur les générations successives, une influence pernicieuse, tous les mauvais maîtres, comme il les appelait. Paul Bourget est un mauvais maître. Certes, son influence intellectuelle et morale est aujourd'hui très restreinte. Jadis, ses romans mondains ont été démoralisateurs. Ils ont dominé la mentalité un peu faible de la plupart des femmes contemporaines. Oui, Paul Bourget a exercé une action funeste sur l'esprit et Tàme des femmes de la bourgeoisie française, lorsque, complaisamment, « il analysait avec de si minutieux détails, la chute de ses élégantes héroïnes et dénombrait avec de si rares connaissances techniques, tous les dessous qu'elles laissent tomber sur le tapis des garçonnières » (Victor Basch). Maintenant, Paul Bourget, bon diable, sans devenir vieux, s'est fait ermite. Mais qu'est-il arrivé de toutes les braves femmes à la petite cervelle que ses bouquins ont conduites au péché? L'inoubliable Paul Féval, lorsqu'il se convertit, expurgea son ceuvre. Il y laissa les fautes de français, mais lien ôta les fautes de morale. Paul Bourget n'a pas voulu imiter complètement Paul Féval. Il a laissé toutes les fautes de toutes sortes d'autrefois. Les doctrines qu'il expose dans ses livres d'aujourd'hui.

sont trop impérieuses, trop brutales, trop surannées trop rudimentaires pour être dangereuses. Mais ses livres blessent de plus en plus cruellement la bonne langue française. Le style de Bourget n'est pas devenu inoSensif comme ses doctrines. Prenons garde !

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